30 juin 2012

Monet " un oeil...mais bon Dieu, quel oeil !", Sylvie Patin

SDC12179Giverny, photo que j'ai prise en 2008

Si vous passez près de Giverny, arrêtez-vous pour visiter le jardin de Monet d'une beauté équivalente à ses fameux tableaux tels que les Nymphéas. Regardez aussi le documentaire  " Claude Monet à Giverny, la maison d'Alice" : à partir 1883 et jusqu'à sa mort, le peintre va vivre entouré de sa famille, au milieu de son jardin, peignant sans relâche les effets de lumière sur un même objet. A travers la lecture de lettres d'Alice Hodesché, seconde femme de Monet, et de nombreuses photographies, on nous dévoile la personnalité du peintre impressionniste tout en évoquant ses différentes oeuvres. On y découvre un homme passionné par la nature, et d'une grande exigence par rapport à son art : Monet détruit ses tableaux lorsqu'il est insatisfait et la femme à l'ombrelle reçoit même un grand coup de pied qui déchira la toile. Peintre de "plein air", les lettres évoquent aussi les sorties de Monet avec sa fille Blanche pour peindre les sujets à l'extérieur même si le temps pluvieux l'empêche souvent de sortir... Ce documentaire permet de découvrir un Monet plus intime...

 "- Que représente cette toile ? Voyez le livret. Impression, soleil levant.

- Impression, j'en étais sûr. Je me disais aussi, puisque je suis impressionné, il doit y avoir de l'impression la-dedans" : Louis Leroy, écrivait dans Le charivari en 1874 ce faux dialogue, à qui l' on attribue d'ailleurs l'origine du mot impressionniste, pour critiquer ces peintures d'une facture nouvelle. Raillé à ses débuts, Monet a bien des difficultés à vendre ses tableaux ou à les faire exposer dans les salons annuels. Boulevard des capucines*, Le pont du chemin de fer (1874) ou La gare Saint-Lazare ( 1877) font de Monet un peintre de la modernité, peignant la ville, les bouleversements haussmanniens, le fugitif : dans le Boulevard des Capucines, n'a-t-on pas l'impression qu'il a saisi un instant, un mouvement ? A partir des années 90, les "séries" permettent au peintre de trouver sa manière : il peint le même motif, du même point de vue, en faisant varier le moment... jouant ainsi sur les effets de la lumière dont les exemples les plus spectaculaires sont la série des cathédrales et  des peupliers... Alors que le peintre chemine vers la reconnaissance officielle, sa vision devient plus audacieuse dans un tableau comme Londres le parlement, avec les effets de brouillard qui prime sur le sujet - qui n'est pas sans rappeler un Turner - ou  Falaise à Varengeville (1897), proche de l'abstraction. En regardant cette monographie sur Monet, très richement illustrée, on a envie de s'exclamer comme Cézanne : " Monet, ce n'est qu'un oeil... Mais bon Dieu, quel oeil ! ".

Monet " un oeil... mais bon Dieu, quel oeil ! ", Découverte Gallimard, Sylvie Patin, 167 p.

Participation au challenge "l'art dans tous ses états" de Shelbylee

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* Boulevard des capucines, 1873

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28 juin 2012

Rousseau, Lettres à Malesherbes

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" Intus et in cute " : Rousseauistes et anti-rousseauistes, profitez du tricentenaire de la naissance Jean-Jacques Rousseau ( présentation les essentiels Littérature sur le site BNF) pour visionner sa biographie sur arte (ici). A travers des interventions de romanciers et d'universitaires, on redécouvre la personnalité très ambiguë, très paradoxale d'un des plus connus et des plus controversés des philosophes des Lumières. Avec force citations, on apprend donc que Rousseau dramatise sa naissance en en faisant le premier de ses malheurs : " je coûtai la vie à ma mère" (Les confessions). Puis sont évoqués les grands moments de la vie tels que la rencontre avec Mme de Warrens, " maman", et ensuite celle avec Diderot et les philosophes. Le discours sur les sciences et les arts, puis l'Emile provoque une rupture avec les philosophes et l'isolement progressif de Rousseau jusqu'à l’île Saint Pierre... L'avantage de ce petit documentaire retraçant chronologiquement la vie de Rousseau est de faire entendre un opéra de l'auteur, Le devin du village et de clarifier certains faits par rapport au contexte, notamment lorsque Rousseau abandonne ses enfants et la place de la musique dans la vie de Rousseau ainsi que son refus d'être pensionné par le roi...Un documentaire que je conseille vivement même aux anti-rousseauistes !

