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 *Feydeau (1862-1921)

Cette très courte pièce de Feydeau est une vraie comédie de Boulevard, une pièce légère, avec moult rebondissements et dont le divertissement est une fin en soi. Mais de quoi s'agit-il ? Un valet Justin est capable d'hypnotiser son maître Boriquet - nom suggestif ? - qui effectue toutes les tâches à sa place. Il montre ses talents de magnétiseur à un autre valet Eloi. Justin mène la belle vie, surtout lorsqu'il s'aperçoit que la soeur de Boriquet, une vieille fille, est aussi tombée sous sa coupe, ce qui lui permet de manger les repas de ses maîtres et de leur jouer des vilains tours. Évidemment lorsque son maître décide de se marier, Justin met tout en oeuvre pour empêcher ce mariage. Quiproquo, jeux de mots, comiques de caractère s'accumulent dans cette petite pièce - sans prétention si ce n'est celle de faire rire - en un acte, drolatique...

On est donc plus proche d'une pièce comme Le médecin volant avec le comique de répétitions, ses jeux de mots, Eloi parlant de coup de pieds "occultes" dans sa confusion que du Tartuffe. Cependant, on peut se demander si la fin ne vient pas ajouter une dimension conformiste : le valet reste valet. Chacun à sa place. On voit bien que Feydeau s'adressait à un public de bourgeois, rien de subversif. La pièce est bien ancrée dans son temps - comme les allusions aux actions du canal de Suez, le consentement du père indispensable à un mariage... - et pourtant, en exploitant la vogue scientifique de l'hypnose thérapeutique pour en faire un ressort comique, Feydeau arrive à donner un tour comique à sa pièce, culminant avec le moment extravagant où un bourgeois cupide - notre fameux Boriquet hypnotisé - se prend pour un chimpanzé ou avec un combat d'hypnose entre un vrai hypnotiseur et notre magnétiseur amateur ! Certes, le comique est peut-être facile et désuet, mais on rit de bon coeur des pitreries de ces maîtres et valets d'un autre temps. Mais jouée, la pièce doit prendre une toute autre dimension et traduirait mieux la vivacité de l'écriture de Feydeau dont la devise serait " riez, je le veux".

Feydeau, Dormez je le veux !, Magnard, 105 p.

Participation au challenge d'Océane, en scène.

* Le choix de la couverture est assez étrange car elle suggère un contenu qui n'a absolument rien à voir avec l'intrigue...