30 décembre 2011

Créatures célestes, Peter Jackson

 

 


Créatures célestes Bande annonce

Lisez-vous des livres d'Anne Perry ? Connaissez-vous son histoire ? Avant de rencontrer le succès avec L'étrangleur de Cater street, elle a connu un drame dans sa jeunesse mouvementée d'enfant atteinte de la tuberculose. C'est grâce à Peter Jackson dans Créatures célestes que nous découvrons la jeunesse de la "reine du crime", qui s'appelait alors Juliet hulmes.

Mais c'est plus que la narration d'un sordide crime que filme le réalisateur : il nous livre les sentiments exacerbés de deux adolescentes souffrantes et perturbées. A la rigueur de leur école où elles portent uniforme et doivent faire preuve de bienséance, s'oppose un monde imaginaire issu de leur lecture, de leur amitié. Amitié d'ailleurs des plus ambiguë... Au-delà des magnifiques décors et du talent des actrices - film qui révélera Kate Winslet -, l'atout de ce film biographique est de représenter l'imaginaire de l'écrivain : comme Alice de Lewis Caroll qu'elle admire et qui est cité dans le film, elle traverse le miroir dans un monde époustouflant, déjanté, féérique..., monde extrêmement réussi grâce à des effets spéciaux insérés avec fluidité dans la trame des images. On admire aussi la diversité de tons, passant du drame à des scènes de comédie, d'images idylliques d'une jeunesse turbulente et joyeuse à des scènes morbides et malsaines... Peter Jackson arrive à sublimer les protagonistes d'un macabre faits divers en "créatures célestes". Un film à connaître pour sa beauté visuelle et son imaginaire délirant comme une aventure d'Alice aux pays des merveilles...

Participation au mois anglais organisé par Chryssilda, Lou et Titine.

Peter Jackson, Créatures célestes, avec Kate Winslet et Mélanie Lynskey , 1994, 100 min.

Billet de Mélodie.

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25 décembre 2011

Cartes sur table, Agatha christie

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Il n'y a que dans l'imaginaire britannique et plus particulièrement dans celui d'Agatha Christie que pouvait naître un personnage tel que Shaitana et une intrigue étrange, reposant entièrement sur la psychologie des personnages, comme celle de Cartes sur Table. En effet, cet excentrique sadique et diabolique décide de rassembler des meurtriers potentiels  - un médecin, une jeune femme voleuse Miss Dawes et sa mère Mrs Loreemer, sorte de veuve noire, et l'aventurier écrivain le major Despars - qui surtout auraient échappé à la justice : Shaitana sous-entend qu'un accident est tellement vite arrivé ! Poirot ainsi que trois autres spécialistes du crimes sont présents à cette soirée où un terrible drame va se dérouler : Shaitana mourra mais quelle est la main qui l'a frappé ? Le médecin Roberts qui aurait tué une maîtresse encombrante ? Miss Dawes dont la patronne est morte après avoir avalé un poison malencontreusement ?...

Voici un opus tout à fait surprenant où le meurtre est quasi provoqué pour tester les chères cellules grises du célèbre et vaniteux Hercule Poirot. Mais un autre personnage fait contrepoint à la rigueur et la logique de  Poirot : Mrs Olivers, personnage récurent des romans d'Agatha Christie, aussi amusante que farfelue : voici ce qu'elle imagine pour résoudre l'énigme : " Une idée ? J'ai des tas d'idées. c'est justement mon problème. Je n'ai jamais été capable d'imaginer un scénario à la fois. Il m'en vient toujours quatre ou cinq, et c'est un drame à avoir à choisir entre eux. J'ai six explications merveilleuses du meurtre. L'ennui, c'est que je n'ai aucun moyen de savoir laquelle est la bonne. Primo, Mr Shaitana était peut-être un usurier. il avait un côté très onctueux. il tenait Roberts dans ses griffes et celui-ci l'a tué parce qu'il ne pouvait pas le rembourser. Ou alors, shaitana avait ruiné sa soeur ou sa fille. Ou encore Roberts était bigame, et Shaitana le savait. Il n'est également pas exclu que Roberts ait épousé la petite cousine de Shaitana et que, grâce à elle, elle devait hériter de toute sa fortune. Ou bien...". Son imagination fertile n'est pas sans rappeler celle de son créateur. Il est assez évident qu'il y a une mise en abîme de l'écriture des romans policiers parallèlement à l'enquête menée.

