25 novembre 2010

Meurtres pour mémoire, Didier daeninckx

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"La littérature vous jette dans la bataille , écrire, c'est une certaine façon de vouloir la liberté, si vous avez commencé, de gré ou de force vous êtes engagé", disait Sartre dans Qu'est-ce que la littérature. Didier Daeninckx ( biographie sur le site Larousse) a aussi cette vision de la littérature et dans Meurtres pour mémoire, il dénonce certains dysfonctionnements du système politique. Publié en 1977, ce deuxième roman noir de Daeninckx, aborde l'un des points sensibles, scandaleux de l'histoire contemporaine. La guerre d'Algérie n'a pas épargné la France car depuis 1954, des mouvements nationalistes luttent pour l'indépendance de l'Algérie. Le 17 octobre 1961 des algériens, vivants à Paris, manifestent de manière pacifique contre le couvre feu qu'on leur impose. Face à ces hommes désarmés, des femmes et des enfants, les CRS ouvrent le feu sur la demande du préfet de Paris, Veillut. Profitant de la confusion, un homme abat  Roger Thiraut, un jeune historien dont la femme attend un enfant. Un chapitre plus loin et vingt ans plus tard, son fils devenu lui aussi historien est  tué à Toulouse dans des conditions mystérieuses. L'inspecteur Cadin commence une enquête qui va l'amener sur les traces du passé, remontant jusqu'à la seconde guerre mondiale.
Quels sont ces meurtres évoqués dans le titre ? Ce sont bien sûr les meurtres des Thiraud mais aussi celui des algériens : ces hommes sans défense qui sont brutalisés. Ce roman noir dénonce en effet, les exactions commises mais passées sous silence pendant la plus grande manifestation des algériens, en France à cette époque. Mais ce sont aussi des meurtres plus lointains et anonymes, liés à la seconde guerre mondiale. La scène première, celle de la manifestation, est d'ailleurs racontées par plusieurs témoins, comme le photographe Rosner, la femme de Roger Thiraud ou le réalisateur belge Deril, montrant ainsi par là combien combien cet événement a marqué la vie de ces personnes, par son injustice et sa violence gratuite. En voyant le documentaire de Deril, présent sur les lieux, l'inspecteur Cadin pense : "Les images défilèrent, toutes plus insoutenables les unes que les autres. La première partie du document avait été tournée depuis une voiture roulant à travers Paris. Une multitude d'affrontements opposaient des manifestants désarmés, hébétés, à des groupes compacts de CRS, de gardes mobiles décidés et motivés. L'absence de son donnait plus de poids encore aux scènes de violence".
Roman à clés, Daeninckx dénonce aussi les dysfonctionnements du pouvoir qui a maintenu un homme déjà coupable de crimes. C'est tout d'abord les agissements de Maurice Papon qu'a voulu dénoncer Daeninckx. Il critique aussi le système politique et la loi du silence qui pèsent sur certains conflits. Certes c'est un roman noir avec des meurtres, un mobile, mais aussi un roman historique, étant donné que deux épisodes majeures de l'historie contemporaine sont évoqués : la plus grande manifestation algérienne en France et la collaboration sous Vichy. Peut-on parler de travail d'historien ? Daeninckx explique qu'il a écrit son livre en s'appuyant sur des articles de presses et des lettres de survivants de la manifestations. L'auteur explique, dans le paratexte, son travail de recherche :

" Je suis allé à la bibliothèque nationale et j'ai dépouillé la presse de l'époque. Il y avait quelques informations datant de 1961 sur le 17 octobre. J'ai lu les pages des faits divers qui racontaient qu'on retrouvait des dizaines de cadavres dans la Seine, dans les écluses, au Havre, à Rouen, et encore un peu partout, comme ça, pendant des mois. Et puis, j'ai rencontré des témoins et j'ai consulté la presse clandestine. Un jour, un Algérien m'a donné un document extraordinaire, des photocopies de lettres : le FLN après la manifestation avait demandé aux survivants d'écrire tout ce qu'ils avaient vu. Il y avait là deux cents lettres poignantes qui ont été les principales sources d'émotion et de vérité de Meurtres pour mémoire. De plus, même s'il n'y avait pas eu de travail historique sur le 17 octobre 1961, de petites choses existaient de façon dispersée : un article dans Les temps modernes, d'autres dans L'express, des articles de Françoise Giroud, de Marguerite duras et également de Jean Cau.

Les deux premiers chapitres se mettent lentement en place et la temporalité est très complexe, faisant des incursions dans l'Histoire, qui sert la phrase en exergue : "en oubliant le passé, on se condamne à le revivre". Cependant, ce livre est passionnant de part son intrigue policière bien ficelée et surtout par sa dimension historique et la force de la dénonciation. Un roman remarquable qui lutte aussi contre l'oubli...
Meurtres pour mémoire, Daeninckx, Bibliothèque Gallimard, 378 p.

