9782755500677-T

J'ai acheté ce tout petit livre rassemblant des travaux d'écriture d'Emily Brontë par curiosité, sans penser y trouver l'écriture qui sera 5 ans plus tard celle des Hauts-de Hurlevent, surtout après une déception, ayant abandonné L'hôtel Stancliffe, oeuvre de jeunesse de Charlotte Brontë... Et pourtant, leur professeur Heger ne s'est pas trompé en parlant d'E. Brontë en ces termes : "Son imagination était telle, que si elle avait écrit un récit, sa représentation des scènes et des personnages aurait été si vive, exprimée avec tant de force et appuyée par une telle richesse d'arguments qu’elle aurait dominé le lecteur, qu’elles qu'aient été les opinions de celui-ci ou son évaluation de la véracité de l'histoire "( Elizabeth Gaskell, La vie de Charlotte Brontë)...

En effet, ces exercices de style révèle une vision du monde violente et poétique. Voici un sujet à la fois difficile et banal : un papillon. Que dire sur le papillon ? Emily, à 23 ans, lors de son séjour à Bruxelles permis par le financement d'une tante, écrit : " "Dans une de ces dispositions de l'âme où chacun  se trouve quelquefois, lorsque le monde de l'imagination souffre un hiver qui flétrit toute sa végétation ; lorsque la lumière de la vie semble s'éteindre et l'existence devient un désert stérile où nous errons, exposés à toutes les tempêtes qui soufflent sous le ciel, sans espérance ni de repos ni d'abri - dans une de ces humeures noirs, je me promenais un soir les confines d'une forêt, c'était en été ; le soleil brillait encore haut dans l'occident et l'air retentissait des chants d’oiseaux : tout paraissait heureux, mais pour moi, ce n'était qu'apparence. Je m'assis au pied d'un vieux chêne, parmi les rameaux duquel, le rossignol venait de commencer ses vêpres. "Pauvre fou, je me dis, est ce pour guider la balle à ton sein ou l'enfant à tes petits que tu chantes si haut et si clair ..."

Autre exercice :" Le chat". Alors qu'elle apprend le français dans les cours de Constantin Héger qui influencera tant Charlotte Brontë, et même si elle commet encore des erreurs, E. Brontë arrive à exprimer une vision de l'homme tout à fait juste, une peinture de caractère complètement réussie : " Un chat pour son intérêt propre cache quelquesfois sa misanthropie sous une apparence de douceur très aimable ; au lieu d'arracher ce qu'il désire de la main de son maître, il s'approche d'un air caressant, frotte sa jolie petite tête contre lui, et avance une patte dont la touche est douce comme le cheduvet. lorsqu'il est venu à bout, il reprend son caractère de Timon, et cette finesse est nommée l'hypocrisie en lui, en nous mêmes, nous lui donnons un autre nom, c'est la politesse et celui qui ne l'employait pas pour déguiser ses vraies sentiments serait bientôt chassé de la société".

Ces travaux qui comportent des ratures et de nombreuses erreurs, révèlent beaucoup du caractère de leur auteur : la solitude, la volonté de retrouver le cercle familial (dans un devoir intitulé lettre adressée à sa mère notamment), le refus de se plier aux convenances comme le montre une lettre d'invitation et sa réponse assez irrespectueuse et une très belle écriture... Ce qui ne ressemble qu'à un simple petit recueil de devoirs scolaires, ou à du matériau pour les universitaires, se révèlent être la découverte d'une très belle écriture.

Emily Brontë, Devoir de Bruxelles, Les mille.et.une.nuits, 62 p.