30 octobre 2010

Les boucanières, Edith Wharton

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Les boucanières ? Que cache le titre du dernier roman inachevé d'Edith Wharton ? Ce sont 5 américaines, toutes plus belles les unes que les autres confrontées à la société londonienne : "Ah ! mais regardez-les ces demoiselles, les quelques privilégiées que Mrs st George daignait désigner ainsi ! Par caprice, elles avaient décidé de retarder leur entrée et d'arriver toutes ensemble, bras dessus bras dessous, une bande rougissante qui envahit la salle à manger, s'y épanouit comme une branche chargée de fleurs". 

" D'où venez-vous, charmantes demoiselles, d'où venez-vous ? / En si joyeuse bande, me cernant de partout ? (Rossetti)

Saratoga, New York. C'est dans un papillonnement de jupes et une explosion de vitalité, de rire, de gaité, qu' Edith Wharton nous présente les cinq jeunes filles en fleur : la belle Virginie et la mélancolique Annabel St George, la sensuelle Conchita Closson et l'intelligente Lizzy Elmsworth et sa soeur Mabel. Issues de milieux obscures, leur mère désespère de les lancer dans la bonne société américaine, jusqu'à l'arrivée de la gouvernante Miss Testvalley. Celle-ci, fraîchement débarquée de l'Angleterre victorienne, ayant été préceptrice des enfants du duc de Tintagel ou de la noble famille Brigtlingsea, va s'attacher à toutes ces jeunes filles et les lancer dans leur première saison londonnière. Les amours, les espoirs et le bonheur de nos cinq héroïnes dépassera bientôt toutes leurs attentes. Quel est le but de ces jolies aventurières ? Conquérir Londres.

"Vanité des vanités"

Les boucanières est tout d'abord une peinture de la société et des moeurs de la fin XIXeme siècle : milieu social, stratégie, ambition politique, le prestige aristocratique, tous ces thèmes sont présents. Comme dans Chez les heureux du monde, Edith Wharton réussit une magnifique fresque sociale de New York à Londres, dans les années 1870. A l'égal de la "comédie humaine" balzacienne, elle décrit différentes sociétés avec une vivacité reproduisant la vie frénétique, tapageuse de nos héroïnes. Mais loin de s'arrêter à un nombre restreint de personnages, elle dépeint aussi le destin de Miss Testvalley, des sir Helmsley et son fils Guy Twarte, des Tintagel, de la perfide Lady Churt.... Parfois cette peinture se fait délicatement poétique avec la description de sensation, de couleurs, de lieu comme l'apparition des ruines de Tintagel, hors de la brume.

Ce roman est le plus britannique des romans d'Edith Wharton : prenons par exemple, Mrs St George dont le mariage est l'une de ses préoccupations très austeenienne. Elle est aussi ridicule qu'une Mrs Bennet : " moins c'était compréhensible plus c'était éblouissant" se plaît à dire le narrateur de cette femme dont la seule obsession est d'établir ses filles dans de bonne position. La société new-yorkaise est assez vite délaissée au profit de l'étiquette et codes rigides de l'aristocratie anglaise. La confrontation entre les extravagantes américaines et les "momies" aristocratiques anglaises donnent lieu d'ailleurs à de nombreuses situations cocasses.

"Incurables peines de coeur" :

Les boucanières est aussi une subtile description des sentiments amoureux. Pas d'amour romanesque, quoique le destin de Annabel soit digne de celui du conte de fée de ses rêves, mais l'auteur a privilégié l'opacité des sentiments permettant une intrigue sentimentale riche en rebondissements. Autre originalité de ce roman, elle laisse une grande place à la poésie notamment celle de Rosseti, dont les peintures ou tableaux font écho au destin d'Annabel. Plusieurs anecdotes sur le jeune poète Dante Gabriel Rosseti ainsi que ses poésies sont parsemées dans le roman. L'héroïne, nouvelle Proserpine, est aussi influencée par l'aura de la légende arthurienne... même un fragment d'une stèle du trône de Naxos aura un rôle stratégique important !

Les" boucanières" est un terme employé péjorativement par les anglais qui considèrent ces femmes comme de vulgaires étrangères, des pilleurs et des sauvages mais pour Edith Wharton, ce sont des femmes exubérantes et courageuses, transformées par son écriture subtile et ironique, en femmes qui se libèrent des contraintes sociales, dont les portraits font de ce roman magistral un véritable chef d'oeuvre : une fresque éblouissante.

