31 août 2011

La ferme africaine de Karen Blixen : ISSN 2607-0006

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Danoise, Karen Blixen a vécu quelques années en Afrique de 1914 à 1931, au Kenya. Son Afrique, c'est d'abord des paysages sublimes qui suscitent aussitôt la magie de l'atmosphère sous nos yeux, un pays riche, vivant, changeant : "L'immense voûte au-dessus de nos têtes se remplissent lentement de clarté, comme un verre s'emplirait de vin, et soudain, avec une  douceur certaine, les cimes captèrent les premiers rayons du soleil et se mirent à rougeoyer. Toujours aussi lentement, à mesure que la terre s'inclinait vers le soleil, les herbages au pieds des montagnes et les forêts de la réserve massaï prirent une teinte dorée. Puis se fut au tout des faîtes des grands arbres de ma ferme de devenir rouge comme le cuivre" (p. 106).

Mais Karen Blixen, comme on le souligne souvent est une conteuse hors pair. "Nouvelle Shéhérazade", tout ce qu'elle raconte s'apparente aussitôt  au monde des Mille et une nuits et des grands mythes comme L'Odyssée, sont souvent convoqués, ainsi que des allusions à d'autres textes. N'a-t-on pas l'impression d'être au milieu de l'univers des contes orientaux lorsqu'elle décrit Lulu, petite antilope qu'elle a adoptée ? : " toutes ses manières témoignaient de la classe, de la grâce  et de la coquetterie. Elle montra de l'entêtement dès son plus jeune âge et quand je l'empêchais de faire ce qu'elle avait en tête, elle prenait un air qui semblait dire : "tout, mais pas de scène. [...]. elle était si jolie qu'en les [Lulu et Kamante] voyant ensemble, on songeait involontairement à une illustration à rebours de La Belle et la Bête" (p. 99).

Passage obligé des autobiographies d'écrivains, motif littéraire, elle décrit comment elle a commencé à écrire pendant une "année où la pluie fait défaut" : "J'écrivais dans la salle à manger, au milieu des multiples feuilles qui jonchaient la table, car il me fallait régler les comptes et les budgets et répondre aux petites notes désespérées du contremaître. Mes gens me demandaient ce que je faisais, et quand ils apprirent que j'essayais d'écrire un livre, ils virent cela comme une ultime tentative de nous tirer d'affaire, et ils me demandèrent souvent comment j'avançais." (p. 70). Son écriture imagée est magnifique, employant souvent des figures d'analogie très expressives : " Knudsen faisait une figure insolite dans une ferme des hautes terres, car c'était un marin corps et âme, et l'on avait l'impression d'avoir recueilli un vieil albatros malade aux ailes rognées". (p. 84)

Mais l'Afrique de K. Blixen, c'est aussi la relation à l'autre : elle découvre, émerveillée, différents us et coutumes et nous dévoile les habitudes, modes de vie des "squatters" de sa ferme ou des colons à travers diverses anecdotes. Chaque page vibre comme un hommage, un hymne à l'Afrique, qui est sa passion, sa folie... Kamante - son cuisinier, le peuple Kikuyu, Farah, les Massaïs, Denys, les lions, Nairobi et sa ferme emplissent les pages de ses souvenirs. La séparation avec ce pays est émouvant et déchirant, dans la dernière partie les "temps difficiles" : " Jusque-là, j'en avais fait partie, la sécheresse avait été une maladie de mon sang, la floraison de la plaine avait formé comme une nouvelle robe. Maintenant, le paysage se séparait de moi, il se retirait un peu pour m'observer, et aussi pour que je le voie nettement et comme un tout". (p. 434). Son imagination n'empêche pas ses analyses d'être fines et pleines de sensibilité, sans idéalisme. Ce magnifique autoportrait, pudique car la romancière danoise parle assez peu d'elle, nous montre un auteur hors pair et original : chasseuse, famer (elle gère sa plantation de café) observatrice et conteuse... car ce roman nous envoûte par le pouvoir de ses images...

Karen Blixen, La ferme en Afrique, p. 506, Folio.