Lu dans le cadre du challenge histoire.

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23 novembre 2010

Scoop et Match point de Woody Allen : ISSN 2607-0006

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Les réalisateurs ont un style parfois reconnaissable, allant jusqu'à paraître se répéter parfois. Ce n'est pas le cas de Woody Allen dans Scoop et Match point, deux films tournés en Angleterre, où le style est radicalement différent bien que l'histoire ait, toutes les deux, trait à une intrigue policière bien ficelée.

Dans scoop, on reconnaît un Woody Allen au premier coup d'oeil. Tout d'abord, il y joue un rôle comme dans nombre de ses films. Il s'y met en scène, comme d'habitude, comme un personnage bavard, bégayant, jouant le rôle d'un vieux magicien Splendini, avec des tours de magie désuets. Mais c'est grâce à un de ses tours, qu'une étudiante en journalisme Sondra Pransky voit le fantôme d'un célèbre reporter qui lui révèle un scoop : "le tueur au tarot, meurtrier en série qui sévit dans les bas-fonds de Londres (il s'en prend à une prostituée comme Jack l'éventreur), serait le richissime et aristocratique Peter Lyman. Lorsqu'elle le rencontre, elle tombe forcément sous son charme.

Accompagné de son faux père Splendini, elle enquête dans ce milieu aristocratique que le réalisateur égratigne au passage. Va-t-elle le dénoncer ? ou va-t-elle succomber au prestige de cette aristocratie anglaise ? Entre situations jubilatoires et comiques, créées par la rencontre du vieux magicien Splendini et la haute société anglaise et l'histoire d'amour, Woody Allen exploite des ficelles qui ont fait son succès : un anti-héros - comique malgré lui - avec ses mimiques traditionnelles - et une vision cynique et satirique de l'Angleterre et du milieu journalistique. Un scoop qui vient de l'au-delà ? Peut-on y croire ? Les sources de la presse sont-elles fiables ?
Ce film policier comique, qui s'inscrit dans la lignée des films antérieurs du réalisateur, est vraiment jubilatoire avec ses situations et ses héros décalés, et avec de nombreuses scènes parodiques. A voir, mais aussi à entendre pour ses dialogues très drôles et son rythme enjoué !
En revanche, Match point est un thriller des plus noirs, très sobre et classique dans sa manière d'être filmé bien qu'il y ait comme dans Scoop, intervention de fantômes. Chris Wilton, issu d'un milieu modeste, devient le professeur d'un jeune homme immensément riche, Tom Hewett, fiancé à Nola, une jeune actrice dont la carrière ne décolle pas. Il rencontre aussi Chloé, soeur de Tom, à qui il fait une cour appuyée, envisageant une possible ascension sociale. Entre la passion et le mariage de raison, Tom hésite, mais le confort matériel, la réussite sociale l'attirent irrésistiblement. Devenu l'amant de Nola, il ne sait pas comment faire pour la quitter, surtout que cette dernière exige qu'il quitte Chloé. Chris, va-t-il sacrifier sa belle situation par amour pour Nola ?

Woody Allen y met en scène un jeune premier arriviste, sans morale, prêt à tout pour réussir : quelle va être l'issue de ce dilemme ? Amour ou confort matériel ? Pour notre héros, désabusé et cynique, le choix est vite fait. Ce film pose la éternelle question  : la fin justifie-t-elle les moyens ? Une tension irréprochablement mis en scène, vous tiendra en haleine, jusqu'à la dernière image. Passion, jalousie, remords, culpabilité, conception du bonheur, tous ces thèmes se bousculent dans Match point. Film amoral, où on reconnaît tout de même la touche de Woody Allen avec une scène hallucinatoire, où le héros se lavant le visage dans un moment d'angoisse nocturne, rongé par le remord, tel Lady Macbeth, il voit le fantôme d'un mort. Ce film s'impose par ses images épurées, par une intrigue irréprochable : un film cynique, terrifiant mais aussi élégant.

Scoop, Woody Allen, avec ScarlettJohansson, Hugh Jackman, Woody Allen et Ian Mcshane.
Match point, Woody Allen, 2005, avec Scarlett Johansson et Jonathan Rhys Meyers.

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18 novembre 2010

Marie-Antoinette de Zweig

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"De l'amusement, encore et toujours"

Portrait d'une femme et portrait d'une reine, en une vingtaine de chapitres, Zweig (biographie sur le site Larousse) aborde les grands et petits événements qui ont jalonné la vie de celle qui fut la plus adulée et la plus haïe des reines de France : Marie Antoinette. Portrait aussi d'une fille frivole, évaporée, les qualificatifs ne varient pas beaucoup pour la désigner : mais si ce sujet est longuement développé, c'est qu'il prend des proportions très importantes tout au long de sa vie comme l'attestent les lettres de Marie Thérèse d'Autriche témoignant de l'incapacité de sa fille à réfléchir sur des sujets qui l'ennuient.