A travers cette intrigue alambiquée, elle n'oublie jamais de mentionner au passage le racisme ambiant, les préjugés sociaux et la misogynie des hommes de son époque.  Mais la solution est souvent contraire au apparence... Dans une courte préface l'auteur pose la question suivante : "Pour ajouter un dernier argument en faveur de cette histoire, je préciserai qu'elle fait partie des affaires préférées d'Hercule Poirot. Et pourtant lorsqu'il l'a racontée à son ami le capitaine Hastings, celui-ci l'a trouvée extrêmement ennuyeuse. Je me demande bien avec lequel des deux mes lecteurs tomberont d'accord ?" Je fais partie des lecteurs qui, comme Poirot, ont trouvé cette intrigue tout à fait intéressante et atypique et la série Granada est toujours aussi parfaitement soignée. On passe un moment très plaisant en compagnie de notre célèbre détective aussi bien en être de papier qu'incarné par David Suchet.

 Cartes sur tables, Sarah Harding, série TV granada, avec David Suchet 2005

Cartes sur table, Agatha Christie, livre de poche, p. 221.

LC pour le challenge le mois anglais organisé par Lou, chryssilda et Titine.

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24 décembre 2011

Merry chrismas !

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C'est par le biais de ces anges de Julia Margaret Cameron que je vous souhaite de bonnes fêtes de fin d'année, une bonne année 2012 !

Une pensée et des remerciements affectueux à Niki qui m'a offert Les Borgia de Bellonci...

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21 décembre 2011

Les Borgia, Neil Jordan

The Borgias Season 1 Trailer (TV)

" Rome ne serait pas Rome sans tous ces complots" La légende noire est née sous la plume des romantiques, mais de leur vivant, les Borgia étaient décriés, accusés de meurtres, d'inceste, de simonie... La première ascension montrent en grande pompe l'ascension au trône du futur Alexandre VI, Rodrigo Borgia : les achats des autres cardinaux, les alliances à travers les mariages de Lucrère avec un Sforza ou celle de son petit frère Gioffre permettent l'accession au pouvoir de toute la famille Borgia. En parallèle, on suit les manœuvres du cardinal della Rovere - le futur pape soldat, Jules II- qui a fuit Rome...

"Vaut-il mieux être aimé que craint " (Machiavel) : Le réalisateur ne lésine pas sur les effets : cette série est un condensé de tous les meurtres possibles et inimaginables, sous l'eau, avec des garots, des poisons, en duel... Tout est prétexte à violence et débauche. Cependant si les Borgia sont montrés le plus fidèlement possible, les autres grands seigneurs et cardinaux ne sont pas de reste : le cardinal Sforzia fornique avec sa cousine, tandis que le Prince de Milan faisait empailler ses adversaires... Coups bas, sexe, luxure et violence, voici les ingrédients majeurs de cette série qui semble pourtant atténuer la noirceur de cette époque.

Toutefois, on se prend étrangement de sympathie pour ces héros malgré eux, poussé par un père assoiffé de pouvoir et d'argent. Celui qui semble le moins fidèle est certainement Cesare qui bien que machiavélique - il a servi de modèle au fameux Prince du non moins fameux ambassadeur des Médicis, semble plus sensible que dans la véritable Histoire. Les infidélités sont nombreuses et pourtant, le rythme soutenue, les scènes spectaculaires d'autres plus sentimentales comme l'agonie de Djem, certaines mêmes comiques comme le défilé des prétendants pour la main de Lucrèce ou celui de Gioffre arrivent à nous tenir en haleine, sans compter le faste des décors et des costumes. Une très belle reconstitution romancée...

Les Borgia, de Neil Jordan avec Jeremy Irons, François Arnaud, 2011.

Les Borgia, revue Historia

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18 décembre 2011

Stevenson, La malle en cuir ou la société idéale

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Certains manuscrits connaissent une vie très romanesque : c'est le cas de La malle en cuir, manuscrit inachevé de Stevenson et livre de "bohème". Premier roman de Stevenson, à l'état de manuscrit, Michel Le Bris en retrouve la trace à  New York, après avoir arpenté les salles de ventes de manuscrits, et les collections privées. Il met plus de 16 ans à éditer ce roman, ayant d'autres publications en cours... Une très longue préface permet de suivre ce jeu de piste et comprendre l'amour de M. Le Bris pour Stevenson qui décide d'écrire aussi une suite...

