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"Ca l'[Emily] excite comme l'odeur du sang et elle se sent prête à fondre sur la proie" dit le narrateur d'Emily, une petite fille de dix ans. Sa demi-soeur Olivia n'est guère moins diabolique au grand désespoir de leurs parents, Mo et Pa. Toutes deux, jalouses de leur petite soeur Rosie chercheront à la tuer alors qu'elle n'est qu'un bébé. Entrez dans l'univers des soeurs Faringdon qui rivalisent de cruauté et de sournoiseries. La haine entre les soeurs aînées et la plus jeune ne fait que s’accroitre avec le passage du temps. " A dix ans, [Rosie] pourrait en remontrer à Iago en rouerie" : Rosie est la plus cupide, la plus mauvaise et une intrigante née, qui divise pour mieux régner, et il n'y a que sa propre fille, Alice, qui est plus démoniaque qu'elle. La noirceur d'une Lady Macbeth n'est jamais loin de ces personnages qui sont même comparés aux sorcières de Macbeth.

Le style de l'écrivain surprend, car comme dans les contes, on nous raconte une histoire sans développement psychologique ni descriptions. Sans vraiment rechercher le réalisme, ni les transitions, avec une écriture incisive et cynique, Willa Marsh montre davantage des personnages pris dans un engrenage infernal de machiavélisme et de cruautés presque gratuites, un mécanisme de la vengeance. On suit donc ces trois soeurs sans scrupules mais dont la noirceur est rehaussée d'humour.

L'ironie du narrateur perce dans l’appellation d'une voisine - curieuse et importune - par "Samaritaine", quant à la femme d'un ancien prétendant des soeurs, elle est appelée "nez pointu et yeux perçants". Etrangement, seule la mort semble heureuse et burlesque, apparaissant comme un lieu Elysien plein de gin pour Mo qui est portée sur la bouteille comme sa mère l'était aussi - et qui se renverse des flasques de gin dans le lit à 75 ans passés. L’atmosphère clochemerlesque, la mère déjantée et une tante Pamela excentrique viennent rajouter de l'humour noir, en sus de ces deux vieilles filles que sont devenues Emily et Olivia : qui a dit que les vieilles filles anglaise enterrées dans leur campagne étaient ennuyeuses ? Le livre de Willa Marsh est un condensé des héros monstrueux de Shakespeare et d'humour noir très british.

Willa Marsh, Meurtres entre soeurs, p. 209, autrement.

L' avis ici de Théoma. Lu aussi par Ankya, Mango, Keisha, Alicia et bien d'autres...