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24 août 2011

Le crayon du charpentier, Manuel Rivas

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Né en Galice en 1957, Manuel Rivas est un journaliste, essayiste et nouvelliste. Il a aussi écrit Le crayon du charpentier : quel livre ! Quelle émotion en refermant ce roman et tout au long de la lecture ! Quelle belle écriture !

Mais quel est le thème de ce livre ? Le début paraît un peu confus : un journaliste Da Sousa vient interviewer le docteur Da Barca qui est mourant. Une jeune prostituée Marisa Da Visitaçao, dans un bar, évoque son patron, un certain Herbal. Un narrateur  - on découvrira qu'il s'agit d'Herbal - raconte comment il a tué un peintre anarchiste, un peintre " qui peint des idées". Puis à nouveau Herbal prend la parole pour raconter sa vie peu banale : garde civil, il a exécuté des condamnés politiques sous le régime de Franco. C'est là qu'il fait la connaissance du docteur Da barca et du peintre à qui il prendra le crayon de charpentier... Ce crayon a un rôle très important : il parle à l'oreille d'Herbal qui peu à peu au contact de cette voix va s'humaniser...

J'ai aimé l'histoire sentimentale entre Da Barca et Marisa Mallo, un amour plus fort que les préjugés sociaux, qui traverse le temps et surmonte l'horreur de la guerre, de la torture...

J'ai aimé Les personnages, si bien décrits, si vivants, jamais manichéens avec des personnages très différents et parfois très beaux -  comme la mère supérieure Izarne, forte et courageuse - et la reconstitution historique et sociale en arrière fond : l'auteur évoque aussi bien la Santa Compana, le porche de la gloire de Saint-Jacques de Compostelle, que le rôle des paseadores. Il décrit aussi la vie dans ces prisons de La Corogne sous Franco, évoque le rapprochement avec les nazis, les cris de colère du peuple qui ne veut pas se laisser piller alors que les leurs sont morts pour la guerre... Surtout le personnage d'Herbal est remarquable : personnage veule, délateur et lâche, il progresse subtilement au fil de ses rencontres... et grâce à la voix intérieure du peintre : " Mais si je m'arrête un instant, si je parviens/ à fermer les yeux, je les sens à mes côtés/ Une nouvelle fois, ceux que j'ai aimés : ils vivent à l'intérieur de moi..." (Antero de Quental, p. 228)

J'ai aimé dans ce livre l'écriture qui mélange surnaturel et réel historique, mais sans tomber dans la tonalité fantastique. L'écriture est plus que plaisante, c'est une belle écriture mélangeant les pensées rustres d'Herbal - qui en faisant un rapport sur Da Barca, écrit leçon d' "autonomie" avec un cadavre - aux idées élevées, artistiques du peintre, aux mots pleins de générosité et de courage de Da Barca... Finesse de l'écriture et même l'humour et l'ironie sont discrets. L'écriture est absolument magnifique, même pour évoquer l'horreur ou la maladie :"il suffit d'observer son visage maigre et pâle, ses joues légèrement rose. Les reflets de sa transpiration alors que cet amphithéâtre est on ne peut plus glacial. La mélancolie de son regard. sa beauté phtisique." ( p. 56) Il est aussi beaucoup question de peinture et le récit est émaillé citations. " parler est un moyen de conjurer le sort", " la douleur fantôme", autant de thèmes qui font la richesse de ce livre....

Le crayon du charpentier, Manuel Rivas, folio, p. 231

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21 août 2011

Lettres d'une péruvienne, Madame de Graffigny

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Madame de Graffigny (1685-1758) a connu son heure de gloire tardivement grâce à Cénie, un drame larmoyant (1750), et aux Lettres d'une péruvienne qui s'inscrivent dans la perspective des Lumières. Pour la petite anecdote biographique, on peut rapporter le fait qu'elle a côtoyé les hommes emblématiques de son siècle comme Voltaire et Diderot, Mme du Chatelet... et a même invité Rousseau dans son cercle. Elle raconte, à travers 41 lettres, l'histoire d'une jeune fille inca, Zilia, enlevée par les Espagnols puis par un français, le comte de Déterville qui tombe amoureux d'elle et qui l'emmène à Paris. Séparé de l'homme qu'elle aime, Aza, elle lui écrit son cœur lui exprimant de manière hyperbolique son amour tout en décrivant la société qu'elle découvre avec curiosité, étonnement mais aussi avec un esprit critique.

