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Ah ! Pauvre surhomme de Tristan ! Oh infamie ! Presque un demi-dieu chez Béroul ou dans la refonte de René Louis, il redevient un simple mortel adultère devant la caméra de K. Reynold, qui reprend les principaux épisodes des livres en prose du Tristan telle que l'a traduite René Louis et avant lui Bédier, comme l'enfance orpheline de Tristan, le combat avec le Morholt, puis la quête de la belle aux cheveux d'or - Isolde - et de son mariage avec le roi Marc alors que celle-ci aime déjà Tristan... Si les barons félons, les pouvoirs de guérisseuse d'Iseult et Brangien sont toujours présents, le nain Frocin disparaît de même que le mariage de Tristan avec Iseult aux blanches mains et l'épisode fameux de la fuite des amants dans la forêt du Norrois, sans compter les non moins célèbres sauts de la chapelle et la scène des lépreux. Choix encore plus surprenant, alors que ce couple mythique symbolise l'amour plus que la mort, le réalisateur a choisi de montrer à la fin un Tristan attaché à son roi et à son devoir !

Tout est réduit à des dimensions humaines : le dragon de la légende tristanienne est évacué, de même, le géant Morholt est réduit à taille humaine dans ce film. Plus de filtre, ni de visions pour Isolde et la fin des amants est on ne peu plus éloignée du récit originel. Bien sûr que l'impératif du temps d'un film a obligé le réalisateur a faire des choix, mais K. Reynold a transformé la célèbre légende en donnant davantage de crédibilité à la réalité archaïque de l'histoire, c'est-à-dire en développant toutes les scènes de batailles qui se multiplient et se répètent, et en développant les coutumes des celtes comme les duels judiciaires. Les batailles intestines pour la prise de pouvoir de la Cornouailles sont assez bien rendues. Hélas, les spectaculaires scènes de batailles, saisissantes par leur réalisme, ne suffissent pas à rendre "cette comédie romantique" plus attrayante. Tristan et Isolde est une adaptation très libre et très éloignée du récit d'un des héros les plus célèbres de la période médiévale, interprétée par des héros tout aussi fades ; à ne regarder que pour l'arrière-fond historique.

Tristan et Isolde, 2h05, 2006, avec James Franco et Sophia Miles.

Tristan et Iseult, traduction, René Louis, Livre de poche, 270 p.

Participation au challenge amoureux "catégorie histoire mythique" de L'irrégulière.