Les boucanières, Edith Wharton, Points, 512 p.

Merci aux éditions points pour m'avoir offert ce livre et permis de découvrir un très beau roman.

autres romans : Chez les heureux du monde, Xingu, Le triomphe de la nuit, Les lettres

Lecture commune avec Mango dans le cadre du Challenge Edith Wharton. Voici les avis de Titine, Lilly...

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29 octobre 2010

Mina de Vanghel, Stendhal

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Mina de Vanghel est une jeune fille riche, l'une des plus riches de la cours d'Allemagne à la mort de son père. Sa mère craignant de laisser sa fille seule la presse de se marier. Mais Mina a une imagination débridée et se fait une haute conception de l'amour :" Mina ne connaissait les cours que par les romans de son compatriote Auguste Lafontaine. Ces tableaux de l'Albane présentent souvent les amours d'une riche héritière que le hasard expose aux séductions d'un jeune colonel, aide de camp du roi, mauvaise tête et bon coeur. Cet amour, né de l'argent, faisait horreur à Mina". Pour échapper à cet amour qu'elle juge vulgaire et plat, elle décide d'aller vivre à l'étranger. Elle s'entraîne à se déguiser en homme pour s'enfuir de la cour lorsque sa mère obtient la permission d'aller en France. Là, elle croit rencontrer l'amour en la personne d'un homme marié et médiocre, Monsieur de Larçay.

"Une âme trop ardente pour se contenter du réel de la vie".

Pour trouver l'amour, Mina est prête à tout. Elle de déguise en dame de compagnie pour entrer au service de Madame de Larcay et se rapprocher de l'homme qu'elle aime et invente un plan machiavélique où les masques vont révéler l'identité de chacun. Elle n'hésite pas à manipuler les personnes autour d'elle. Ah ! Encore un trio amoureux !  Mais ici, c'est la femme qui a un caractère fort et les hommes n'ont qu'une place subalterne ou un rôle désavantageux.

Le narrateur, sur un ton détaché, usant d'ironie pour parler de son personnage, expose sa conception de l'amour. A travers le destin de Mina de Vanghel, c'est le phénomène de cristallisation que démontre Stendhal (biographie Larousse) : on invente des qualités à l'aimé, on voue un culte à un amour idéalisée...Mina de Vanghel est une très belle tragédie, sans effusion de sang, ni de sentiments, sur fond de décor romantique, ruines, clair de lune et balcon, le lac de Genève et des références à Rousseau. Et on pourrait d'ailleurs conclure sur les mots de Rousseau, citée à plusieurs reprises dans cette nouvelle, qu'il n'y a de vraiment beau que ce qui n'existe pas.

Mina de Vanghel, Stendhal,  Bibliothèque Gallimard.

Lecture dans le cadre du challenge "Au bon roman" de Praline.

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28 octobre 2010

Le grillon du foyer, Dickens

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Sous titré "un conte de fées...

Le grillon du foyer a été regroupé, avec un chant de Noel et d'autres récits, dans les Chrismas books, qui ont eu un succès retentissant lors de leur parution. Thème cher à Dickens ( biographie Larousse), pendant la période de Noël, selon les dires de l'un de ses fils, Dickens était particulièrement joyeux et vif car pour lui, cette époque de l'année représentait un moment de générosité et de pardon... Dans ce récit hautement symbolique, il aborde certains aspects de son siècle avec son talent de conteur inimitable.

C'est avec le chant combiné de la bouilloire et d'un grillon que s'ouvre ce récit : si le grillon du foyer des Peerybingle est aussi joyeux, c'est que le foyer de Mary et John Peerybingle ressemble à une famille modèle. Dans ce foyer chaleureux arrive un beau vieillard demandant l'asile. Ensuite, le conteur nous plonge, dans un deuxième chant, dans le foyer des Plummer, de Caleb et sa fille aveugle, qui hélas, ressemble à celui de milliers de misérables sous l'ère victorienne. Caleb fabrique des jouets d'enfant pour le compte du terrible et horrible Gruff et Takleton. Caleb, pour alléger la vie de l'infirme, lui fait croire qu'ils sont choyés par leur employeur et que leur intérieur est magnifique. L'affreux Takleton, comme Scrooge, incarne la méchanceté, et est un tueur de grillon de surcroit ! Il espère se marier à May, une jeune fille beaucoup plus jeune que lui comme le couple que forme John et Mary. Malheureusement, rien ne passe comme prévu : Mary trompe-t-elle son mari ? May va-t-elle épouser un vieillard acariâtre ? Qui est ce vieil homme qui loge chez les Peerybingle ? Caleb a-t-il raison de mentir sur leur sort à sa fille aveugle ?