Proche des lettres monophoniques Les lettres portugaises, elle exprime son amour à Aza dans des termes assez conventionnels. L'intrigue amoureuse se dénoue comme une tragédie racinienne : Déterville aime Zilia d'une passion non récompensée, qui elle-même aime Aza qui se marie avec une étrangère... Mais cet amour trop stéréotypé, on peut relever des ressemblances avec La princesse de Clèves ou Bérénice, si elle plaisait au public de l'époque n'arrive pas à émouvoir.

Cette œuvre se rattache aussi aux Lettres persannes de Montesquieu, par l'emploi d'un vocabulaire étranger, influencé par le goût de l'exotisme en vogue, tout en permettant aussi de critiquer par le biais d'un regard naïf et étranger. Ce système narratif met en place une critique des moeurs très crédibles. Autant l'expression de l'amour est assez monotone et répétitive, autant les thèmes satiriques sont variées : les régimes politiques, les lois, la condition des femmes, celle des aristocrates... En voici un extrait de la Lettre XXXII :

" La censure  est le goût dominant des Français, comme l'inconséquence est le caractère de la nation. Leurs livres sont la critique générale des mœurs et leur conversation celle de chaque particulier, pourvu néanmoins qu'ils soient absents : alors on dit librement tout le mal que l'on en pense, et quelquefois celui que l'on ne pense pas. Les plus gens de biens suivent la coutume ; on les distingue seulement à une certaine formule d'apologie de leur franchise et de leur amour de la vérité, au moyen de laquelle il révèlent sans scrupule les défauts et les ridicules, et jusqu'aux vices de leur amis". (p.140; Lettre XXXII).

Pourquoi Mme de Graffigny est tombée dans l'oubli ? Malgré l'originalité de la remise en cause du mythe du bon sauvage ou du féminisme dont fait preuve cette romancière, ce roman paraît bien fade comparé aux romans pleins de verve et d'ironie de Voltaire ou de Diderot. Avec Mme de graffigny point de fantaisie débridée mais on trouve une belle plume empreinte de classicisme et son roman épistolaire n'en reste pas moins une critique percutante de la société du XVIIIe siècle.

Lettres d'une péruvienne, Madame de Graffigny, Étonnants classiques, GF, p.

Challenge "demoiselle de lettres" (XVIII) de Céline.

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17 août 2011

Les quatre filles du docteur March adapté par Gillian Armstrong : ISSN 2607-0006

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Le livre : Gaie ou triste, Louisa May Alcott raconte la jeunesse de quatre jeunes filles au XIXeme siècle dans son roman Les quatre filles du docteur March. Qui sont-elles ? Il y a Margaret la romantique, Joséphine l'impétueuse, Beth la timide et Amy la vaniteuse, élevées par leur mère car le père s'est engagé volontairement au côté de l'Union dans la guerre de Sécession. Mille anecdotes dépeignent la vie du quatuor et de leur caractère, comme disputes, confidences, premiers amours, loisirs... travail aussi car les deux aînées doivent gagner de l'argent, étant donné que le pasteur s'est ruiné, ce qui ne va pas sans de nombreuses plaintes... Leur train-train est bouleversé par la connaissance d'un voisin Laurie... et de son précepteur, le professeur M. Brooke.

Ce qui aurait pu être de beaux portraits de femmes se réduit à des descriptions quelque peu naïves et idéalisées, tout empêtrées de morale. Peut-être parce que le père est pasteur que la morale est si présente dans la vie de ces jeunes filles. Est-ce un reflet du puritanisme ambiant ? En outre, le père est absent à cause de sa participation dans la guerre de Sécession mais jamais un mot n'est rapporté sur les causes de cette guerre et sur ses désastres... Toujours est-il que le ton sentencieux et les bons sentiments abondent et finissent par lasser... ou ce livre est-il plaisant à lire qu'à l'adolescence ?