A partir de ce portrait, se dresse aussi celui de La du Barry, celui antithétique du roi Louis XVI, du cardinal de Rouen qui joua un rôle important dans l'affaire du collier. Rien n'est pas passé sous silence, pas même les ridicules questions d'étiquettes, le jour du mariage de M.A, ni les problèmes physiologiques de son mari, ni sa liaison avec Fersen. Des anecdotes sur Le barbier de Séville - Jouera-t-on ou ne jouera-t-on pas cette pièce qui se moque de l'aristocratie ? - sur la construction du Trianon, sur l'affaire du collier - deux chapitres - permettent de mieux appréhender le contexte dans lequel vit cette reine " rococo" : c'est le siècle de toutes les grandeurs, les fastes, les bals mais aussi celui de la décadence, où de vulgaires escrocs utilisent la signature de la reine à des fins matérielles, où le peuple meurt de faim pendant qu'on danse dans la galerie des glaces...

Peut-on considérer cet ouvrage comme un travail d'historien ? Zweig a fait un travail scrupuleux de recherche mais l'Histoire porte les traces d'une vision psychanalytique. Là où les témoignages sont lacunaires, les zones d'ombre sont restées dans l'ombre comme pour l'affaire de l'œillet ou le témoignage douteux du Dauphin lors du procès de la reine. L'auteur cherche à porter un regard juste sur le destin de Marie Antoinette mais on sent percer son admiration. Dans la note qui suit, il parle des faux du baron Feuillet de Conche, véritable histoire romanesque : Marie Antoinette écrivait peu, la correspondance manuscrite nombreuse est l'affaire d'un habile faussaire.  Feuillet de Conche, spécialiste des manuscrits de la reine, les aurait fabriqués ! Donc, il a écarté les témoignages douteux du bourreau, ou des témoins oculaires tels que la couturière, la femme de chambre, qui ont métamorphosé leurs souvenirs...

D'ailleurs, souvent la plume paraît plus celle d'un écrivain que celle d'un historien. Zweig relate avec vivacité et force dramatisation de nombreux épisodes, notamment l'apparition de Mirabeau, présenté comme un géant tonnant, charismatique, qui est digne d'un roman de Dumas ou de Hugo. De même, Fersen présente des caractéristiques de héros et notre auteur de louer les larges épaules de Fersen, sa beauté nordique ! Ainsi la vivacité du récit tient à l'accumulation d'anecdotes racontées avec brio. Lecteurs, vous serez irrémédiablement entraînés sur les pas de la reine de France, dans le tourbillon de de la Révolution et dans le fracas de la rencontre entre l'Ancien Régime et la jeune République, grâce à un ton simple et une écriture fluide. Lecteurs, si vous avez envie de découvrir d'une manière agréable la vie de Marie Antoinette, alors lisez cette biographie enthousiasmante. Même si les historiens semblent la dédaigner, c'est un ouvrage fort précis et tout à fait captivant, où on reconnait bien la plume du romancier qu'est Zweig : une biographie vive, dramatique, parfois romanesque où le destin d'une femme rejoint celui de tout un peuple.

Marie-Antoinette de Zweig,  Livre de poche, 489 p.
Lu dans le cadre du challenge Histoire.

et dans le cadre du challenge (auto)biographie de bleue et violette.

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13 novembre 2010

Valse avec Bachir de Ari Folman

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A un moment de l'Histoire contemporaine où le devoir de mémoire est devenu obsessionnel, Ari Folman a décidé de faire un travail mémoriel d'un point de vue personnel : il choisit la forme du docu-fiction pour raconter un événement personnel traumatisant qui rejoint l'histoire de son pays.

Valse avec Bachir est un film d'animation qui cumule une dizaine de témoignages de soldats de la guerre israëlo-palestinienne. Au départ, Ari Folman s'aperçoit qu'il a oublié tout souvenir de la guerre du Liban, vingt ans plus tard. il décide donc de rencontrer ses anciens camarades ayant aussi fait la guerre. Chacun d'entre eux lui raconte leur souvenir de mai 1982 remontant peu à peu aux exactions dans les camps de Sabra et Chatila... Boaz et les chiens enragés, Frenkel et sa valse, chacun cherche à raviver les souvenirs occultés par le traumatisme de ce qu'ils ont vécu. Pourquoi n'a-t-il aucun souvenir de cette guerre ? Quelle est la signification du rêve récurrent qui l'obsède depuis la fin de cette guerre ?

