30 septembre 2011

El secreto de los ojos de Campanella : ISSN 2607-0006

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Les yeux sont le miroir de l'âme pensait les Romantiques. Autour de cet adage, Campanella bâtit une histoire mélancoliquement belle se déroulant dans l'Argentine des années 70. Un meurtre horrible d'une jeune institutrice provoque le désarroi de Benjamin Esposito qui enquête sur ce crime et dont la rencontre avec le mari Ricardo Mojales - enchaîné à son amour - va bouleverser profondément au point que 25 ans plus tard, il décide d'écrire un livre racontant la vie des différents protagonistes gravitant autour de cette affaire. C'est donc aussi l'histoire d'un écrivain - toujours Esposito - et de son amour impossible pour Irène, qui lui semble inaccesible de part sa situation sociale.

Ce film a mérité ses 5 prix et ses 8 nominations. Loin d'une enquête traditionnelle et loin des effets spéciaux qui s'attachent parfois à ce genre, ce film est plein de surprises et de rebondissements. "une passion reste une passion" : Crimes, vengeances, injustices s'accumulent dans ce film sans pour autant être tragique car les dialogues humoristiques désamorcent la gravité des situations, grâce en partie au personnage de Sandoval, ami d'Esposito, perspicace mais dont l'alcoolisme provoque quiproquos et scènes cocasses.

Il y a ainsi des scènes extraordinaires, voire surréalistes comme lorsque nos enquêteurs trouvent un suspect dans un stade de supporters en délire, romanesque aussi lors du vol de lettres incompréhensibles et de sa résolution... Réflexion sur l'amour, la passion comme moteur de la vie de l'homme, réflexion aussi sur la justice et le souvenir, ce film soulève de nombreuses questions sur l'iniquité de la justice et de la vie, sur l'amour et le destin, sur la vengeance, sur l'écriture... Dans tes yeux est un film remarquable et émouvant, où le réalisateur a su mêler fiction et réalité, présent et passé et où l'écriture peut changer la vie...

El secreto de los ojos, Juan José Campanella, 2h09, avec  2009, avec Soledad Vilamil, Ricardo Darin, Pablo Rago.

Vu aussi par Dasola, Choupynette,

Dans ses yeux - Bande-annonce Officielle [VOST FR]

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28 septembre 2011

Tristan et Isolde de Kevin Reynold : ISSN 2607-0006

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Ah ! Pauvre surhomme de Tristan ! Presque un demi-dieu chez Béroul ou dans la refonte de René Louis, il redevient un simple mortel adultère devant la caméra de K. Reynold, qui reprend les principaux épisodes des livres en prose du Tristan telle que l'a traduite René Louis et avant lui Bédier, comme l'enfance orpheline de Tristan, le combat avec le Morholt, puis la quête de la belle aux cheveux d'or - Isolde - et de son mariage avec le roi Marc alors que celle-ci aime déjà Tristan... Si les barons félons, les pouvoirs de guérisseuse d'Iseult et Brangien sont toujours présents, le nain Frocin disparaît de même que le mariage de Tristan avec Iseult aux blanches mains et l'épisode fameux de la fuite des amants dans la forêt du Norrois, sans compter les non moins célèbres sauts de la chapelle et la scène des lépreux. Choix encore plus surprenant, alors que ce couple mythique symbolise l'amour plus fort que la mort, le réalisateur a choisi de montrer à la fin un Tristan attaché à son roi et à son devoir !

Tout est réduit à des dimensions humaines : le dragon de la légende tristanienne est évacué, de même, le géant Morholt est réduit à taille humaine dans ce film. Plus de filtre, ni de visions pour Isolde et la fin des amants est on ne peu plus éloignée du récit originel. Bien sûr que l'impératif du temps d'un film a obligé le réalisateur a faire des choix, mais K. Reynold a transformé la célèbre légende en donnant davantage de crédibilité à la réalité prosaique de l'histoire, c'est-à-dire en développant toutes les scènes de batailles qui se multiplient et se répètent, et en développant les coutumes des celtes comme les duels judiciaires. Les batailles intestines pour la prise de pouvoir de la Cornouaille sont assez bien rendues. Hélas, les spectaculaires scènes de batailles, saisissantes par leur réalisme, ne suffissent pas à rendre "cette comédie romantique" plus attrayante. Tristan et Isolde est une adaptation très libre et très éloignée du récit d'un des héros les plus célèbres de la période médiévale, interprétée par des héros tout aussi fades ; à ne regarder que pour l'arrière-fond historique.