"Il n"y a que le méchant qui soit seul" ( Diderot, le fils naturel) : Présenté comme le "sommaire des confessions, Les lettres à Malesherbes sont extrêmement intéressantes pour embrasser tout le système philosophique de Rousseau ainsi que les grandes étapes de sa vie. Après sa rupture avec Diderot, on l'accuse d'être " méchant".  Pourquoi s'est-il isolé dans le "désert" de Montmorency ? Fait-il preuve "d'ostentation" ou de la " vanité qu'on a tant reproché aux anciens philosophes "? Rousseau, dans 4 lettres, se justifie et argumente pour persuader Malesherbes mais aussi les lecteurs "qu'aucun ne fut meilleur que [lui]. Il se peint donc " sans fard et sans modestie" ( le contraire eut été étonnant) et décrit son bonheur dans "sa retraite", annonçant par ses "chimères", " ses imaginations", les futures rêveries du promeneur solitaire. D'où lui vient ce goût de la solitude ? Comment est-il devenu écrivain ? Avec une écriture très rhétorique, Rousseau se justifie en exposant son système de pensée tout en faisant preuve de beaucoup de complaisance à s'admirer et à se décrire sous les aspects les plus positifs. J'ai découvert et lu avec plaisir ces lettres privées montrant un Rousseau - d'un orgueil inégalable - tel qu'il apparaîtra dans les Confessions...

Lettres à Malesherbes, Rousseau, Livre de poche, p. 124.

billet de Mango et Emile et sophie lu par Céline.

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24 juin 2012

An education, Lone Scherfig

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 Quel biopic bien réalisé ! Quelle gageure réussie ! Pourquoi parler de gageure ? Lorsque la journaliste Lynn Barber livre en une douzaine de pages un moment de sa vie qu'elle a longtemps tenu secret, le romancier Nick Hornby métamorphose cette petite histoire biographique en scénario vivant et impertinent. Dans le domaine littéraire, les romans d'apprentissage m'ennuient... mais an education est loin de l'éducation sentimentale flaubertienne. Si l'histoire est somme toute assez convenue, l'interprétation des acteurs est réussie. Sous la pluie, un jour, une lycéenne Jenny rencontre un bel homme séduisant et riche (Jack) dont elle ne tarde pas à tomber sous le charme. Entre la vie ennuyeuse de ses parents et les soirées jazz, entre sa vie de lycéenne terne et les amis éblouissants et frivoles de son nouvel ami, entre une vie d'étudiante à Oxford et des virées à Paris, Jenny a vite fait son choix ! "l'action fait le personnage" comme dirait le professeur de littérature de Jenny et c'est dans un tourbillon que nous emporte les personnages.

La réalisatrice a réussi une jolie peinture de l'Angleterre des années 60, notamment en filmant le milieu petit bourgeois très conservateur, économe et antisémite... bien incarné dans le personnage du père de Jenny, Jack ( Alfred Molina), qui pense que prendre une année sabbatique après le lycée, c'est être un "blouson noir" ou un "juif errant". De facture très classique, on nous livre aussi de jolis portraits très humains, parfois lâche (David), reconnaissant leur erreurs et leurs faiblesses ( Jack)... C'est toute une nouvelle époque qu'on nous montre avec non plus le dilemme entre le mariage d'amour ou d'argent mais le choix entre des études et se marier... C'est peut-être bien pensant mais c'est aussi bien pensé...