Tout d'abord, ce documentaire est extrêmement original puisqu'il utilise le genre de l'animation. Déformation de l'Histoire ?  Des séquences extrêmement réalistes, sont juxtaposées à des scènes hallucinatoires exprimant les rêves et les peurs des soldats, dans cette guerre, qui les dépassent, et les images d'animation permettent de montrer une vision de la guerre à travers la subjectivité des témoins. Comment lutter contre l'horreur ? L'ennemi n'est jamais visible car ce film antimilitariste est une critique de toute guerre. La guerre est montrée dans toute son absurdité. En outre, le réalisateur pose les jalons d'une réflexion sur le travail de la mémoire. Rendant visite à un ami psychologue, ce dernier lui explique ce qu'est la mémoire vivante, pourquoi celle-ci est lacunaire : sur 10 photos d'enfance qu'on montre à un personne, si une photo est truquée, la personne pensera quand même se rappeler de cet événement : on réécrit les souvenirs car la mémoire se reconstruit avec des éléments fictifs. A la frontière du film de guerre et de l'autobiographie, Ari Folman arrive avec beaucoup de dynamisme et subtilité a condamner la guerre. Le film se clôt sur des images d'archive de la destruction des camps de Sabra et Chatila, montrant l'horreur de la guerre dans toute sa vérité... Un film à voir !

Valse avec Bachir de Ari Folman, sortie en 2008, 1h27, film franco-israëlo-allemand.

Le billet de Jade.

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12 novembre 2010

La religieuse, Diderot

 

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Ce qui a commencé comme une joyeuse mystification repose sur des faits réels. Grimm, Diderot ( présentation de Diderot sur le site de la BNF : les essentiels littérature) et quelques autres beaux esprits, s'ennuient après le départ du marquis de Croismare, en Normandie. Ils ne trouvent rien de mieux à faire pour le faire revenir dans la capitale que de lui parler d'une affaire qui l'intéresse fort : le cas d'une religieuse appelée Marguerite Delamarre, qui a été cloîtrée contre son gré, et qui a fait appel à la justice pour sortir de ces monastères où le sort des jeunes filles n'est guère reluisant. Ils écrivent donc des lettres qu'ils signent Suzanne Simonin où elle demande la protection du marquis en faisant appel à ses sentiments pieux et à son esprit éclairé. A partir de ces lettres, présentes dans la préface, Diderot a écrit les mémoires de cette religieuse.

Racontée à la première personne, Suzanne entreprend ses mémoires. C'est une jeune fille enfermée malgré elle dans un monastère, et elle raconte les circonstances dans lesquelles elle dû prendre le voile, pour ensuite s'attarder sur les détails de sa" captivité" : enfant naturel, sa mère lui demande de prononcer ses voeux pour ne plus avoir sous ses yeux, la preuve de son adultère. D'abord réticente, Suzanne est obligée de se plier à la volonté de ses parents qui la tenait enfermée dans une pièce en ne lui adressant plus la parole alors que ses deux soeurs ont été mariées et dotées fort avantageusement. Sa vie devient alors un véritable chemin de croix, subissant des sévices corporels, l'ennui et la solitude dans ces couvents où le sort des jeunes filles dépendent de mères supérieures tantôt hystériques, tantôt fanatiques. L'une d'elle dira aux religieuses à propos de Suzanne, après qu'elle ait décidé de recouvrer sa liberté par le biais d'un procès :  "Marchez sur elle ce n'est qu'un cadavre". Quelques unes obéirent et me foulèrent aux pieds; d'autres furent moins inhumaines. Mais aucune n'osa me tendre la main pour me relever".

"Vade retro satana"  : Ces mémoires, adressée à Croismare, présente une suite de tableaux pathétiques, désigné tel quel par la narratrice elle-même : "vous qui vous connaissez en peinture, je vous assure, monsieur le marquis, que c'était un agréable tableau à voir. Imaginez un atelier de douze personnes, dont la plus jeune pouvait avoir quatorze ans, et la plus âgée n'en avait pas vingt-trois ; une supérieure qui touchait à la quarantaine, blanche, fraîche, pleine d'embonpoint, à moitié levée sur son lit, avec deux mentons qu'elle portait avec bonne grâce, des bras ronds comme s'ils avaient été tournés, des doigts en fuseau, et tout parsemés de fossettes ; des yeux noirs, grands, vifs, et tendres, presque jamais entièrement ouverts, à demi fermé [...]. Mais la grâce, hélas lecteurs, vous l'apprendrez, ne sont pas le sujet de ce mémoire. Lecteurs, vous suivrez avec horreur l''aggravation de la situation de la religieuse et ces tableaux désolants, d'une rare violence morale. Les persécutions sont nombreuses et diaboliques, ayant comme acmé une scène d'exorcisme des plus sombres et glauques : Suzanne nous raconte comment les autres religieuses l'ont dépouillée de ses affaires, l'ont empêchée de dormir... mais ces scènes contiennent aussi une violence satirique dirigée contre le clergé qui croit encore aux superstitions et qui entrave la liberté des femmes. : "voilà l'effet de la retraite. L'homme est né pour la société ; séparez-le, isolez-le, ses idées se désuniront, son caractère se tournera, milles affections ridicules s'élèveront dans son esprit, comme les ronces dans une terre sauvage. Placez un homme dans une forêt, il y deviendra féroce ; dans un cloître, où l'idée de nécessité se joint à celle de la servitude, c'est pis encore. On sort d'une forêt, on ne sort plus d'un cloître ; on est libre dans la forêt, on est esclaves dans le cloître".