A côté de ces jeunes filles en fleur, le portrait caricatural de la tante, vieille fille insupportable avec un perroquet tout aussi insupportable, apportent une note de gaîté dans ce monde lénifiant. L.M. Alcott s'attache donc à décrire le monde de l'enfance en mettant en relief l'importance de l'imagination mais aussi la naissance d'un écrivain, Jo. Ce roman est très différent des sombres machinations et du suspense présents dans Derrière le masque et Secret de famille du même auteur, qui présentent des intrigues et une écriture beaucoup plus attrayantes...

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Le film : Comédie gentillette, comédie qui ramène le sourire, ce film comporte les mêmes défauts que le livre, vraiment classique, mièvre et lisse, malgré de beaux décors et un casting d'actrices tout à fait remarquables. L'une des curiosités de ce film est de voir K. Dunst, toute jeune actrice incarnant Amy. Condensant la série de livres de L.M. Alcott, on suit la destinée de ces quatre jeunes filles, découvrant ainsi des moments bouleversants comme la mort d'une des sœurs, certainement la plus généreuse, et le destin littéraire de Jo, qui est en fait la véritable héroïne de ce film en s'accomplissant aussi bien professionnellement que dans sa vie amoureuse...

Les quatre filles du docteur March, folio junior, 375 p.

Les quatre fille du docteur March, Gillian Armstrong, avec Susan Sarandon, Wynona Ryder,114 min

Challenge back to the past organisé avec Lou.

Les quatre filles du Docteur March - BANDE-ANNONCE

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15 août 2011

La planète des singes, les origines de Rupert Wyatt : ISSN 2607-0006

 

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 Pierre Boulle a écrit Le pont de la rivière Kwai et d'autres œuvres, mais celle que la postérité a retenue est La planète des singes : Jinn et Phylis, lors d'un voyage d'agrément trouve, comme dans les romans d'aventure, une bouteille abandonnée dans l'espace. Elle contient un manuscrit, l'histoire d'un journaliste, Ulysse Mérou, qui tel son ancien homonyme, va faire un voyage dans l'espace, de la terre à Beltégeuse. Deux années de voyage intersidéral représentent environ 3 siècles sur terre. Arrivée sur l'étoile Beltégeuse, l'aventure se révèle extraordinaire car la planète est presque semblable à la terre et d'une grande beauté. Là, il rencontre une femme divine mais bientôt va succéder l'horreur lorsqu'il découvre que les habitants intelligents de cette planète se révèlent être des... singes !

L'originalité de ce livre réside dans l'exploitation de la théorie de Darwin mais en sens inverse. Le livre reste crédible dans toutes les hypothèses émises dans la prise de pouvoir des singes : les hommes auraient domestiqués les singes, jusqu'au jour où capables de refaire les mêmes gestes que l'homme, ils finissent par chasser ces derniers dont la terreur et la paresse les vouent à leur perte. 

Livre de Science-fiction, il est plus proche des romans post-apocalyptiques que des romans de SF avec création d'un monde complètement original car l'écriture est très simple et sans jargon technologique ou autres inventions pullulant dans les romans du genre. Surtout la fin réserve une double surprise, bien que préparée par certains indices dès le début du récit cadre.

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César ou Spartacus ? La planète des singes, les origines, exploite quelques passages du livre tout en inovant sur les causes de la disparition des hommes.  Will Rodman est un scientifique qui mène des recherches sur Alzheimer testant ses produits sur les chimpanzés. César est un singe, dont la mère avait reçu les injections en laboratoire, d'une intelligence hors-norme. Suite à des manifestations violentes sur un voisin, il est enfermé dans un refuge où il subit de nombreuses maltraitances aussi bien de la part des hommes que des autres animaux. Il va alors, grâce à son intelligence, se révolter contre sa condition... 