... Domestique"...

Dickens, conteur sans égal, n'a pas son pareil pour brosser des portraits, voire des caricatures, certes sans profondeur psychologique, ni vraisemblance. Voici celui de Takleton  : "Mais confiné à contrecoeur dans le paisible état de fabricant de jouets, c'était un ogre domestique, qui avait toujours vécu aux dépens des enfants dont il était l'implacable ennemi ; Il méprisait tous les jouets et n'en aurait acheté pour rien au monde ; dans sa malice, il se complaisait à glisser une expression sardonique dans les traits des fermiers de cartons pâte menant leur cochon au marché des crieurs publics annonçant la perte de quelque conscience d'avocat, des vieille dames mécaniques reprisant des bas ou découpant des pâtés, et d'autres articles tirés de son fond [...]. Il excellait en de pareilles inventions. Tout ce qui pouvait évoquer un poney cauchemardesque faisait ses délices" .

Il  n'hésite jamais devant une comparaison incongrue, comme le vieillard qui parle de lui comme d'un colis ou  : " Gruff et Takleton était là, faisant l'aimable avec le sentiment évident d'être aussi parfaitement à l'aise, aussi parfaitement dans son élément qu'un jeune saumon fraîchement éclos au sommet de la grande pyramide" !. Et voici une autre comparaison décalée qui ne manque pas de faire sourire : " Lorsque la voiture fut un peu plus près, il constata que Takleton était déjà tout paré pour la noce et qu'il avait orné la tête du cheval de fleurs et de rubans. L'animal avait bien plus l'air d'un futur marié que Takleton, dont l'oeil à demi fermé trahissait une expression plus désagréable que jamais".

La description des foyers permet à Dickens de dénoncer la misère des uns et l'avarice des autres mais comme à son habitude, et à celles de nombres de victoriens, sous la façade, se révèle plusieurs problèmes. Mais si l'auteur se fait dénonciateur de la misère dans laquelle certains ouvriers vivent, cette oeuvre parle plutôt du mariage et de la fidélité, notamment dans les couples peu assortis où la femme est deux fois plus jeune que le mari. La jeune Mary trompe-t-elle son vieux mari ? May acceptera-t-elle un mariage fondé sur l'argent plutôt que l'amour ? Même si l'auteur aborde certains problèmes sociaux de l'ère victorienne, cette réflexion sur la vie quotidienne sous le règne de Victoria est plutôt optimiste et amusante. Quel conteur ce Dickens ! Quelle vivacité et quel humour ! L'oeuvre de Dickens est toujours à relire ou à redécouvrir !

Le grillon du foyer, Dickens, folio bilingue, 304 p.

Autres oeuvres : L'homme hanté

Challenge Dickens, organisé par Isil.