A travers ce passage, c'est la voix de l'auteur et ses idées qu'on entend. Ce livre est excessif, il émeut et choque. Et c'est bien l'objectif de Diderot qui cherche notre compassion pour toutes ces jeunes femmes enfermées malgré elles, privées de liberté.
Certes, on peut parler d'exagération mais ce roman à thèse mêle fiction et réel, car de nombreux cas de démence, de fuite, de morts chez les religieuses ont été notés à l'époque. Ce roman s'inscrit dans la lignée des écrits philosophiques de l'auteur et du siècle des Lumières en dénonçant la violence faite à l'individu, à sa volonté et sa liberté.
Et si lecteurs, vous êtes intéressés par le style de l'époque, de cet auteur, vous pouvez consulter le petit un dossier qui suit la préface et  avec des extraits des Salons écrit en 1763, l'éloge de Richardson, des extraits de l'encyclopédie qui développe et explique la conception romanesque de Diderot, notamment la notion de pathétique. Ce livre effrayant, parfois difficile à supporter devant tant d'injustices, nous fait découvrir l'esthétique du roman sensible du XVIIIeme siècle tout en révélant la plume satirique de Diderot et en nous rappelant la lutte des philosophes contre le fanatisme.

La religieuse, Diderot, Livre de poche, 315 p;

challenge autobiographie de Bleue et violette.

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11 novembre 2010

CHALLENGE SHAKESPEARE

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(Ophélie de Millais)

CHALLENGE SHAKESPEARE

J'ai demandé à Claudia de se joindre à moi pour organiser le challenge sur Shakespeare dont j'ai eu l'idée avec Céline, cette dernière manquant de temps pour s'en occuper. C'est avec  grand plaisir qu'elle a accepté. Shakespeare est pour elle un des plus grands dramaturges de tous les temps, un de ces écrivains universels, toujours étonnamment modernes, qui ont peint la nature humaine sous toutes ces faces et ont utilisé pour le faire tous les genres, du rire à la tragédie.

Amoureux de la langue anglaise, amoureux du théâtre élisabéthain, amoureux de la démesure et du rêve, inscrivez-vous au challenge Shakespeare.

PIECES ET BIOGRAPHIES :

Pour faire plaisir aux inconditionnelles shakespeariennes, on vous propose différents niveaux de lecture : J love Shakespeare :

Un peu : 1 pièce + 1 adaptation ciné ou théâtre + une biographie ciné ou théâtre.

Beaucoup : 2 pièces + 2 adaptations ciné ou théâtre + une biographie.

Passionnément : plus de 3 pièces + 3 adaptations + une biographie.

A la folie : Oui ! Soyons fous ! Tout Shakespeare sans aucune restriction. Vos coup de coeur !

Pas du tout : vouas avez vu une adaptation que vous n'aimez pas au cinéma et au théâtre ? Vos coups de rage !

CITATIONS :

Nous pensons aussi que ces lectures sont l'occasion de constituer
un recueil de citations de Shakespeare. Aussi nous vous proposons de publier en même temps que vos billets (ou indépendamment) une ou plusieurs citations de la pièce lue ou vue en notant bien l'acte et la scène d'où elle est  (sont) tirée(s).

Comédie, tragédie ou pièce historique, lisez Shakespeare...

Vous pouvez vous inscrire et envoyer vos liens vers vos billets sur les deux blogs :
Maggie Mille et un classiques et Claudialucia ma Librairie

Nous pouvons héberger des billets de personnes n'ayant pas de blog mais qui désire écrire sur Shakespeare

Voici une petite bibliographie...

-   Les comédies : Comme il vous plaira, La nuit des rois, Les marchands de Venise, Peines d'amour perdues, La mégère apprivoisée, beaucoup de bruit pour rien, Le songe d'une nuit d'été...

- Les tragédies : Roméo et Juliette, Le roi Lear, Macbeth, Hamlet, Othello, Titus Andronicus, Jules César, Antoine et Cléopâtre...

- Les pièces historiques : Richard III, Richard II, Henri IV, Henri V, Henri IV, Le roi Jean, Edouard III...

..
.Et une petite filmographie (les plus connus)...

