28 janvier 2012

Bel-ami de Maupassant : ISSN 2607-0006

 

9782081249981FS

Comment présenter Bel-Ami ? C'est un héros qui marche dans les pas de Rastignac, c'est l'ambitieux sans scrupules qui se sert des femmes comme d'un marchepied. Égoïste et attaché aux apparences, seuls son appétit de richesse et de pouvoir dictent sa conduite, commandent ses sentiments. Machiavélique, il parvient très bien à ses fins - par les plus abjects moyens - s'accordant ainsi avec la déchéance de toute son époque.

Bel-Ami, c'est aussi la description du second Empire corrompue, d'un milieu de la presse très affairiste, d'une société occupée par le scandale du Maroc - l'affaire tunisienne réelle - avec des spéculations de Walter très proche de celles d'un Saccard Zolien. Oui, ce Maupassant ( biographie sur le site Larousse) s'éloigne assez de l'influence du maître de Croisset pour se rapprocher de celle de Zola. Paris apparaît comme un "colosse apaisé", Walter, le directeur du journal où travaille George Duroy, comme un nouveau personnage de L'argent et la serre dans laquelle G. Duroy attire Suzanne, la fille de Walter, est tout aussi monstrueuse et personnifiée que celle de La curée.

 Bel ami, c'est enfin toute une conception très schopenhauerienne de la femme, soit naïve, soit frivole, et d'une vision pessimiste de la vie. Il y a beaucoup de personnages désespérés dans la comédie humaine maupassantienne que ce soit l'amour excessif et dément de Virginie Walter pour Bel-Ami ou l'agonie abominable de Forestier ou les pensées sur le néant de N. de Varenne. A la richesse des thèmes s'ajoute une écriture sensuelle qui cherche à dépeindre les couleurs et les odeurs : "Il arrivait au dernier salon, et en face d'eux s'ouvrait la serre, un large jardin d'hiver plein de grand arbres des pays chauds abritant des massifs et des fleurs rares. En entrant sous cette verdure sombre où la lumière glissait comme une ondée d'argent, on respirait la fraîcheur tiède de la terre humide et un souffle lourd de parfums. C'était une étrange sensation douce, malsaine et charmante, de nature factice, énervante et molle. On marchait sur des tapis tout pareils à de la mousse entre deux épais massifs de d'arbustes".... Un des meilleurs romans de Maupassant !

Maupassant, Bel-Ami, Livre de poche,  367 p.

Autre roman : Pierre et Jean

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21 janvier 2012

Robinson Crusoe de Daniel Defoe : ISSN 2607-0006

9782226238412g

Le buttler de Pierre de Lune de Wilkie Collins ne jurait que par Robinson Crusoe et Rousseau lui donnait une place prépondérante dans sa bibliothèque dans l'Emile. Et on comprend mieux à sa lecture pourquoi. Tout d'abord un petit mot sur la nouvelle traduction : même si vous n'avez pas lu la version originale, on vous explique que nombre de passages sont souvent coupés. Ici, ce n'est pas le cas. En outre, Françoise sorbier a fait un effort pour rester fidèle à la dynamique écriture - sans anachronisme - de Defoe : point de vocabulaire affecté comme dans certaines versions, point de simplification. Cette version se veut fidèle.

Effectivement le dynamisme de l'écriture transparaît dans cette succession d'actions : Robinson, bourgeois de la classe moyenne, pour avoir désobéi à son père, est sauvé miraculeusement de trois naufrages et de l'esclavage dans lequel il est tombé près des côtes africaines. Mais ce n'est pas le moindre de ses problèmes. Lorsqu'il échoue sur une île déserte, il doit tout faire par lui-même : fabriquer son pain, des paniers, des tentes... et ses vêtements. Il n'y a ausun répit pour Crusoé, de même que pour le lecteur...

"Il n'est jamais trop tard pour être sage". Véritable odyssée humaine, Robinson passe par toutes les étapes de la civilisation. Elle se double d'une odyssée métaphysique et philosophique : il réfléchit sur ses erreurs et sa situation, relativisant ses malheurs et les valeurs de la société : " tous les tourments que nous souffrons à cause de ce qui nous manque me paraissent venir d'un manque de gratitude pour ce que nous avons". Lui qui a participé à la traite des nègres devient l'ami d'un sauvage. Ce livre est une belle réflexion autour de la nature et de la civilisation, non sans humour : même dans le désarroi, Robinson se croit gouverneur de son île, se construit une résidence secondaire. Bien qu'il n'y ait personne pour le voir, ce qu'il souhaite le plus au monde sont des bas et des chaussures anglaises. Inspiré d'une histoire vraie, celle d'un marin Selkirk, Robinson Crusoe est une invitation au voyage ; c'est un héros à redécouvrir, malgré des inventaires un peu longs, mais moins pénibles que celle d'une autre Odyssée...