Décevant, telle est la première impression qu'on a en sortant de ce film bien que l'intrigue tienne la route. Certes les effets spéciaux sont remarquables et on ne les remarque même pas tant les chimpanzés et autres primates du film sont réalistes et crédibles dans leurs comportements. Évidemment, beaucoup de scènes panoramiques, d'ensemble sont véritablement impressionnantes mais il en ressort que ce film reste une grosse production américaine avec beaucoup de sentimentalité - le héros a une aventure avec une jolie vétérinaire au rôle de potiche, le singe défend le père de Rodman, qui est en quelque sorte son " grand-père" parce que ce dernier est frappé par un voisin -, et beaucoup d'actions simiesques bien que les acteurs étant des singes cela change un peu : on a donc droit à la conventionnelle course-poursuite entre policiers et chimpanzés, un combat entre chimpanzés... 

Cela n'est pas mauvais, mais César a trop l'allure d'un nouveau Spartacus plein de bons sentiments et comme toujours le film pèche par un côté redondant, où tout est expliqué mille fois au cas où le spectateur n'aurait pas bien tout compris : d'où une impression de longueur... Bonne surprise, cependant, aucun des personnages n'est manichéen excepté la brute de voisin et le gardien du refuge...

Pierre Boulle, La planète des singes, Pocket, 189 p.

La planète des singes, les origines, réalisé par Rupert Wyatt, avec James Franco, Freida Pinto, 2011, 2h.

Billet de Dasola.

Bande annonce La Planète des singes : les origines (VO)

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13 août 2011

Le club du suicide, Robert Louis Stevenson

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 Le club du suicide est une nouvelle humoristique comme son titre et son thème ne l'indiquent pas, très différente des chefs d’œuvre de Stevenson comme le roman d'aventure  L'île au trésor ou comme la nouvelle fantastique L'étrange cas du docteur Jeckyll et M. Hyde.

D'extravagances en folie et de folie en extravagances, nos personnages vont vivre un imbroglio proche des intrigues de romans feuilletons. En trois chapitres, décors et personnages différents sont dépeints ainsi que des situations cocasses à foison... Le jeune homme aux tartelettes à la crème, met en scène un excentrique prince accompagné de son écuyer, qui pour échapper à une vie qu'il aborde "avec la sérénité d'un laboureur", décide de chercher des aventures en se déguisant. Là, à Londres, dans une auberge, il découvre un jeune homme ruiné qui leur propose un étrange pacte : participer à un jeu de cartes qui aboutit à la mort d'un des participants et un autre joueur est désigné pour le tuer... Le président du club - qui transforme ces candidats au suicide en meurtrier - va être traqué par le prince Florizel...Le docteur et la malle de Saragota : A Paris, un jeune américain naïf et exalté a rendez-vous avec une inconnue mais en rentrant chez lui il découvre un cadavre dans son lit ! Que va-t-il faire ? Aventure en fiacre : Des hommes sont enlevés dans la rue et amenés à la soirée d'un mystérieux M. Morris. Quel est le lien entre ces trois histoires loufoquement morbides ?

En plus des situations cocasses, l'auteur sait donner vivacité au ton du récit en employant un conteur, habile à lier trois histoires créant suspense et attente, et surtout raconter avec humour - noir il est vrai - en dépeignant des personnages de manière caricaturale. Le récit débridé, outrance, déguisement, fausse identité, meurtres permet à Louis Robert Stevenson de nous parler du bien, du mal et de la mort avec beaucoup de fantaisie et de talent. Une nouvelle qui donne envie de poursuivre la lecture des œuvres de cet auteur...

Robert-Louis Stevenson, Le club des suicidés, Folio, 138 p.

Autre roman : L'île au trésor

Challenge kiltissime, organisé par Lou et Chryssilda.

billet de Lou.

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11 août 2011

La série Hercule Poirot et Miss Marple

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Madame Mcgenty est morte. Le meurtre de Madame Mcginty est vite élucidé : cette femme de ménage aurait été tuée par un de ses locataires au chômage, Bentley. Arrêté, il est condamné à être pendu. Cependant, le commissaire Spence ne le croit pas coupable bien que tous les indices l'accusent. Poirot, appelé à la rescousse par le commissaire, découvre que cette vieille femme est morte pour avoir reconnu la fille d'une meurtrière : qui est prêt à tuer pour conserver son secret ?