Tristan et Isolde, 2h05, 2006, avec James Franco et Sophia Miles.

Tristan et Iseult, traduction, René Louis, Livre de poche, 270 p.

Participation au challenge amoureux "catégorie histoire mythique" de L'irrégulière.

Tristan + Yseult (2006) bande annonce

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25 septembre 2011

Le jeu de l'ange de Carlos Riuz Zafon : ISSN 2607-0006

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L'ombre du vent et Le jeu de l'ange sont en quelque sorte Les grandes espérances de C. R. Zafon. Sous le signe de Dickens, l'auteur reprend quelques personnages présents dans L'ombre du vent pour renouer une intrigue diaboliquement conçue autour d'un écrivain. Un auteur en mal de reconnaissance est poursuivi par la malchance : devenu orphelin, il est maltraité par ses confrères journalistes, puis il accepte un étrange contrat avec un éditeur - qui ne semble pas avoir d'existence tangible - qui sent le souffre. Semant le malheur et la désolation autour de lui, il découvre parallèlement à sa propre destinée une étrange histoire autour de cet éditeur et bien sûr d'un livre. Aurait-il conclu un pacte faustien ?

Beaucoup moins fantastique et fantaisiste que L'ombre du vent, ce roman reste une littérature à effets où les outrances se multiplient. Les transitions sont encore cousues de fils blancs, les procédés sont similaires à ses romans antérieurs mais l'intrigue n'en n'est pas moins attrayante, excepté la fin qui semble plaquée.  La place faite à Barcelone - véritable personnage - et au modernisme ajoutent au charme de l'histoire bien que cette Barcelone fantasmagorique soit très proche d'un Londres brumeux. "Des espérances déçues", " de cruelles espérances", l'expression renvoie explicitement au roman de Dickens, même si les clins d’œil sont moins appuyés que dans Marina. Autour de cette intrigue mystérieuse, l'auteur critique vivement le milieu de la presse. Voici encore un roman qui va entretenir la "zafomania"...

Le jeu de l'ange, Carlos Ruis Zafon, Robert Laffont, 537 p.

Autre roman : L'ombre du vent

Lu par George, Lettres exprès, Wictoria...

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23 septembre 2011

Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire de Siberling : ISSN 2607-0006

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C'est accompagné de la voix off de l'auteur que vous entrerez dans l'univers des orphelins Baudelaire dont l'esthétique est proche de celle des Noces funèbres de Tim Burton. Ne manquant pas d'humour, le réalisateur a mis en images l'avertissement de l'auteur :

" Chers spectateurs, si vous appréciez les films remplis de chants de lapins, de vaisseaux spatiaux éclatants, ou des pom-pom girls, vous avez choisi le mauvais dvd ! Le film que vous allez voir retrace le destin funeste de trois orphelins et d'une véritable crapule, le comte Olaf qui veut les déposséder de leur fabuleuse fortune. vous y trouverez également des sangsues carnivores, une vipère incroyablement mortelle et Meryl Streep. [...] Vous êtes libres de vous orienter vers des histoires plus légères, mais quant à moi, j'ai le triste devoir de continuer mes recherches sur la vie des enfants Baudelaire. Avec mes respects, Lemony Snicket"

Des images mièvres tout droit issues du monde de Disneyland s'enrayent pour laisser place à une atmosphère brumeuse et crépusculaire. Un film horrifique ? Funeste ? Non, le tout est saupoudré d'humour, de personnages ridicules comme Mr Poe et de scènes cocasses.  Et quelle atmosphère ! Quelle inventivité ! Si le film ne suit pas les péripéties identiquement au livre, l'esprit roman-feuilleton y est bien présent. Jim Carrey interprète avec jubilation un super-scélérat très dickensien, quant à Meryl Streep, elle est parfaite en hystérique déjantée. Cette adaptation d'ailleurs évite l'écueil des redites du livre et rend plus amusant les personnages, notamment celui de la petite Prunille.

