02 mai 2012

Le malade imaginaire adapté par Chalonge : ISSN 2607-0006

75211561

Christian de Chalonge a adapté plusieurs romans dont Malevil de Robert Merle, ou des aventures de Maigret - Maigret et le marchand de vin et Maigret chez le ministre. Depuis 2007, il s'attaque au répertoire classique en adaptant L'avare, puis Le malade imaginaire et Le bourgeois gentilhomme. Il se veut fidèle au texte du dramaturge même si on relève ça et là des coupes obscures dans les tirades - notamment la première ( celle de la scène 1, acte I) - et des changements - malheureux ? - de vocabulaire en supprimant des mots comme "aheurté".

Molière dépassé ? Le rire n'est-il pas historique ?  Et pourtant la mécanique de la comédie moliéresque fonctionne encore. On rit de cet hypocondriaque raillé par sa servante Toinette, rusée comme tout bon valet ou servante de Molière : "Il mange, dort, mange, et boit tout comme les autres ; mais cela n'empêche pas qu'il ne soit fort malade", dit ironiquement Toinette. Béralde, frère d'Argan critique la médecine et les médecins refusant les progrès de la science. Les passages de franche comédie avec le personnage de Thomas Diafoirus aussi benêt que niais qui souhaite faire voir une dissection à sa promise et qui oublie ses compliments appris par coeur, qui ne sait employer pour faire la cour à Angélique que le jargon des débats à coups de distinguo, négo, concedo, dico... succèdent à des moments plus grinçants avec le personnage plus sombre de Béline, voulant arracher l'héritage aux enfants d'Argan et se réjouissant de sa fausse mort...

Le malade imaginaire est une comédie-ballet dont l'adaptation garde des traces : dans de nombreuses scènes sont présents des personnages typiques de la commedia dell arte, troupe ambulante présente dans la cour d'Argan, qui ajoute une touche de couleurs, de fraîcheur... Mais Chalonge n'a retenu que deux des intermèdes, les plus efficaces (privilégiant la fluidité des scènes donnant un grand naturel à toute l'adaptation filmique), les plus cocasses, celui où Angélique et Cléante improvisent une petite pastorale et celui où Argan est fait médecin, à l'instar de Mr Jourdain devenant grand mamamouchi.

Si Argan critique le théâtre de Molière en disant "c'est un bon impertinent que votre Molière avec ses comédies, et je le trouve bien plaisant d'aller jouer d'honnêtes gens comme les médecins", nous avons envie de lui répondre par les mots de Sainte Beuve : " Molière est avec Shakespeare  l'exemple le plus complet de la faculté dramatique, et à proprement parler créatrice". Décors, hauts-de-chausses, pourpoints, fraise, rien ne manque pour nous faire entrer dans cette belle adaptation qui ne finit pas si bien que ça...

Le malade imaginaire, Molière, Classique Larousse, 188 p.

Le malade imaginaire, chalonge, 1h45, 2008, avec Christian Clavier et Marie-Anne Chazel

Challenge en scène " catégorie Musset", organisé par bladelor.

Posté par maggie 76 à 12:12 - - Commentaires [7] - Permalien [#]