Dans le chat et le pigeons, deux meurtres et un enlèvement font bien mauvais genre dans un pensionnat de jeunes filles.  Quel secret a pu découvrir le professeur de gym pour être transpercée d'un javelot ? Madame Blanche, professeur de Français est retrouvée noyée. Mais par qui ? Sur fond de roman d'espionnage, les intrigues multiples ainsi que les fausses identités vont mettre à rude épreuve les qualités de Poirot.

Voici une série très fidèle aux oeuvres de la célèbre "reine du crime", Agatha Christie ( biographie sur le site Larousse). Trop fidèle ? Il y a certains classiques qu'on n'aime pas voir modernisé, transformé et c'est le cas de l'univers délicieusement suranné de Poirot...  Le personnage prend vie sous les traits de David Suchet, tout à fait crédible dans ce rôle, qui reprend les manies de Poirot. Que serait Hercule Poirot sans sa célèbre moustache, son orgueil démesuré, et ses costumes tirés à quatre épingles ? De facture très classique, chaque épisode reprend très fidèlement les romans. Certes ces adaptations d'Agatha Christie sont sans grande originalité mais c'est avec un plaisir toujours renouvelé qu'on retrouve les aventures du célèbre détective, surtout que cette série extrêmement soigné aussi bien dans le choix des acteurs que des décors, arrive très bien à en restituer l'esprit et l'atmosphère désuète.

La plume empoisonnée. Lorsque Jerry et Joanna Burton débarquent à Lymstock, ils pensent s'ennuyer à mourir dans ce cadre un peu trop champêtre et trop monotone à leur goût où se succèdent thé et vente de charité. c'est sans compter la présence de lettres anonymes ordurières envoyées à tous les habitants et qui provoquent des meurtres en cascade. Un général est trouvé mort dans sa bibliothèque : meurtre ou suicide ? Jerry, ancien aviateur blessé pendant la guerre, se pique au jeu et mène l'enquête... mais c'est Miss Marple, bien assise dans son fauteuil tout en tricotant, qui va découvrir la clé de l'énigme bien que son rôle soit très discret...

Privilégiant le quotidien et une galerie de portraits typiques du monde d'Agatha Christie comme le pasteur, la vieille fille, la jeune gouvernante séduisante... L'enquête repose sur l'atmosphère cancanière de ces petits villages où chacun épie l'autre et le charme de la campagne anglaise. Les images vieillotes et le jeu affecté des acteurs - mais n'est-ce pas volontaire ? - sont compensées par un certain humour  - où les vieilles dames avec leur lourd sac et leur air paisible se révèlent tout aussi dangereuses que les pires malfaiteurs dixit l'inspecteur - et par le développement de plusieurs intrigues sentimentales et portraits : aussi bien chez Anne Perry que chez Agatha Christie, les hommes tombent amoureux en battement de cil ! Suspense, meurtres et déductions, ces épisodes vous feront passer d'agréables soirées...

La plume empoisonnée, série britannique, 2006, 1h40, avec Géraldine McEwan.

challenge back to the past, organisé avec Lou.

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05 août 2011

Albertine disparue, Proust

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* A l'ombre des jeunes filles en fleur, (site première)

Alors que Margotte propose une flânerie proustienne, L'express vous déconseille, en 4 points, non sans humour mais assez péremptoirement de délaisser A la recherche du temps perdu : pourquoi ? parce c'est du "temps perdu", qu'André Gide n'a pas aimé, ce n'est qu'une histoire de sexe et qu'il n'y a aucun suspense ! Voici en 4 temps, quatre raisons, beaucoup moins drôles que l'article de l'Express, d'aimer "Albertine disparue"... et tout Proust :

1." On n'aime que ce qu'on ne possède pas tout en entier" (La prisonnière).