Alternant belles descriptions et dialogues, Stevenson nous narre l'épopée comique de plusieurs jeunes étudiants voulant fonder une société idéale. Sous le galimatias des paroles de nos jeunes idéalistes percent une condamnation  de la société, que ce soit la famille ou les institutions. Proche d'une nouvelle comme Le club des suicides pour la description d'une vie de bohème, ce roman inachevé n'étant pas retravaillé porte de nombreuses faiblesses, moins comique et plus décousu que nombre de ses romans suivants. si les premières pages de ce roman sont pénibles à lire - l'emphase semble volontaire et devient involontairement ridicule - à cause de dialogues maladroits, on finit progressivement par se demander quel est le contenu de cette malle de cuir que ne révélera pas Stevenson mais un autre auteur et à s'intéresser au sort de ces jeunes utopistes...

Si M. Le Bris a continué avec brio le roman, doublant le nombre de page de l'histoire, on ne peut s'empêcher de penser à certain opportuniste : certes il respecte le ton de l'histoire et sa grande connaissance de l'auteur et de sa correspondance lui ont permis de rester fidèle au projet de l'auteur, mais était-ce utile ? Cet hommage ne détourne-t-il pas l'oeuvre et la volonté de Stevenson ? Pour qui aime Stevenson, on apprécie certains traits de l'écriture de l'auteur que l'on retrouve avec plaisir et une certaine propension à une imagination littéraire - allusion aux treize de Bazac, aux milles et une nuits - tout en étant déçu par l'inachèvement de l'histoire...

MERCI à dialogues et à Caroline pour ce partenariat.

Autres romans : Le club des suicides; L'île au trésor,

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17 décembre 2011

Les enquêtes de Murdoch de Maureen Jeening : ISSN 2607-0006


Les enquêtes de Murdoch - Générique (Série tv)

L'éventreur de Toronto : Parmi les nombreuses séries policières diffusées ou rediffusées ces derniers temps, attardez-vous dans l'univers de Murdoch. Jack l'éventreur a défrayé les chroniques victoriennes mais il fascine toujours. Dans l'éventreur de Toronto, Murdoch et toute son équipe affronte Jack l'éventreur, parti d'Angleterre pour éliminer d'autres femmes dans le monde, de la France au Caire en passant par le Canada. L'enquête semble assez vite se résoudre, grâce à l'aide d'un aliéniste et de Slaton, un enquêteur sur les traces de l'éventreur mais Murdoch n'est pas satisfait du profil de l'assassin... Et heureusement, il découvre l'identité du véritable tueur en série en s'appuyant sur les empreintes trouvées sur le lieu du crime.

"Le nouveau monde affronte l'Ancien, la science affronte la sorcellerie" ( "La marionnette diabolique") : Le charme de cette série tient tout autant du charisme que du caractère des personnages principaux que de divers ingrédients qui viennent différencier cette série des autres. William Murdoch est un épigone de Sherlock Holmes, tant par ses raisonnements scientifiques que par son attention aux détails. Le personnage du médecin légiste est incarné par une femme le docteur Julia Ogden, soulignant par là la modernité des personnages bien que le tonitruant inspecteur Brackenreid soit des plus réactionnaires. Quant au pauvre G. Grabtree, il joue le rôle de Watson...

Mais les comparaison s'arrêtent là car le réalisateur s'est plu à mêler fiction et réel : Conan Doyle vient assister à une enquête tandis que Wells intervient dans une affaire sur l'eugénisme. L'esprit ouvert de l'inspecteur permet de mettre en scène toutes les nouveautés inondant la fin du XIXeme siècle que ce soit les théories des aliénistes - "La marionnette diabolique" - que les superstitions - "Le manoir hanté" et les sciences... Ainsi, Murdoch est confronté à son époque : le racisme, la peine de mort... Les dialogues humoristiques en sus d'intrigues bien bâties, viennent renforcer le charme de cette série d'époque aux décors de qualité...

Les enquêtes de Murdoch, Maureen Jeening.

Billet de Lou. Participation au challenge "back to the past", organisé avec Lou.

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15 décembre 2011

Entourloupe tout azimut, Ian Flemming

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Des héros anglais, celui qui est extrêmement populaire est l'espion de sa majesté, James bond ! La série des 007, nous le montre en personnage assez macho, séducteur et imbu de lui-même et tout en action... Et c'est ce que confirmera les premières lignes de cet opus où on voit Bond en petit fonctionnaire, racontant sa routine, amateur de belles voitures, pensant à ses conquêtes... Il côtoie les plus importants personnages de l'état qui lui donne une mission très spéciale : à savoir si Drax, héros anglais du jour car il a décidé de construire une fusée atomique appelée le vise-lune empêchant l'Angleterre d'être attaquée par ses pays voisins, triche aux cartes et pourquoi ? Ce millionnaire qui a survécu à une explosion pendant la Seconde Guerre Mondiale a une identité incertaine : défiguré et ayant perdu la mémoire, il est devenu un des piliers de l'industrie britannique... Après l'assassinat d'un agent de Scotland Yard infiltré dans les usines de Drax, Bond reprend du service...