An education de Lone Scherfig, 2010, avec Carrey Mulligan et Peter Sarsgaard, 1h35.

Vu par Lou, et Dasola qui n'a pas aimé...

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23 juin 2012

Le mariage de Maria Braun, Fassbinder

Le Mariage de Maria Braun ( bande annonce VOST )

Si vous avez déjà vu un film de Fassbinder, vous n'aurez certainement pas oublié l'esthétique si particulière, si anticonformiste de Fassbinder... ni ses scénarios souvent cruels et cyniques. Après avoir vu Tous les autres s'appellent Ali, j'ai visionné Le monde sur le fil. C'est une oeuvre atypique de ce réalisateur, étant donné que loin de se faire le " secrétaire de la société Allemagne", il développe un monde futuriste dans lequel Fred stiller est un scientifique qui découvre un ordinateur "le simulacron" permettant de prévoir virtuellement le comportement des gens dans le futur. Assez vite, des questions sur la cybernétique, le réel et le virtuel, les progrès technologiques surgissent. Si l'intrigue est assez éloignée de l'univers traditionnel de Fassbinder, l'esthétique peu conformiste de Fasbinder qui privilégie des scènes sans personnages secondaires, avec des acteurs dans des poses artificielles est bien présente.... Mais de tous ses films, Le mariage de Maria Braun reste son chef d'oeuvre ou son film le plus populaire : pas étonnant du reste, vu le classicisme de l'image plus froide et directe. Les premières séquences du film montre une photographie d’Hitler au moment même où le maire demande à Maria et Hermann : Promettez-vous de jurer fidélité ?". Maria Braun y figure une sorte d'Allégorie de l'Allemagne post-nazi où des ruines surgit le miracle économique allemand des années 50. L'actrice fétiche de Fassbinder - Anna Schygulla - y incarne avec force une femme passionnée, poussée sur les chemins de la vie par l'amour mais c'est aussi le destin de l'Allemagne qui se déroule sous nos yeux, illustrant une citation de Edgar Reitz  :" L'Allemagne est un livre d'histoire avec des pages arrachées". On y retrouve la même critique de la société bourgeoise que dans Tous les autres s'appellent Ali... Ne manquez pas ce très bel hommage à l'enfant terrible du Nouveau Cinéma allemand...

Un cycle sur arte présente les oeuvres cinématographiques d'un des réalisateurs les plus féconds de l'Allemagne de l'après-guerre. Vous pouvez encore visionner Le mariage de Maria Braun, Fassbinder, 1978, 115 min et un documentaire "il était une fois le mariage de Maria Braun".Et plus de renseignements ici sur le site d'Arte et sur le site de Dasola.

Autres oeuvres: Tous les autres s'appellent Ali

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20 juin 2012

The duchess de Saul Dibb : ISSN 2607-0006

Bande annonce The Duchess

  Le biopic de Geiorgiana Spencer* devenue duchesse du Devonshire est une romance historique, inspirée du livre biographique sobrement intitulé Giorgina, duchesse du Devonshire d'Amanda Foreman, qui était présente sur les lieux du tournage. Malheureusement, le réalisateur s'intéresse davantage à la romance qu'à l'histoire. Si l'histoire sentimentale est filmée dans ses moindres détails, la participation de cette illustre femme du XVIIIeme siècle au parti libéral est traitée à la légère, entre deux scènes passionnées avec Charles Grey, futur premier ministre. Surnommée la" duchesse scandaleuse", elle influence la mode, fait les gros titres des journaux à scandales, joue et boit pour oublier un mariage malheureux et douloureux.

