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Si vous avez lu des billets élogieux sur un livre de SF de Stephen Fry, comme celui de Cryssilda ou de Keisha vous saurez en lisant ce livre, chers lecteurs, qu'ils sont tout à fait mérités. De quoi parle Le faiseur d'histoire ? Justement de l'histoire avec un grand H. Notre héros Michael Young est un thésard en histoire à Cambridge : il étudie une des périodes les plus sombres, celle du nazisme. La rencontre inopée avec un professeur de physique qui a créé une machine permettant de regarder le passé et le vol non moins inopiné d'une pillule rendant stérile donne l'idée au jeune futur "docteur" de remonter le temps pour empêcher la naissance d'Hitler. Du déjà vu ?

Certes non ! L'originalité de ce roman vient du personnage principal et de la narration tout à fait surprenante. Tout d'abord le livre est lui-même écrit par un excentrique "de ceux dont la Grande Bretagne a le secret"*, mettant en scène un personnage... excentrique aussi ! Imaginez un thésard qui introduit des passages lyriques, pour essayer de capter l'attention du lecteur et révèle à son tuteur que c'est un peu comme un poème en prose ! Vous l'aurez compris, Michael Youg a beaucoup d'imagination et une propension naturelle à être maladroit... faisant s'envoler toutes les feuilles de sa thèse, bien évidemment non reliées, le jour où il doit les remettre à son tuteur qui le reçoit habillé en kimono (?). Bref, notre excentrique personnage décide de changer de monde. Mais peut-on défaire ce qui est fait ? Peut-on changer ce qui existe, empêcher la naissance d'un être malfaisant ? L’uchronie comme tout roman de science-fiction pousse à la réflexion en confrontant un autre monde possible au nôtre : l'auteur dénonce ainsi l'intolérance. Le faiseur d'histoire un livre sérieux ?

Non, car l'autre qualité de ce livre, c'est qu'il est raconté de manière originale. Fry est acteur, mais aussi écrivain, animateur radio... et il a aussi écrit des sketchs. Il écrit donc certains passages du roman comme un scénario, donnant une touche humoristique supplémentaire en jouant sur les clichés des films, s'ajoutant ainsi au comique créé par l'exaltation du héros. Si les événements et les personnages reposent sur des faits réels, de nombreuses situations sont complètement farfelues. Seule la fin sentimentalo-hollywoodienne est à déplorer... Et si vous croyez ne pas aimer la science-fiction, ce livre plein d'humour vous fera peut-être changer d'avis.

* postface; p. 630

Le faiseur d'histoire, Stephen frey, Folio, p. 645;