La psychologie a très peu de place dans ce livre, étant davantage un roman d'espionnage où la politique internationale est évidemment plus importante même si cette dimension est très simplifiée. En revanche, les descriptions concernant, le vise-lune, l'arme fabriquée par Drax est décrite de manière très technique. Pour couronner le tout, Entourloupe tout azimut, portant le bien meilleur titre de Moonraker en anglais est bien maladroitement écrit. Les dix premiers chapitres concernent des parties de bridge pour démasquer Drax : Ian Flemming n'a pas peur d'être ennuyeux en décrivant chaque carte tenue dans les mains et pour qui ne connait pas ce jeu, c'est assez fastidieux à lire... en outre, on peut relever des répliques incongrues comme Bond disant : " assez de plaisanterie, espèce de grand cinglé plein de poils "!  Mais c'est aussi un opus léger qui laisse une large place à beaucoup d'actions rondement menées : James Bond devra se battre avec un allemand peu commode, puis est enlevé et ficelé ainsi que l'agent féminin qui l'aide, Gala, ensuite réussit à soulever des pierres après un éboulement qui a failli l'étouffer et enfin traverse des tiges d'acier pour empêcher une bombe nucléaire de détruire l'Angleterre ! Pas moins que ça ! Le roman se lit facilement et fait penser à un roman de gare, peut-être parce que ce type de héros est daté, trop monolithique...

Ian Flemming, Entourloupe tout azimut, Livre de poche, 256 p.

Participation au challenge du mois anglais de Lou, chryssilda et Titine.

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13 décembre 2011

Création de Jon Amiel : ISSN 2607-0006

Bande Annonce de Création de Jon Amiel

Création de Amiel est une biographie de Darwin ( biographie sur le site Larousse) assez curieuse : le réalisateur a choisi de filmer un moment capital de la vie de Darwin, le moment où il écrit son livre révolutionnaire, De l'origine des espèces, alors qu'il est en proie au chagrin causé par la mort de sa fille. Curieux, ce film l'est à plusieurs titres. "la religion comme ciment de la société" est un propos très développé à travers les conflits entre Darwin et sa femme, très croyante, dans ses relations avec le pasteur... "Vous avez tué dieu", lui dit Thomas Huxley : c'est un Darwin en conflit avec lui-même qu'on nous montre, hésitant entre les valeurs d'une société et la publication d'un livre qui viendrait tout remettre en cause. On voit d'ailleurs par une charmante anecdote comment Darwin ironise sur "les justes valeurs chrétiennes qui peuvent dompter les coeurs les plus sauvages".

" La nature sélectionne pour sa survie" :

Plus étonnant est la manière dont le réalisateur a choisi de montrer la douleur de Darwin à ce moment capital de sa vie. La mort de sa fille l'a complètement bouleversé. Amiel mêle souvenirs et présent, réel et irréel, pour illustrer les doutes et la maladie de Darwin, subissant aussi une crise conjugale, choix d'ailleurs des plus discutables : Amiel dramatise et tombe dans le pathos là où il aurait pu davantage développer le travail scientifique de Darwin, ses pensées et ses opinions étant magnifiquement illustrées par des flash-backs ou par des gros plans accélérés sur la nature...

Dommage que, dans cette magnifique reconstitution, visuellement très réussie, la fiction débridée prenne le pas sur la réalité, la vie personnelle sur l'oeuvre...

Création, Jon Amiel, 1h43, 2009, avec Paul Bettary, Jennifer Connely...

challenge "back to the past" organisé avec Lou.

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08 décembre 2011

Desirer de Richard Flannagan : ISSN 2607-0006

9782714446152ORI

"coeur indiscipliné" (Dickens) : Dans ce roman s'inspirant de la réalité, Richard Flannigan alterne l'histoire d'une petite fille aborigène, Mathinna, et celle de Dickens. Quel lien entre ces intrigues parallèles ? Un personnage et le désir. Le personnage, c'est Lady Franklin alors femme du vice-roi de la terre de Van Diemen en Tasmanie : elle veut éduquer Mathinna comme une vraie lady. Une vingtaine d'années plus tard à Londres, elle rencontre Dickens : elle veut sauver l'honneur de son mari qu'on accuse de cannibalisme. Ce dernier perdu dans les glaces du pôle Nord est accusé d'anthropophagie. Pour essayer d'oublier ses problèmes conjugaux, Dickens accepte de jouer une pièce défendant sir Franklin : ce sera Glacial abîme.