Visuellement magnifique et onirique à souhait, les personnages originaux nous font vivre une suite d'événements complètement échevelées qui ne manque ni de suspense ni de situations invraisemblables et délicieusement extravagantes. Un écrivain rédigeant les aventures des enfants Baudelaire, des déguisements en cascade, un faux vrai mariage théâtral, des meutres, Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire est un hymne à l'imagination...

Les désastreuses aventures des enfants Baudelaire, Le laboratoire aux serpents, Nathan, 198 p.

Les désastreuses aventures des enfants Baudelaire, avec Jim Carrey, Meryl Streep, Jude Law, 1h48, 2004.

Lu aussi par Mélusine. Voici celui du site Nathan si vous avez hâte de découvrir tous les opus.

Bande-annonce "Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire"

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21 septembre 2011

Hot fuzz de Edgard Wright : ISSN 2607-0006

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Scream vous fait rire par ses outrances, les films d'horreur qui peuplent nos écrans jouant avec les mêmes stéréotypes vous fatiguent, alors regardez Hot fuzz qui est comme une bouffée d'air frais et se moque allégrement de ce genre et qui plus est, parodie nombre de films tels que Point break, Matrix, plus globalement les westerns et les duos de policiers...

A Londres, un flic tellement exceptionnel - Nicholas Engel - est mis au rencart par ses supérieurs qui ont peur d'être mis à la retraite par ce surdoué. Arrivé dans le petit village de Sandford, il découvre ébaubi, et le spectateur avec, un commissariat où on mange des gâteaux comme dans une vente de charité, où la seule affaire importante qui lui incombe est de ramener un cygne. Il va former un duo loufoque avec le fils du chef du commissaire et combattre un inquiétant - par son ridicule - comité de surveillance des voisins. Mais dans la verte et riante campagne anglaise, une série de meurtres met fin à la tranquillité de Nicholas pour notre plus grand plaisir...

Rythme vif, avec des accélérations, jeux de mots, ironie, gags, quiproquos, Hot fuzz n'est pas un simple film d'actions mais une parodie réussie. En outre, elle aborde de manière loufoque et sans prétention les problèmes de vandalismes, du devoir etc... Jusqu'où peut-on aller pour faire baisser le taux de criminalité ? Cette comédie parodique est un pur produit de l'humour bristish et un vrai régal (Ne vous fiez pas à l'affiche du film tapageuse).

Hot Fuzz, de Edgard Wright, avec simon Pegg, Nick Frost, sortie 2007, 115 min.

Bande Annonce Hot Fuzz

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15 septembre 2011

L'ombre du vent de Carlos Ruiz Zafon : ISSN 2607-0006

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Il y a des livres qu'on ouvre et qu'on ne referme plus. L'ombre du vent fait partie de cette catégorie de romans qui vous entraîne avec bonheur dans des péripéties si nombreuses qu'on en perd la notion du temps. L'ombre du vent est un livre racontant l'adolescence de Daniel Sempere découvrant l'amour, sa ville Barcelone et les livres. En effet, Daniel a grandi parmi les bouquins avec son père libraire mais surtout sa vie bascule le jour où il découvre le cimetière des livres oubliés.