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26 octobre 2010

L'auberge de la Jamaïque, Daphné du Maurier

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Chère Océane,
Après la délicieuse et très mystérieuse lecture de Rebecca, j'ai voulu découvrir d'autres romans de Daphné Du Maurier. Alors j'ai ouvert L'auberge de la jamaïque et une fois de plus, je suis enchantée de la lecture de ce roman qui s'inscrit dans la lignée des romans gothiques, sauf qu'il n'y a pas de vieux manoirs hantés mais une auberge délabrée. Les premières pages lus, on entre dans un univers et une atmosphère sombre et très violente avec une héroïne qui a du caractère : j'ai eu peine à croire la violence de certains passages bien extravagants: " Le colporteur eut un grognement de triomphe et cessa de peser sur la jeune fille. C'était ce qu'elle attendait, et, comme il changeait de position et baissait la tête, elle le frappa vivement de toute la force de son genou, lui enfonçant en même temps ses doigts dans les yeux." . Mais reprenons du début...
Tu dois te demander quelle est l'intrigue de L'auberge de la Jamaïque ? Mary Yellan est une jeune fille dont la mère courageuse, travaille dur dans sa ferme tout en élevant seule sa fille. Sa brusque mort amène bien des changements dans la vie de Mary, qui est obligée de quitter sa ferme natale pour aller vivre chez sa tante Patience. Mary ne l'a vu qu'une fois, alors qu'elle était encore qu'une jeune fille frivole et insouciante. Quelle n'est pas sa surprise lorsque sa tante lui écrit une lettre peu bienveillante où elle accepte néanmoins d'accueillir sa nièce, à l'auberge de la Jamaïque.  Le mystère s'épaissit car la seule évocation de ce nom emplit tous les honnêtes gens d'effroi. Que peut-il bien s'y passer ? Cette funeste lettre annonce un non moins funeste destin à notre héroïne : elle doit aider son oncle Joss, un ivrogne qui maltraite sa femme, à tenir un bar où de terrifiantes affaires se déroulent et où se retrouve toute la lie de l'humanité... Très vite, elle découvre le terrible secret de son oncle. Mais pourquoi sa tante Patience est-elle devenue une femme agitée de tics nerveux ? Quelles sont les raisons pour lesquelles personne ne s'arrête jamais dans cette auberge ?

En fait, au milieu du livre, dans un terrible suspense qui pousse à tourner les pages inexorablement, on nous révèle le secret épouvantable de l'oncle. Et pourtant le suspense s'intensifie : un autre mystère se fait jour et commence alors une enquête haletante et la fin contient encore un retournement de situation qui maintient le lecteur en haleine jusqu'à la dernière page... Oui, j'ai parlé de romans gothiques car cette auberge effrayante est entourée d'une lande toujours brumeuse, humide et venteuse. A la sauvagerie des hommes, fait écho la sauvagerie de la nature, de cette Cornouailles peu hospitalière, balayée par les vents comme dans les romans des Brontë. Juges-en toi-même par ce passage "Elle était inexorable, cette pluie qui cinglait les vitres du coche et s'infiltrait dans un sol rude et stérile. Il n'y avait pas d'arbres, sauf un ou deux peut-être qui tendaient aux quatre vents leurs branches dénudées, ployés et tordus par des siècles d'intempéries. Et les orages et le temps avaient si bien noircis que si, par aventure, le printemps s'égarait en un tel endroit, aucun bourgeon n'osait se transformer en feuille, de crainte de mourir de froid. La terre était pauvre, sans prés ni haies ; on ne voyait que des pierres, de la bruyère noire et des genêt rabougris.". Les personnages sont sans cesse comparés à des animaux : Mary est comparée à un singe pour son intelligence et son courage, quant à son oncle, il est présenté comme un ours ou un loup... Mais dans cette solitude et son désarroi, Mary rencontre Jem Merlyn, frère cadet de Joss, voleur de chevaux dont elle tombe éperdument amoureuse. Elle fait aussi la rencontre d'un vicaire albinos qui va lui apporter son aide...

Ce livre est merveilleusement surprenant, gothique et sinistre à souhait. Le mystère rôde autour de l'auberge de la Jamaïque, pour notre plus grand plaisir ! J'ai autant aimé ce livre que Rébecca et je pense lire d'autres romans de cet auteur tant j'ai été conquise par la prose et les intrigues de Daphné du Maurier ! A bientôt, j'espère, pour une nouvelle lecture dans le cadre du challenge de Daphné Du Maurier...

Maggie

 Daphné du Maurier, L'auberge de la Jamaïque, Livre de poche, 318 p.

autre roman : Rebecca

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23 octobre 2010

L'île au trésor, Stevenson

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L'île au trésor de Stevenson...

"Monsieur Trelawney, le docteur Livesey et tous ces messieurs m'ayant demandé d'écrire ce que je sais de l'ïle au Trésor, du commencement à la fin, sans rien omettre, si ce n'est la position exacte de l'île, et cela parce qu'il s'y trouve encore un trésor, je prend la plume en l'an de grâce 17.., et retourne à l'époque où mon père tenait l'auberge de l'Amiral-benbow, et au jour où le vieux marin à la peau basanée et balafrée d'un coup de sabre prit pour la première fois logement sous notre toit" : ainsi commence L'île au trésor, le roman d'aventures par excellence. L'apparition de Billy Bones annonce de nombreuses aventures pour notre jeune narrateur, Jim Hawkins. Ce dernier aide ses parents à tenir une auberge où pour leur malheur, débarque un vieux loup de mer louche. Peu à peu Jim comprend que Billy Bones est détenteur d'une carte menant à un trésor. Mais avant d'arriver au trésor, il devra braver de nombreux dangers et affronter des individus peu recommandables.