Certes La recherche ne se lit pas en un jour, ni en une semaine, ni en un été (quoique ?) ! Il faut (re)trouver du temps pour le lire ! Cependant, personne ne vous oblige à le lire d'une traite : Proust se savoure comme une madeleine. En outre, Albertine disparue est le plus court des romans proustiens : le manuscrit retrouvé montre que l'auteur avait condensé son roman : est-ce une addition à la La prisonnière ? Est-ce une partie à part ? Nous n'en saurons rien mais la brièveté du tome est indéniable. Au-delà de ce tome, La recherche semble bien court par rapport à la vaste Comédie humaine de Balzac ou au cycle des Rougon-Macquart de Zola...

2. Valéry, Jacques Rivière et Cocteau... ont aimé la Recherche...

Ah ! Ce n'est pas parce que Gide n'a pas aimé A la recherche du temps perdu qu'il ne faut pas l'aimer. Valéry, qui n'était pas non plus n'importe qui, en 1923 louait l'écriture de l'auteur dans son "hommage à Proust". Justement, après des débuts laborieux dans Albertine disparue, " Mademoiselle Albertine est partie!", composé d'instants proustiens, de souvenirs empilés les uns sur les autres, la phrase proustienne arrive toujours à vous enchanter : toute résistance s'effondre. En voici un exemple, après qu'Albertine soit morte, le narrateur se rend à Venise avec sa mère :

"Mais dès le second jour ce que je vis en m'éveillant, ce pourquoi je me levai (parce que cela s'était substitué dans ma mémoire et dans mon désir aux souvenirs de Combray), ce furent les impressions de ma première sortie du matin à Venise, à Venise où la vie quotidienne n'était pas moins réelle qu'à Combray, où, comme à Combray le dimanche matin, on avait bien le plaisir de descendre dans une rue en fête, mais où cette rue était tout en une eau de saphir, rafraîchie de souffle tiède, et d'une couleur si résistante que mes yeux fatigués pouvaient pour se détendre et sans crainte qu'elle fléchît, y appuyer leurs regards" (p. 128).

Ne vous laissez pas décourager, car ce récit évanescent, doublement abstrait puisqu'il parle d'une rupture donc d'une absence, exprimée à travers des souvenirs, vous bercera par son langage poétique et par ces analyses microscopiques, minutieuses de la psyché humaine, de l'oubli, du deuil, du souvenir...

3. "La vérité suprême de la vie est dans l'art" ( Le temps retrouvé).

La recherche, une histoire de sexe ? (L'auteur de l'article chercherai-il au contraire à pousser à des achats proustiens ???). Oui, certes mais c'est aussi l'histoire d'un homme écrivant...la recherche ! C'est aussi une critique sociale, une peinture des sentiments... L'attention portée aux mots, à sa valeur sociale est tout aussi importante que les méandres des sentiments des personnages. Tout sous la plume de Proust se métamorphose en art  :

"Françoise devait être heureuse de la mort d'Albertine, et il faut lui rendre justice que par une sorte de convenance et de tact elle ne simulait pas la tristesse". Mais les lois écrites de son antique Code et sa tradition de paysanne médiévale qui pleure comme aux chansons de geste étaient plus anciennes que sa haine d'Albertine et même d'Eulalie" (p. 118).

Le narrateur veut parler de son histoire d'amour avec Albertine, il invoque la tragique pièce de Phèdre de Racine... A chaque fois que je lis Proust je pense à un vers baudelairien : "tu m'a donné ta boue et j'en ai fait de l'or".

4. "C'est là en effet un des grands et merveilleux caractères des beaux livres que pour l'auteur ils pourraient s'appeler "Conclusions" et pour le lecteur "incitations". (Sur la lecture)

N'y a-t-il aucun suspense ? Vous souhaitez savoir qui est Swann. Que devient Odette de Crécy ? Qu'appelle-t-on le côté de Guermantes ? Lisez la recherche au-dessus de votre serviette de plage, et non en-dessous de votre tête, car ce sont en effets plusieurs tomes assez épais pour vous servir d'oreiller !...

Albertine disparue, Proust, grasset, 201 p.

Participation à la flânerie proustienne de Margotte/ Lecture commune avec Keisha.

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