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"Lisez le roman de Victor Hugo, vous trouverez que le genre salop abonde", écrivait Mérimée à Stendhal en 1831 : que reproche-t-il à ce roman ? C'est l'emploi de thèmes à la mode et mélodramatiques. On a aussi beaucoup reproché à ce livre, son "genre toponymique", un mélange de poésie et d'histoire, d'avoir abusé des termes architecturaux... Lisez la préface de Jacques Seebacher pour replacer ce livre dans les querelles historiques de l'époque.

"Tous les yeux s'étaient levés vers le haut de l'église. Ce qu'ils voyaient était extraordinaire ; sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons et d'étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse dont le vent emportait par moments, un lambeau dans la fumée.[...] Leur innombrable sculptures de diables et de dragons prenaient un aspect lugubre. La clarté inquiète de la flamme les faisait remuer de l'oeil. Il y avait des guivres qui avaient l'air de rire, des gargouilles qu'on croyait entendre japper, des salamandres qui soufflait le feu, des tarasques qui éternuait de la fumée. et parmi ces monstres ainsi réveillés de leur sommeil de pierre par cette flamme, par ce bruit, il y en avait un qui marchait et qu'on voyait de temps en temps passer sur le front ardent du bûcher comme une chauve souris devant une chandelle".(p. 579)

Hugo ( exposition virtuelle sur le site de la BNF)  écrit du Hugo : pourquoi en relever les défauts ? Evidemment il développe son esthétique du grotesque et du sublime : Quasimodo est "la perfection de la laideur". Mais ne fait-il pas dire dans La Esmeralda, pièce adaptée du roman, "je suis beau dans mon âme" à ce même personnage ? Le grotesque est aussi présent dans des scènes comiques comme le jugement de Quasimodo le sourd par un juge sourd. Evidemment, c'est un Moyen-Age de pacotille qu'il développe. Non, ce qu'il faut retenir c'est l'extrait ci-dessus : on voit tout ce que cette description architecturale médiévale doit au romantisme.  Commençant sous le signe du carnaval et du théâtre, ce Paris médiéval est peuplé de monstres, la fameuse cour des miracles, mais vue à travers une écriture hugolienne : "C'était un nouveau monde inconnu inouï, difforme, reptile, fourmillant, fantastique".

 On fait aussi la rencontre de Phoebus de Chateaupers et d'une bohémienne, Esméralda, une enfant trouvée comme Quasimodo. La figure du poète est incarnée par Gringoire et l'intelligence et la science par Frollo. Roman à tiroirs avec des scènes de reconnaissances spectaculaires, roman populaire avec ses enlèvements, ses pendaisons, où Frollo emprunte les traits d'un certain moine de Lewis - il a les yeux qui brillent comme des lanternes en voyant Esmeralda et finit par devenir un meurtrier pour l'amour d'elle tout en s'arrachant réellement les cheveux par poignées - C'est surtout un roman de la démesure aussi bien dans la peinture des sentiments que dans les scènes de foule. Balzac écrivait " deux belles scènes, trois bons mots, le tout invraisemblable, deux descriptions, la Belle et la bête et un déluge de mauvais goût". Certes, il est vrai que l'oeuvre est invraisemblable et que l'écriture est toujours excessive chez Hugo, cependant n'est-ce pas la jalousie qui fait parler Balzac ? La postérité n'a-t-elle pas donnée raison à Hugo en adaptant sans cesse ce roman ?

V; Hugo, Notre Dame de Paris, Livre de Poche, p. 618.

Autres oeuvres : Ruy Blas, Les travailleurs de la mer, Les misérables, Le Rhin, Lettres à un ami,