Ce roman critique subtilement le colonialisme  : la lente déchéance de Mathinna reflète celle de tout son peuple qu'une poignée d'Anglais, se jugeant supérieurs, désirent à tout prix plier à leurs règles victoriennes. Mais Lady Franklin est dominée par un autre désir, celui d'aimer cet enfant... Ce que les préjugés l'empêchent de faire... Quant à Dickens, tout en jouant sa pièce et en se révélant le plus génial conteur et acteur de la période victorienne, il est l'objet du même préjugé en défendant Sir Franklin contre la parole des peuplades esquimaux et tout en luttant contre l'amour qu'il éprouve pour une jeune actrice, Ellen Ternan : "A cet instant, il sut qu'il l'aimait. Il ne pouvait plus imposer de discipline à son coeur indocile. Et lui, cet homme qui avait passé toute une vie à croire que céder au désir était la caractéristique du sauvage, se rendit compte qu'il ne pouvait plus rejeter ce qu'il voulait" (p. 293).

Si l'écriture de R. Flannagan n'est en rien remarquable, Désirer reste un très beau roman sur les sentiments qui agitent les différents personnages, sur la terrible description de la lente agonie des aborigènes, et la dénonciation des fausses valeurs. Des destins tragiques se déploient autour de la question de la nature et de la culture. L'émotion naît de la vision de la tyrannie du désir. Mais le roman pèche par son découpage artificiel et l'alternance entre les deux histoires : on aurait aimé en savoir davantage sur la pièce jouée par Dickens et ses rapports avec Wilkie Collins... Un livre passionnant mais dont la construction est par trop spécieuse...

Flannagan Richard, Désirer, Belfond, p. 309. sur son site, vous pourrez trouver diverses informations concernant les personnages du livre, ici...

Lu aussi par Ys et par Claudia

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05 décembre 2011

La pêche aux avaros de David Goodis : ISSN 2607-0006

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"La souffrance pourpre des désirs impossibles" : "C'était une eau calme, grise, veinée de vert aux endroits où la lumière perçait un rideau de nuages plombés. L'homme leva les yeux et regarda en grimaçant le ciel hostile. Un énorme nuage sombre se frangeait d'or pâle, très haut dans le ciel. Il espéra que le ciel finirait par se dégager. Puis sa tête disparut sous la surface et il se mit à couler". Après avoir failli se noyer, Jander réchappe à des marécage pestilentielles grâce à l'aide de Vera. Là dans un lieu désert et solitaire, Jander découvre progressivement des hommes vivant cachés et à couteaux tirés au sens propre comme au figuré : Pourquoi se cachent-ils ? Pourquoi cherchent-ils à s'entretuer ? Qui est Véra ?

Peu à peu les éléments du puzzle se mettent en place, sans recherche de réalisme... Au contraire, à bien y réfléchir, car ce n'est pas ce qui au premier abord ressort, les événements extravagants et les coïncidences se multiplient, mais pour mieux créer un monde angoissant. C'est non seulement un huis clos avec peu de protagonistes et avec des personnages secondaires peu développés, mais aussi un monde étrange, peu compréhensible qui s'offre à nos anti-héros... un univers mystérieux et opaque.

Sorte de huis clos étouffant, le monde de Goodis est désespéré et sans issu pour ses personnages. La fin brutale ne laisse aucun échappatoire à ces individus marginaux et peu favorisés par le destin. Aucun pathos, mais la réalité brutale et triviale : Jander est un petit fonctionnaire, harcelé par sa mère et sa soeur, qui aime sans espoir de retour... Véra ne pourra être sauvée... La mort et la solitude hantent tous ces personnages. "Ils étaient seuls au monde dans la brume pourpre. Il avait le sentiment qu'elle lui parlait, mais ce n'était pas avec des mots. C'était plutôt une sorte de sanglots silencieux, l'angoisse qui se dissimule derrière les larmes". Reflet de la vie infortunée de l'auteur, les personnages de Goodis donnent une vision sans concession du monde : ce n'est pas l'intrigue qui importe mais une atmosphère glauque et sinistre, dont l'esthétique rappelle celle, cinématographique, d'un David Lynch...

challenge de Titine, "romans noirs des années 50"

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