6301550469_a2e2df71f0*Monument hommage à Guy de Maupassant, Raoul Verlet.

En lisant un article de Mariane Bury, "Maupassant pessimiste ?", je me suis posée la même question qu'elle : Existe-t-il un Maupassant gai, optimiste puis pessimiste ? Deux périodes ? Non, en s'appuyant sur la nouvelle "L'infirme" et d'autres chroniques, elle démontre que Maupassant a toujours été un pessimiste... En fait, à bien regarder ses oeuvres, les deux faces, farcesque et tragique, se côtoient subtilement dans toutes ses oeuvres. Dans "L'infirme", le narrateur rencontre dans un train un ancien soldat, qui devait se fiancer à Mlle de Mandal, devenu infirme. Aussitôt le narrateur de s'imaginer dans un romanesque sentimental que l'infirme a épousé la jeune fille. Comme dans la littérature que Maupassant qualifie de " sirop", " sympathique et consolante" ( "Autour d'un livre"), la jeune fille se sacrifie car elle l'aime véritablement. Et puis une autre version lui vient, à l’opposé de la première : la jeune fille soigne ce vieux débris, dans une vie faite de misère... On nage donc en plein naturalisme. La vérité chez Maupassant sera tout autre... et plus vraisemblable.

Pendant longtemps, j'ai considéré Maupassant comme un triste disciple de Shopenhauer, modèle de tous les fins-de-siècle. Il n'y a qu'à lire "Coco", où un pauvre cheval après toute une vie de labeur devient le martyr d'un paysan brutal, cynique, dépourvu d'âme qui prend plaisir à le faire mourir de faim par cruauté gratuite... Ironie du sort, là où fut enterré le cheval - où il souffrit le supplice de Tantale- l'herbe pousse plus dru. La lecture du "Gueux" confirmera cette première vision de même que" Le parricide". Il suffit de lire Les contes du jour et de la nuit pour se rendre compte qu'il y a plusieurs suicides, morts violentes, actes cruels...

Puis après une lecture attentive, on s’aperçoit que son écriture est davantage sarcastique, la satire et la caricature n'est jamais loin : lorsque dans "Au Printemps", il met en garde les hommes contre la félonie des femmes, il écrit : "Alors ma campagne se mit à courir en gambadant, enivré d'air et d'effluves champêtres. Et moi, je courais derrière en sautant comme elle". N'est-ce pas une parodie de roman sentimental ? Et dans "Une partie de campagne", Mme Dufour est comparée à un sac : "Mr Dufour que la campagne émoustillait déjà lui pinça vivement le mollet, puis, la prenant sous les bras, la déposa lourdement à terre comme un énorme paquet". On ne pourrait mieux critiquer la petite-bourgeoisie. Là où Maupassant est délicieusement ironique, c'est dans une chronique comme "Nos optimistes" : en réponse à une plainte d'Halévy, membre de la glorieuse Académie Française qui se se lamente de l'envahissement du pessimisme, l'auteur d'Une vie, propose quelques lois : "Art. 2 - il est rigoureusement interdit sous peine de deux ans à vingt ans de travaux forcés d'être ou de paraître malheureux, malade, difforme, scrofuleux, etc...etc... de perdre un membre dans un accident de voiture, de chemin de fer, à mois qu'on ne se déclare aussitôt satisfait de cet événement. [...].Art 8- Il est interdit à tous Français riche et bien portant de s'apitoyer sur le sort des misérables, des vagabonds, des infirmes, des vieillards sans ressources, des enfants abandonnés, des mineurs, des ouvriers sans travail et en général de tous les souffrants qui forment en moyenne les deux-tiers de la population, ces préoccupations pouvant jeter les esprits sains dans la déplorable voie du pessimiste. [...]. Art 10 - Quiconque parlera de Decazeville ou de Germinal sera puni de mort."... Maupassant pessimiste ? Pas si sûr... Je ne fais qu'effleurer quelques aspects de son oeuvre mais j'espère que ces quelques lignes vous donnerons envie de feuilleter ces chroniques et nouvelles délicieusement féroces...

Maupassant, Les contes du jour et de la nuit, folio, 233 p.

autres oeuvres : Pierre et Jean, Bel-Ami,

Choses et autres, Maupassant, qui rassemble de nombreux articles tels que " Le fantastique", Les bas-fonds", " Les soirées de Médan", " Par-delà "..., Livre de poche, 498 p.

Plusieurs sites sont consacrés à Maupassant : maupassantania.