- Macbeth, Orson Welles (1948)

-Le château de l'araignée
Akira Kurosawa  (transposition de Macbeth) (1957)

- The tragedy of Macbeth,  Roman Polanski (1971)

- the tragedy off Othello, Orson Welles (1952)

- Roméo et Juliette de F. Zeffireli

- Roméo + Juliette de Baz Luhrmann (1996)

- West side story  de Robert Wise (transposition de Roméo et Juliette) (1961)

- Hamlet, film de K. Brannagh (1996)

- King Lear, de Peter Brook (1971)

- Ran de Akira Kurosawa (transposition du Roi Lear) (1985)

- Prospero's book, Peter Greenaway (1991)

La Mégère apprivoisée F. Zeffireli (1967)

- Edit du 4/11 : nous rajoutons La tempête qui sort en décembre 2010

etc....

Biographies

La plus célèbre, le livre Peter Ackroyd, biographie de Shakespeare

Le film le plus célèbre  : Shakespeare in love  Joseph Fiennes

Pensez à poster vos liens dans les commentaires, pour que nous puissions actualiser les liens, accompagnés du logo fabriqué par Céline ! Merci Céline pour l'idée du challenge et pour le logo et merci claudia pour l'écriture du billet...

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Les participantes :

- Céline, claudia, EllcrysEiluned , Hathaway , Lael , LewerentzLou, Océane , Pimrose, Sabio, Titine , Théoma, Mango, L'irrégulière.

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09 novembre 2010

Prières exaucées, Truman Capote

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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"il y a plus de larmes versées sur les prières exaucées que sur celles qui ne le sont pas". Truman Capote est l'enfant terrible de la littérature américaine : disert, caustique, l'enfant abandonné très tôt par ses parents, a ensuite côtoyé les plus grands, de Marilyn Monroe aux Kennedy. Génial écrivain, il a inventé le roman de non-fiction, "le nouveau journalisme" et De sang froid lui donnera une certaine reconnaissance du milieu littéraire. C'est le matériau de sa vie, ce qu'il a observé parmi la société mondaine, qui lui fournit les anecdotes de Prières exaucées. Mais à la lecture des 3 premiers chapitres, ses amis se détourneront de lui. Pourquoi ce livre a-t-il fait scandale ?

Prières exaucées devait être l'équivalent de "la recherche" proustienne : P. J. Jones est un écrivain abandonné à sa naissance. Se qualifiant lui-même de "couard", "fruste", "opportuniste", il est homosexuel et cynique. Il se met en scène en train d'écrire Prières Exaucées, de même que Marcel le héros de la recherche est en train d'écrire la recherche.  Abordant ses débuts dans un magazine, puis l'échec de ses romans, il les entremêle à ses aventures perverties et douteuses. Voyageant de l'Amérique vers l'Europe, de Tanger à Paris, rencontrant les célébrités de ce monde, il livre des anecdotes sur les personnalités rencontrées. 

Ce roman n'est pas seulement un livre scandaleux : le personnage principal lorsqu'il ne se livre pas à la débauche, peut être très intéressant, en parlant de ses lectures, de son écriture : "Qu'une chose soit vraie ne veut pas dire qu'elle soit vraisemblable, tant dans la vie que dans la l'art. Prends Proust par exemple. tu crois que sa Recherche sonnerait aussi juste s'il était resté scrupuleusement fidèle à l'histoire, s'il n'avait pas transposé les sexes, modifié les événements et les identités ? S'il avait relaté les faits au pied de la lettre ? Mais - c'est là une idée qui m'étais souvent venue - il aurait mieux valu. Moins acceptable mais meilleur."

Cependant, on comprend mieux le scandale lorsqu'il livre les portraits sans vernis social de la société mondaine et cosmopolite. voici le portrait qu'il fait de Sartre : " Un oeil noyé, l'autre à la dérive, ce louchon de Sartre, pipe au bec, teint terreux, et sa taupe de Beauvoir, sentant la jeune fille prolongée, étaient généralement calés dans un coin comme deux poupées de ventriloque abandonnées." Et lorsqu'il évoque plus loin Koesler en ces termes " un nabot agressif toujours prêt à faire le coup de poing". N'est-ce pas là malveillance ? Etait-il utile d'insérer des jugements lapidaires ? Devant les réactions outrées, Capote aurait d'ailleurs dit :" A quoi s'attendaient-ils ? Je suis écrivain et j'utilise tout ce qui me tombe sous la main. Ces gens s'imaginaient-ils donc que je contentais de les distraire ?". Des mondanités aux potins féroces, il n'y a qu'un pas et T. Capote l'a franchi : son ton habituellement badin, moqueur se transforme à la fin de sa vie en paroles abjects...