Tournée sur les lieux réels, le manoir de Chatswoth, cette biographie reste une belle reconstitution notamment pour les sublimes décors et les extravagants costumes qui ne sont pas sans rappeler une certaine caricature de Montesquieu : "Quelquefois les coiffures montent insensiblement ; et une révolution les fait descendre tout à coup. Il a été un temps que leur hauteur immense mettait le visage d'une femme au milieu d'elle-même : dans un autre, c'était les pieds qui occupaient cette place ; les talons faisaient un piédestal, qui les tenait en l'air. Qui pourrait le croire?".

Oscar des meilleurs costumes, ce film est classique et plat, si plat qu'on s'ennuie légèrement malgré tous les scandales de la duchesse et le jeu des acteurs. Keira Knightley incarnent très bien une femme souffrante mais très en vue et Ralph Fiennes, un mari brutal et odieux....

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* portrait de Geiorgaina Spencer par Gainsborough

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The duchess, Saul Dibb, avec Keira Knightley, Ralph Fiennes, 2008, 1h45.

Participation au challenge " Back to the past, organisé avec Lou.

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19 juin 2012

L'avare, adapté par Girault


L'avare bande-annonce

Harpagon est devenu une antonomase : il désigne un avare... créé par Molière. Ledit Harpagon est obnubilé par sa cassette contenant 10 milles écus, au point d'en être mal habillé et de vouloir obliger ses enfants à se marier par intérêt ; sa fille Elise à un vieux barbon qui accepte une mariée sans dot et son fils à une vieille fausse douairière, très riche mais aussi très laide... Ce personnage caricatural et ridicule est incarné par Louis de Funes qui ne se prive pas de ses habituelles mimiques... avec un excès qui finit par enlever l'aspect désopilant qu'a ce personnage au premier abord.

La mise en scène oscille entre un grotesque burlesque avec arrachage de cheveux véritable - le texte moliéresque est pris à la lettre -  et un aspect plus littéraire avec des passages de l'Avare sur les murs de la maison du vieux pingre, ou l'apparition du roi assistant à la scène comme dans la tradition des théâtres du XVIIeme siècle. Si le texte est respecté à la lettre, et on ne peut que louer cette bonne intention, de nombreuses scènes farcesques sont rajoutées comme une nonne poursuivant notre avare pour avoir la pièce de sa quête, ou le vêtement en paon lorsque Harpagon fait la cour à Mariane... Je crains que la diction très rapide des personnages ne rendent difficilement compréhensible les paroles des personnages, pour qui n'a pas lu la pièce, et l'aspect comique est excessivement développé au point de faire rire de manière sarcastique à la énième grimace de Funes. L'avare de Jean Girault reste un diversement qui manque de subtilité, même si certaines scènes sont vraiment drolatiques avec des valets rasant les murs pour ne pas montrer leur haut de chausse troué... ou un Harpagon se tenant la main pour s'empêcher de se voler et s'apercevant que c'est sa propre main... Quelques clins d'oeil sont réussis, les apartés sont bien mis en scène, le tout est enlevé mais manque singulièrement de finesse...

L'avare de Molière, GF.

L'avare, Jean Girault, avec Louis de Funes, 1980, 1h57.

Challenge "en scène" de Bladelor.

 

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15 juin 2012

Les soeurs Brontë, d'André Téchiné

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Les soeurs Brontë est une biopic qui ne suit pas l'imagination d'un cinéaste, en l’occurrence Téchiné, fantasmant la vie des Brontë à travers leurs romans mais une biographie très lacunaire, très documenté et sobre. "Je crache sur l'amour et sa vanité" dit avec force Emily Brontë - incarnée par la talentueuse I. Adjani - la plus sauvage, la plus exaltée des trois soeurs, arpentant la lande habillée comme un homme. Quels portraits de femmes talentueuses et fascinantes ! Le destin des trois soeurs semble tragique, enfermées dans la lande déserte, venteuse et aride. Et pourtant, dans cette nature immense et sauvage, elles ne cessent d'écrire. Si leur vie paraît terne, leur imagination est fertile - chacune ayant écrit un chef d'oeuvre - s'inspirant de leur vécu comme la rencontre avec leur précepteur bruxellois Héger, leur relation avec leur frère, leur propre expérience de préceptrice humiliée par des riches employeurs méprisants...  Sous le ciel menaçant, dans la solitude, les soeurs assistent au désastre de leur frère Branwell : artiste peintre, il est détruit par le manque de reconnaissance envers son art et un amour impossible.