"Il y eut une époque de mon enfance où peut-être pour avoir grandi au milieu des livres et des libraires, j'avais décidé que je voulais être romancier et mener une vie de mélodrame". Si Daniel n'est pas devenu un romancier, son auteur lui a composé une vie vraiment rocambolesque : à partir du moment où il ressort du cimetière des livres oubliés, il découvre un auteur maudit, une romance digne des intrigues de Wilkie Collins, des rebondissements aussi innombrables que dans un roman-feuilleton... car l'intrigue est parfois dumaficelées : les morts ne sont jamais tout à fait morts et un secret en cache toujours un autre. L'auteur a préparé des mises en abyme vertigineuses - où un personnage Lain Coubert porte le nom d'un personnage romanesque, du roman L'ombre du vent - qui ne recherche pas la vraisemblance mais renoue magiquement avec le genre du mélodrame et du roman populaire à sensation du XIXeme siècle.

On sent l'influence des amours tragiques d'une dame aux camélias (Dumas), d'une bibliothèque très proche de celle du Nom de la rose d'U. Eco, d'un inspecteur digne d'un Javert hugolien aussi bien que la verve et le meurtre du peuple d'Eugène Sue... L'auteur ose les exagérations, le langage fleuri et des meurtres grand-guinolesques. Quel bonheur ! Que de beaux personnages haut en couleur ! Découvrez vite qui est l'écrivain maudit Julien Carax et son amour impossible avec Penelope, Isaac et sa fille Nuria... Découvrez aussi une Barcelone automnale, embrumée, enfiévrée, fantomatique et hantée sinon par le Diable, du moins par l'imaginaire livresque et romantico-fantastico-feuilletonnesque de l'auteur... Foisonnant, délirant, haletant, le monde livresque de Carlos Ruiz Zafon est envoûtant.

L'ombre du vent, Carlos Ruiz Zafon, Livre de poche, 636 p.

Lu et aimé par George Sand, par et bien d'autres...

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08 septembre 2011

Karen et moi, Nathalie Skowronek

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"J'avais une ferme en Afrique" : c'est par ces mots évocateurs que N Skowronek entreprend de raconter la vie de Karen Blixen, tout en tissant des liens avec sa propre vie et tout en instaurant un dialogue avec la célèbre romancière danoise. Cette rencontre rêvée, sublimée et littéraire lui permet de raconter sa souffrance, d'évoquer les personnes importantes qui ont peuplées sa vie ainsi que ses premiers pas dans l'écriture...

La vie de K. Blixen est retracée à partir de sa correspondance avec de nombreuses citations de lettres, mais aussi des résumés de La ferme en Afrique, l'autobiographie de Karen B. Ainsi se construit une autre image de cette grande conteuse qu'elle masque pudiquement dans La ferme en Afrique : de nombreuses déceptions ont jalonné sa vie et elle souffre grandement du manque de reconnaissance (?) ou du moins de pas pouvoir réussir sa vie comme elle l'entend car son mariage sombre et se termine par un divorce et son amant Denys finit par la quitter. Malade, elle souffre physiquement mais aussi moralement lorsqu'elle doit quitter l'Afrique.

Mais si N. Skowronek évoque tant les malheurs et la fragilité de K. Blixen, tout en soulignant son originalité, son indépendance et son courage, c'est que Karen lui apparaît comme un double. Parallèlement à ce premier portrait, elle développe le sien :" elle est désormais celle en miroir de laquelle je me penche sur ma vie de femme" (p. 14). Dommage que l'écrivain n'ait pas développé davantage la biographie de Karen au lieu de parler d'elle d'une manière nombriliste, bien que le double destin soit annoncé dans le titre. L'aspect plaisant de son récit vient de la description du processus d'écriture, de l'évocation de ses lectures préférées et des références littéraires : "Cela me faisait du bien, je me perdais dans mes pensées, j'imaginais des livres que j'espérais écrire un jour. Virginia Woollf n'était jamais loin, elle me parlait, je l’apercevais entre les branches des arbres. Cette forêt c'est ma chambre à moi, le seul endroit où je pouvais avouer mes rêves de poésies." (p.58). L'écriture ne manque pas d'attraits pour ce premier roman, ni le sujet mais elle n'a pas l'élégance de la prose de Karen Blixen

Karen et moi, N. Skowronek, Arlea, 146 p.

Merci à Newbook et Arléa pour ce partenariat.

Lu aussi par Alinéa...

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