A Ernest Feydeau, G. Flaubert écrivait en 1859 : "Après mille réflexions, j'ai envie d'inventer une autobiographie chouette, afin de donner de moi une bonne opinion:

1° Dès l'âge le plus tendre, j'ai dit tous les mots célèbres dans l'histoire : nous combattrons à l'ombre - retire-toi de mon soleil - quand vous aurez perdu vos enseignes et guidons - frappe, mais écoute, etc...[...]

3° J'annonçais une intelligence démesurée. Avant dix ans, je savais les langues orientales et lisais la Mécanique céleste de Laplace"

4° j'ai sauvé des incendies, 48 personnes ;[...]

10 ° Tous les éditeurs s'arrachent mes manuscrits ; sans cesse je suis assailli par les avances des cours du Nord; [...]

12° ( et dernier). Je suis religieux !!! J'exige que mes domestiques communient"

Cette autobiographie plus ou moins rêvée et comique apparaît au seuil de la biographie titanesque consacrée à Flaubert par P-M de Biasi : c'est symptomatique du travail fait par ce théoricien de la génétique des textes qui part des avant-textes, des brouillons, des carnets de l'auteur pour pour aller vers sa vie, son style, son oeuvre... A partir de la métaphore du dada de l'écriture, Biasi déroule la vie de Flaubert entre amour des chevaux, des femmes et de l'écriture. Il nous fait plonger dans les détails de l'oeuvre - l'analyse stylistique du mot "baquet" dans l'Education sentimentale, le "nous" de Madame Bovary... - entrant ensuite dans les méandres des oeuvres plus généralement, tout en suivant les anecdotes biographiques de "l'homme-plume". Les détails foisonnent sur le style de l'auteur qui l'a beaucoup commenté dans ses lettres. On retiendra notamment l'axiome de Goethe ou l'impersonnalité de Flaubert et sa documentation scientifique qui n'est pas celle plus ethnographique de Zola. "Madame Bovary, c'est moi" : qui a dit ça ? reposant sur des analyses sérieuses, vous apprendrez que l'ermite de Croisset n'a jamais énoncé cette célèbre formule.

Quelle est cette manière si spéciale de vivre ? Flaubert a vécu dans le culte de l'art, jouant la stratégie du rhinocéros ; isolé, il rejette la bêtise de son siècle : " Il n'y a plus de place dans ce monde pour les gens de goût. Il faut comme le rhinocéros, se retirer dans la solitude en attendant sa crevaison". Bien sûr, parmi toutes les citations de ses lettres, les analyses de ses oeuvres, il y a une place pour L. Colet, Maupassant, Sand et Tourgueniev... Oui, Gustave Flaubert, une manière spéciale de vivre est un véritable travail de titan, nous faisant redécouvrir une oeuvre oscillant entre tentation du réel et l'Orient...

Pour en savoir plus, écoutons H. Guillemin : quelle verve ! De manière pédagogique - illustrée par de nombreuses anecdotes, Guillemin génial orateur, souligne les mêmes éléments que de Biasi : de manière originale, il commence par comparer Flaubert à Rimbaud, ce qui a priori paraît bien étonnant ; mais c'est dans la désillusion du réel que se rejoignent ces deux écrivains et dans la plongée de tous les stupres. De même,  Biasi et Guillemin se rejoignent en finissant respectivement leur tour d'horizon flaubertien par la question de la religion de Flaubert... Deux grandes études d'un des auteurs les plus connus de la littérature française mais qu'on redécouvre encore...

Biasi , Gustave Flaubert, une manière spéciale de vivre, livre de poche, 578 p.

Archive rts, Flaubert présenté par Henri Guillemin.

Les nouveaux chemins de la connaissances, Flaubert : biographie et correspondance.

Les romans de Flaubert : Madame Bovary, Bouvard et Pécuchet...

Lecture commune avec Dominique.