 On imagine une vie flamboyante pour les auteurs des Hauts de Hurlevents et de Jane Eyre, mais la réalité est tout autre : si elles sont habitées par leur passion de l'écriture, elles sont aussi écrasées par ce monde d'hommes, enfermées comme dira leur frère "comme dans une cave", obligées de prendre des noms d'hommes pour écrire. Elles sont contraintes aussi de travailler et de se plier aux normes sociales... Étonnant que le réalisateur parle, dans le documentaire intitulé "les fantômes de Haworth", d'un film sur le frère alors que c'est le trio d'actrices qui crèvent l'écran, esthétisées comme des femmes de peintures préraphaélites.  Ce ne sont pas seulement Charlotte, Anne et Emily qui apparaissent dans une beauté picturale, les paysages du Yorkshire qui envahissent les petites saynètes sont aussi esthétisées et encadrée comme des tableaux... Dommage que les petites séquences soient si courtes, formant une vie en pointillés... J'ai aimé cette souffrance, cette passion qui affleurent dans le comportement d'Emily Brontë dont le caractère tourmenté est en harmonie avec les tempêtes, les paysages nocturnes et le cimetière baudelairien. Un film fascinant, mélancolique, pour qui aime ces romancières britanniques et qui donne envie d'en savoir davantage sur elles...

Billet de Niki ici.

Les soeurs Brontë, Téchiné, avec Pascal Greggory, Isabelle Adjani, Marie-France Pisier, Isabelle Huppert...

Participation au challenge "Back to the past" organisé avec Lou.

participation au challenge Romantique organisé par Claudia.

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11 juin 2012

Nicholas Nickleby, Douglas Mcgrath

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Même sans avoir lu l'oeuvre de Dickens ( biographie sur le site Larousse), on prend beaucoup de plaisir à regarder ce film très dickensien justement ! Tout d'abord, on a la mise en scène des bas-fonds de Londres mais surtout d'une école mettant en scène les misères des orphelins, de pauvres enfants sous la coupe d'un précepteur cruel (Squeers) répugnant et complètement immoral. Quand on pense que Albert Wolff se plaignait de la bas-fondmanie qui régnait chez les naturalistes, qu'aurait-il dit en voyant les misérables de Dickens ! Les méchants chez Dickens le sont toujours de manière hyperbolique : à part Squeers, il y a aussi l'oncle de Nicholas Nickleby qui est l'incarnation du mal et d'une rare avarice, cherchant à faire tomber toujours plus bas moralement les personnes qu'il fréquente. Il prend plaisir à soumettre sa nièce à des humiliations, à envoyer son neveu chez l'horrible Squeers, après la mort de leur père et de leur ruine... Il n' a qu'un but dans sa vie, avilir les gens.

Fort heureusement, Dickens avait beaucoup d'humour et le réalisateur en a tenu compte. C'est sur un tempo allègre que commence le film, sans compter de nombreux rebondissements comme des enlèvements, des retournements de situations incroyables et nombreux... Si certaines scènes sont pathétiques comme la mort d'un personnage sympathique, d'autres sont complètement loufoques : si vous avez envie de savoir quelle est l'histoire de la famille poney dont le poney père est alcoolique, de découvrir une ambiance shakespearienne - car Nicholas fera partie un temps d'une troupe ambulante - avec un Roméo voulant à tout prix faire une danse écossaise, ou de connaître l’imbroglio d'un ancien amant ( qui avec son frère ressemble fort à des Tweedledum et Tweedledee carroliens) éconduit qui vient en aide à la fille de son amante tout en le cachant au père... vous devez à tout prix regarder Nicholas Nickleby qui filme la destinée d'un jeune homme à travers toutes les vicissitudes de la vie et qui n'est jamais ni tout à fait une tragédie, ni tout à fait une comédie. Un film réjouissant - sans compter la beauté du Yorkshire - , qui donne envie de lire cette oeuvre de Dickens.