Robinson Crusoe, Daniel Defoe, Nouvelle traduction de Françoise Sorbier, Edition Albin Michel, p 432.

Merci pour ce partenariat à Ys et Newsbook !

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18 janvier 2012

Dracula de Bram Stoker : ISSN 2607-0006

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 Tout le monde connaît le célèbre Dracula, mais il faut tout de même lire ou relire le mythique roman de Bram Stoker. Bien que Jonathan Hacker s'exclame, "Je voudrais n'être jamais venu", lorsqu'il est prisonnier au coeur de la Transylvanie dans un château peuplé de goules et d'un comte sans reflet, le roman n'est pas effrayant. Bram Stoker impose originellement les jalons de tout l'imaginaire populaire du vampire effrayé par des hosties, vaincu par  un pieu planté dans le coeur, tombant en poussière à sa mort, ne supportant pas l'odeur de l'ail, se transformant en chauve-souris géante... Le foisonnement d'intrigues et de formes, nous tient éveillé tout au long récit plein de rebondissements : journal de Mina Hacker, extraits de journaux, lettres et télégrammes, rapport du docteur Seward, memorandum de Van Elsing... Ce roman exploite divers genres tout en adoptant différents styles : Mina décrit les paysages, ses sentiments tandis que Seward écrit dans un style télégraphique et sec des comptes-rendus de ses journées dans l'asile.

Dans cette atmosphère de légende romantique - cimetière, tempête destructrice, superstitions, maisons abandonnées et poussiéreuses, château sombre - on suit divers personnages, Arthur Holmwood, ami de Quincey P. Morris et le docteur Seward qui observe un aliéné Rendfield qui se nourrit de mouches. Et puis il y a aussi Lucy, première victime de Dracula, et le fameux Van Elsing qui apporte une dimension scientifique à cette horrifique et surnaturelle présence vampirique. Si toute la partie du roman avant la mort de Lucy se lit d'une traite, car le mystère ne cesse de s'opacifier, la fin du roman s'essouffle un peu, les mêmes événements étant parfois racontés par divers protagonistes. Il est à noter que le charme de ce roman, qui narre la lutte du bien contre le mal, vient de ce que l'auteur n'oublie jamais d'être victorien jusqu'au bout des ongles, personne n'oubliant jamais de prendre son thé même dans les pires moments, tout le monde vivant dans le respect des bienséances - et contre la barbarie et la sensualité de Dracula - et le mépris des classes populaires.

Dracula, Bram Stocker, Pocket, 567 p.

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12 janvier 2012

Thomas de Quincey, Le bras de la vengeance de Thomas de Quincey : ISSN 2607-0006

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Thomas de Quincey (1785-1859) est surtout connu pour être l'auteur des Confessions d'un mangeur d'opium, mais contraint d'écrire inlassablement pour ne pas être harcelé par ses créanciers, il écrit de nombreux textes aux tonalités très variées tels que Le bras de la vengeance. Cette nouvelle pose en quelque sorte les jalons du whodonit de part sa forme : dans une bourgade d'Allemagne, en 1816, une vague de crimes sanglants crée l'épouvante. L'horreur atteint son comble lorsque l'on ne trouvent pas de mobiles à ces méfaits.

Le choix de la première personne permet au narrateur, un professeur d'université, de narrer au lecteur que ce qui lui permet de maintenir le suspense, de garder secret jusqu'aux dernières pages l'identité du tueur secrète. Il s'interrompt volontairement pour ne pas mettre le lecteur sur la piste du vrai coupable tout en distillant savamment assez d'informations... pour nous mener sur une fausse piste. Une tension se crée surtout qu'on passe de citations de Wordworth à des meurtres sauvages et inexpliqués.

En plus d'un conteur habile, cette nouvelle relate des éléments sur les juifs allemands. Sans être une nouvelle historique, cette dimension tranparaît et explique en partie l'intrigue : la politique de l'époque sans être le thème principal de ce bref récit est abordée indirectement, là où on n'attend qu'un récit policier. Cette découverte, sans être un chef d'oeuvre, permet d'entrer dans les débuts de la littérature policière anglaise.

Participation au mois anglais organisé par Lou, Cryssilda et titine.

Challenge de la nouvelle organisé par Sabbio.