Il est toujours difficile de dire du mal d'un auteur qu'on apprécie. Et pourtant, on est obligé de reconnaître que cette oeuvre est assez inégale, alternant des descriptions presque poétiques, une teinte, une odeur retenant notre attention, et des scènes parfois vulgaires lorsqu'il aborde la vie sexuelle de ses personnages. Ces scènes crues, le manque de raffinement dans la description des mondanités des années post-guerres empêchent ce dernier roman, laissé inachevé, de Truman Capote d'atteindre son idéal proustien....

Truman Capote, Prières exaucées, Livre de poche, 231 p.

autres romans : petit-déjeuner chez Tiffany, Cercueils sur mesure, Musique pour caméléons

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06 novembre 2010

Truman capote, la traversée de l'été et Petit déjeuner chez Tiffany

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Avec ces deux romans New-yorkais, Truman Capote dresse le portrait de deux femmes aux caractères diamétralement opposés, mais tout en nuance. Le style diffère aussi, étant donné que La traversée de l'été est son premier roman, un roman qu'il disait inachevé puis perdu.

"La belle saison avait pris fin depuis longtemps"

Mais commençons par l'histoire de La traversée de l'été dont le manuscrit a connu une vie mouvementée. Lors d'un déménagement, Truman capote aurait laissé des affaires qui ont été récupérées par sa concierge : quelle ne fut la surprise de tous, de retrouver à une vente aux enchères à Sotheby's en 2005, le premier roman de Truman Capote, avant son succès des domaines hantés.  Grady Mc Neil est la figure principale de ce roman "étouffant" : jeune fille des beaux quartiers, en conflit avec sa mère, elle refuse d'accompagner ses parents pour une croisière en Europe : ce sera son premier été à New-York, seule. Alors que sa mère souhaite "lancer sa fille dans le monde et que ses préoccupations sont matérielles (Dior ou Fath pour la robe de débutante ?), Grady s'interroge sur ses sentiments : Aime-t-elle vraiment Clyde ? Juif, gardien de parking, il appartient à un milieu dont elle ignore tout. La traversée de l'été est un très beau roman sur le gouffre que peuvent créer la position sociale et sur les incertitudes de l'adolescence. Que sait-on de l'amour à 17 ans ?

Petit déjeuner chez Tiffany :

Quant à Holly Golightly, l'héroïne de Petit Déjeuner chez Tiffany , connu aussi grâce à l'adaptation de Blake Edwards, Les diamants sur un canapé, elle est menteuse par nécessité, frivole et superficielle. Insaisissable, elle papillonne, entourée d'hommes. Elle veut être actrice mais reste sans rôle. Demi-mondaine, bavarde, elle ne semble pas sentir le poids de la réalité, indifférente à ce qui l'entoure. Finalement, elle est arrêtée , après avoir été à son insu, mêlée à un trafic de drogue  puis disparaît. Les souvenirs racontés par son voisin écrivain, la montre comme une femme artificielle, mais encombrée par un passé assez lugubre. Voici sa première apparition, assez excentrique, rappelant la voisine qu'a incarné Marilyn Monroe dans Sept ans de réflexion de Billy Wilder : "Le sentiment que l'on m'épiait. Que quelqu'un était dans la chambre. Puis il y eut une succession de coups secs frappés sur la vitre, apparition d'un gris spectral. Je renversai le grog. Il me fallut un certain temps avant que je me décide à ouvrir la fenêtre et à demander à Miss Golightly ce qu'elle voulait. "J'ai laissé en bas un type absolument terrifiant, me dit-elle, passant de l'échelle de secours dans ma chambre. Je veux dire qu'il est charmant quand il n'est pas saoul, mais qu'il se mette à écluser, et vous parlez d'un sauvage ! [...] Elle écarta son peignoir de flanelle grise de son épaule pour me montrer ce qui arrive lorsqu'un type vous mord. Elle ne portait rien d'autre que ce vêtement.".

L'écriture de ces deux romans est extrêmement différente : dans La traversée de l'histoire, le style de Capote est surchargée par des comparaisons surprenantes ou outrées comme "son visage mince, ses traits aussi délicats que des arêtes de poisson, semblaient baignés de miel" ou  "obéissant à sa compagne, une femme couleur de fraise mûre imprégnée de cognac, il se pencha par-dessus la table voisine pour adresser à Peter un salut un peu embarrassé", tandis que celui de Petit déjeuner... est beaucoup plus épuré, proche de sa volonté de "sous-écrire" ses romans... New-York n'a qu'une très petite place symbolique, dans ces deux romans comme l'opposition de la 5eme avenue avec Broadway pour son premier roman, et Tiffany pour le second. Comme dans la plupart de ses oeuvres, les descriptions se font par petites touches, souvent des notations de lumières exprimant soit le désarroi, soit la beauté du monde vu à travers les yeux de personnages : " Du haut du balcon, elle apercevait le faîte des tours et des gratte-ciel qui semblaient trembler, comme menacés de se dissoudre dans le rayonnement brutal de l'après-midi". Le récit de la vie de Holly ne comportent pas de profondeur et paraît assez vain : le sujet est aussi mince que l'intérêt qu'on peut y porter. Grady Mc Neil est une magnifique figure d'adolescente, tout en souffrance et en nuance. De la traversée de l'été, il émane une infinie tristesse touchante : certes, un premier roman à la prose surchargée, mais qui mérite d'être redécouvert. Cependant, détresse et solitude fondamentale des êtres transparaissent dans ces deux récits : n'est-elle pas celle aussi de cet écrivain narrateur de Breakfast at Tiffany's, qui ressemble tant à Truman Capote ?