Nicholas Nickleby, Douglas McGrath, 2004, 132 min, avec Charlie Hunnam, Romola Garai, Christopher Plummer, Jamie Bell.

Challenge back to the past organisé avec Lou.

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09 juin 2012

Les devoirs de Bruxelles d'Emily Brontë

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J'ai acheté ce tout petit livre rassemblant des travaux d'écriture d'Emily Brontë par curiosité, sans penser y trouver l'écriture qui sera 5 ans plus tard celle des Hauts-de Hurlevent, surtout après une déception, ayant abandonné L'hôtel Stancliffe, oeuvre de jeunesse de Charlotte Brontë... Et pourtant, leur professeur Heger ne s'est pas trompé en parlant d'E. Brontë en ces termes : "Son imagination était telle, que si elle avait écrit un récit, sa représentation des scènes et des personnages aurait été si vive, exprimée avec tant de force et appuyée par une telle richesse d'arguments qu’elle aurait dominé le lecteur, qu’elles qu'aient été les opinions de celui-ci ou son évaluation de la véracité de l'histoire "( Elizabeth Gaskell, La vie de Charlotte Brontë)... En effet, ces exercices de style révèle une vision du monde violent et poétique. Voici un sujet à la fois difficile et banale : un papillon. Que dire sur le papillon ? Emily, à 23 ans, lors de son séjour à Bruxelles permis par le financement d'une tante, écrit : " "Dans une de ces dispositions de l'âme où chacun  se trouve quelquefois, lorsque le monde de l'imagination souffre un hiver qui fletrit toute sa végétation ; lorsque la lumière de la vie semble s'éteindre et l'existence devient un désert stérile où nous errons, exposés à toutes les tempêtes qui soufflent sous le ciel, sans espérance ni de repos ni d'abri - dans une de ces humeures noirs, je me promenais un soir les confines d'une forêt, c'était en été ; le soleil brillait encore haut dans l'occident et l'air retentissait des chants d’oiseaux : tout paraissait heureux, mais pour moi, ce n'était qu'apparence. Je m'assis au pied d'un vieux chêne, parmi les rameaux duquel, le rossignol venait de commencer ses vêpres. "Pauvre fou, je me dis, est ce pour guider la balle à ton sein ou l'enfant à tes petits que tu chantes si haut et si clair ..."

Autre exercice :" Le chat". Alors qu'elle apprend le français dans les cours de Constantin Héger qui influencera tant Charlotte Brontë, et même si elle commet encore des erreurs, E. Brontë arrive à exprimer une vision de l'homme tout à fait juste, une peinture de caractère complètement réussie : " Un chat pour son intérêt propre cache quelquesfois sa misanthropie sous une apparence de douceur très aimable ; au lieu d'arracher ce qu'il désire de la main de son maître, il s'approche d'un air caressant, frotte sa jolie petite tête contre lui, et avance une patte dont la touche est douce comme le cheduvet. lorsqu'il est venu à bout, il reprend son caractère de Timon, et cette finesse est nommée l'hypocrisie en lui, en nous mêmes, nous lui donnons un autre nom, c'est la politesse et celui qui ne l'employait pas pour déguiser ses vraies sentiments serait bientôt chassé de la société".

Ces travaux qui comportent des ratures et de nombreuses erreurs, révèlent beaucoup du caractère de leur auteur : la solitude, la volonté de retrouver le cercle familial (dans un devoir intitulé lettre adressée à sa mère notamment), le refus de se plier aux convenances comme le montre une lettre d'invitation et sa réponse assez irrespectueuse et une très belle écriture... Ce qui ne ressemble qu'à un simple petit recueil de devoirs scolaires, ou à du matériau pour les universitaires, se révèlent être la découverte d'une très belle écriture.