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09 janvier 2012

La tyrannie des couleurs, "La route du haut safran" de Jasper Fforde : ISSN 2607-0006

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Depuis L'utopie de Thomas More, ce genre exerce une attraction particulière sur les auteurs qui aiment à développer des sociétés idéales pour mieux dénoncer les problèmes contemporains. Ffjorde avec une imagination tout bonnement délirante invente une chromocratie où la vie des personnages est régentée par une hiérarchie stricte codée par des couleurs : les rouges et les jaunes sont socialement plus élevés que des gris, simples ouvriers...C'est une société régie par des valeurs très strictes où même un noeud papillon mal fait peut vous valoir des "démérites".

Comme dans Fahrenheit 451 de Bradbury, le jeune héros Edouard Rousseau va se rebeller contre l'iniquité et les atrocités de cette "tyrannie des couleurs", des mensonges de la chromocratie. Les mots "racailles" et le fait que les personnages portent des codes barres ne semblent pas anodins et semble renvoyer implicitement à la seconde guerre mondiale. Au-delà des idées mises en oeuvre dans ce roman, qui se révèlent assez banales, le roman est assez indigeste à lire : l'auteur a entièrement créé un monde nouveau, une géographie nouvelle avec des noms transparents comme le "reboot", "les franges extérieures", "Carmin Est"... Une histoire nouvelle toute aussi transparente, en parlant à plusieurs reprises des "Bonds en arrière", jamais explicités.

Mais parfois le texte reste très allusif et on ne sait rien de cette maladie appelée le mildiou sauf qu'il vous expédie dans le reboot. On ne sait pas pourquoi non plus certaines personnes n'ont plus d'oreilles etc... Peut-être l'auteur prévoit-il une suite comme le suggère la fin du roman. "Les Pucks, les balayages de mémoires, le Lincoln, le citron vert et le Gordini, tout ça n'en est qu'une faible partie" : le fatras d'inventions décourage parfois un lecteur déjà réfractaire à cet univers. C'est sans compter aussi que le héros est jeune, idéaliste et a des préoccupations d'adolescent. Un livre pour la jeunesse ? Cela y ressemble, surtout que le vocabulaire et le style est des plus banales, voire sans saveur particulière.  Soit on entre de plain pied dans cet univers coloré, soit on reste en marge à s'ennuyer ferme par cette longue mise en place d'éléments.

La tyrannie des couleurs, Jasper Fforde, Fleuve noir, 589 p.

Merci à dialogue pour ce partenariat

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07 janvier 2012

Signé Chanel de Loïc Prigent : ISSN 2607-0006

822934_property_imageData_v_1Dans la mythique rue Cambon, c'est le calme avant la tempête : on attend la Nouvelle collection. Karl Lagerfeld arrive et commencent alors la valse des tissus, des doigts qui brodent, des essayages... Dans Signé Chanel, Loïc Prigent montre comment les ouvrières, les brodeuses, le chapelier, le bottier... donnent vie aux croquis du célèbre styliste d'une marque mondialement renommée. Non sans humour, Loic Prigent filme les différentes phases de la confection des habits - des patrons, du choix des tissus aux essayages.

Le jour du défilé, ce ne sont qu'applaudissements et admiration. Mais ce n'est pas sur la coupe des vêtements ou les choix esthétiques de cette maison de haute-couture que s'arrête la caméra du réalisateur mais sur l'envers du décor. C'est tout le savoir-faire de ces ouvrières patientes et expérimentées qui s'offrent à nos yeux émerveillés devant tant d'adresse et de talent. Ce travail  artisanal est particulièrement symbolisé par Raymonde Pouzieux, passementière qui a connu Mademoiselle : elle travaille minutieusement plusieurs heures d'affilé à la fabrication de ses galons sur une archaïque machine dont elle seule en connaît le maniement ! Et Le bottier recommence à plusieurs reprises la fabrication d'un talon pour qu'il corresponde parfaitement à la volonté de K. Lagarfeld. Quant à Laurence, elle est obligée de recommencer entièrement dans un autre tissu, une robe en panne de velours qu'elle a mis plusieurs jours à coudre. On se rend compte alors du travail demandé, des ajustements ou rectifications multiples qui sont faits, de la pression du dernier soir où les ouvrières travaillent jusqu'à trois heures du matin... Oui, la haute-courture est un art mais celui d'un créateur en harmonie avec ses couturières... Visitez les coulisses surprenantes et instructives d'un des ateliers les plus réputés...

Signé Chanel, documentaire de Loïc Prigent, 2005

challenge "Read me, I'm fashion"organisé par l'Irrégulière.

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