Petit déjeuner chez Tiffany, Truman Capote, Folio, 188 p.
La traversée de l'été,Truman Capote, Livre de poche, 150 p.

autres romans : Musique pour caméléons, Cercueils sur mesure

Lu dans le cadre du challenge New York d'Emily.

Les avis de Katell, Clarabel, Lou...et je rajoute celle de Mango, Lilly, Karine...

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01 novembre 2010

Indignation, Philip Roth

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Dans son dernier roman, Philip Roth nous livre un destin individuel sur fond de guerre de Corée. C'est à travers les souvenirs d'un jeune étudiant, Marcus Messner, que nous voyons l'histoire de l'Amérique des années 50 se dérouler sous nos yeux. Fils d'un boucher juif, pour échapper à ce milieu et à un père devenu protecteur jusqu'à la folie, il entre à l'université de Winesburg dans l'Ohio. Là, ce jeune homme honnête et travailleur est confronté à un monde conservateur, raciste, dans lequel il a bien des difficultés à s'adapter.

Particulièrement agréable et fluide, l'écriture de ce roman nous entraîne dans la vie de Marcus Messner. Pourquoi cette écriture est-elle si attrayante ? Elle semble livrer en toute simplicité et franchise les pensées même les plus intimes de notre héros. S'appuyant sur des images concrètes issues de la boucherie, milieu d'origine de Marcus, elle révèle une personnalité à la fois droite et honnête mais aussi candide et inexpérimentée. Avec une fraîcheur désarmante, le jeune narrateur nous livre ses premiers émois amoureux à travers une correspondance avec la jeune Olivia et les anecdotes sur son travail à la boucherie kasher de son père qui font parfois sourire. Mais ce roman est aussi très sombre, assombri par la description de la vie d'un étudiant dans les années 50 et l'ombre de la guerre de Corée.

Indignation est d'abord la description de la vie d'une université du Middle West, université réactionnaire et stricte où l'administration s'insinue dans la vie personnelle des étudiants, où changer de chambres à plusieurs reprises peut apparaître comme un signe d'asociabilité, où leur vie sexuelle faisant l'objet d'une observation étroite peut être utilisée contre  eux. La religion aussi est stigmatisée à travers les offices obligatoires et l'ostracisme que subissent ceux qui ne font pas partie de la majorité blanche et chrétienne : " Il y avait 12 fraternités sur le campus mais 2 d'entre elles seulement admettait les juifs". "Etroit" pourrait aussi qualifier la mentalité du directeur et de son président Lenz et de tout ce système universitaire réactionnaire et conservateur, qui mène à la révolte des étudiants, aussitôt réprimée avec renvoi d'étudiants, appelée la "grande razzia des petites culottes". Finalement, il faudra attendre les années 1870 pour que les choses évoluent.

Dans le destin tragique de Marcus, sa vie est assombrie par des tragédies personnelles comme la folie de son père, mais aussi par la guerre très sanglante de Corée où des milliers de jeunes moururent : " Dans la lutte pour occuper la colline abrupte cotée sur la crête escarpée de Corée centrale, les deux camps subirent des pertes si lourdes que le combat se mua en un bain de sang fanatique,comme ça avait été le cas pendant toute cette guerre. Les quelques combattants vaincus et blessés qui n'avaient pas explosé ou été poignardés à mort finirent par quitter les lieux en titubant, avant l'aube, laissant  la montage de Massacre - nom qui fut donné à cette colline cotée dans les récits relatant notre guerre du milieu du siècle - couverte de cadvres et aussi dépourvue de vie humaine qu'elle l'avait été pendant des milliers d'années, avant l'avènement d'une juste cause au nom de laquelle chacun des deux camps massacra l'autre" . Indignation est une tranche de vie sur fond d'histoire américaine des années 50, vue à travers la sensibilité d'un homme au seuil de sa vie, une vie broyée par la société bien-pensante, une vie volée par la guerre barbare. Un très beau roman...

Indignation, Philip Roth, Gallimard, 196 p.
L' avis de Claudia

Posté par maggie 76 à 19:18 - - Commentaires [18] - Permalien [#]