Emily Brontë, Devoir de Bruxelles, Les mille.et.une.nuits, 62 p.

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06 juin 2012

84 charing cross road, Hélène Hanff

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Si j'avais été Hélène Hanff, en recevant mon livre le 84 charing cross road, j'aurais asticoté mon libraire à cause de la laideur de sa couverture - ce qui n'est pas tout à fait vrai car si elle ne me plaît pas, elle n'est pas hideuse... - et j'aurais écrit pour avoir un autre exemplaire ! Oui, car Hélène Hanff, dramaturge américaine méconnue a entretenu une relation épistolaire avec son libraire anglais pendant une vingtaine d'années...  On pourrait croire que cette correspondance ne parle que de livres, de mandats, de commandes mais grâce à l'écriture pleine de vivacité d' H. Hanff, on ne s'ennuie à aucun moment... Voici 5 raisons d'aimer cette correspondance d'une grande lectrice :

- L'humour dont fait preuve H. H. : " vous me donnez le tournis à m'expédier Leigh Hunt et la vulgate comme ça, à la vitesse du son ! Vous ne vous en êtes probablement pas rendu compte, mais ça fait à peine plus de deux ans que je vous les ai commandés. Si vous continuez à ce rythme-là vous allez attraper une crise cardiaque. Je suis méchante..."

- son amour des livres, qui semblent parfois plein de clichés, mais qui sous sa plume les rendent plus passionnés : " Seigneur, soyez béni pour ces vies de Walton. c'est incroyable qu'un livre publié en 1840 puisse être dans un état aussi parfait plus de cent ans plus tard. Elle sont si belles, ces pages veloutées coupées à la main, que je compatis avec le pauvre William T. Gordon qui a inscrit son nom sur la page de garde en 1841, quelle bande de minables devaient être ses descendants pour vous vendre ce livre, comme ça, pour une bouchée de pain. bon sang, j'aurai voulu courir pieds nus à travers LEUR bibliothèque avant qu'il la vendent."

- Sa générosité, alors que l'Angleterre subit des restrictions draconiennes, l'auteur, malgré sa relative pauvreté, envoie colis sur colis à tous les libraires...

- son anglophilie :"Vous serez stupéfait d'apprendre que moi qui n'aime pas les romans j'ai fini par me mettre à Jane Austen et me suis prise de passion pour Orgueil et préjugés, que je ne pourrai pas arriver à rendre à la bibliothèque avant que vous ne m'en ayez trouvé un exemplaire". (p. 83)

- Pour les anecdotes sur son métier, sa vie et son époque : "Prenez garde, je viendrai en Angleterre en 1953 si le contrat ellery est renouvelé. Je vais grimper tout en haut de cet escabeau de bibliothèque victorien , bousculer la poussière sur les étagères du haut et la bienséance de tout le monde. vous ai-je dit que j'écrivais des histoires policières pour la série Ellery Queen à la télévision ? tous mes scripts ont pour toile de fond des milieux artistiques ( ballet, concert, opéra) et tous les personnages - suspects ou cadavres - sont des gens cultivés ; en votre honneur, je vais peut-être en situer un dans le milieu du commerce des livres rares. vous préférez être l'assassin ou le cadavre ?"

Les lettres d'H. Hanff alternent avec les différents libraires de Marc and Co, décrite comme "la plus ravissante des vieilles boutiques, sortie tout droit de Dickens", mais c'est avec Frank Doel qu'elle noue une très belle amitié épistolaire et livresque. Ironie du sort, H.Hanff a travaillé toute sa vie à écrire des pièces et des scripts mais ce sont ces fameuses lettres destinées à la librairie de Charing cross Road qui lui apporteront la célébrité... et ce succès n'est pas démérité : on se passionne véritablement pour chaque événement épico-livresque de Hélène Hanff...

billet de Vilvirt

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