Ce roman de mer présente une intrigue qui n'est entravée par aucune intrigue secondaire : tous les chapitres convergent vers l'île sur laquelle vont se révéler les personnages. Raconté à la première personne, on suit les peurs et les rêves de Jim, gamin de 15 ans, exalté par cette aventure mais aussi favorisé par le destin et par son courage. Une première partie correspondrait à l'attente et le rêve de voyage, ponctué par les effrayantes apparitions de Chien noir et l'ombre du "loup de mer à une jambe", mais on côtoie aussi le comique Trelawney et le brave docteur Livesey. La deuxième partie se passe sur une île, rude, sauvage, où s'affrontent des pirates conduit par Long Silver et des hommes honnêtes autour du brave capitaine Smollett. Mais cette confrontation est moins manichéenne qu'elle n'y paraît... Morts violentes, lutte acharnée entre les deux camps, trésor, pirates, L'île aux trésor est indéniablement un roman d'aventures exaltant, mais qui fait la part belle à l'aventure humaine. La force de ce récit est de nous projeter sur les pas de cet enfant, dans cette île malsaine, dont on suit chacun de ses espoirs et de ses doutes. S'il n'y pas de réalisme psychologique,  l'aventure ne manque pas entre trahisons et rencontres étranges. Ce roman est sans le moindre doute un modèle du genre qu'il faut lire pour son style épuré...

...à l'édition tourbillon...

Si on peut déplorer les éditions expurgées ou par extraits, mutilant souvent de grandes oeuvres, Les éditions Tourbillon ont sorti une version "ad delphinum" très réussie de L'île au trésor.. Certes l'histoire a subi une grande simplification mais l'essentiel du roman est là, efficace. Les descriptions sont moins nombreuses mais l'intrigue reste très fidèle. L'île au trésor illustré par Vincent Dutrait est un bel ouvrage.

L'île au trésor, Stevenson, Livre de poche, 243 p.
L'île au trésor, illustré par Vincent Dutrait, Edition Tourbillon.

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15 octobre 2010

Les dames vertes de George Sand

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George Sand ( biographie Larousse) est un écrivain tout à fait fascinant, vivant de sa plume, fumant, s'habillant en homme à une époque où les femmes n'avaient que peu de droits. Elle a fréquenté Chopin, Delacroix , Dumas et Flaubert... Ecrivain prolixe, elle a écrit de nombreuses nouvelles dont Les dames vertes.

Le narrateur est un jeune avocat, Just de Nizière,  à l'imagination débordante : devenu avocat pour plaire à son père,  il  aurait "préféré  les lettres, une vie plus rêveuse, un usage plus indépendant et plus personnel de [ses] facultés, une responsabilité moins soumise aux passions et aux intérêts d'autrui". En 1788, il se rend au château de Ionis pour démêler une affaire de famille : Madame Ionis doit hériter d'un immeuble après la découverte d'un testament, cassant un premier testament en faveur de ses cousins, qui sans cet héritage tomberait dans la misère. Bien que dans son droit, celle-ci refuse de gagner ce procès. Doit-il lui faire gagner ce procès et le droit ou laisser triompher les sentiments ? Just loge dans une magnifique chambre où il apprend que des ancêtres du château apparaissent pour prédire l'avenir...

Des spectres apparaissent, des statues semblent prendre vie et vous saurez en lisant cette nouvelle quel est le rôle de la fontaine de Goujon : rêve ou réalité ? Cette histoire serait, somme toute, qu'un conte de l'étrange proche de ceux d'Hoffman, dans la lignée des contes fantastiques du XIXeme siècle s'il ne portait pas la trace des préoccupations de la romancière, notamment les questions sociales de la mésalliance et une certaine critique de la noblesse : " Bourgeois et philosophe (on ne disait pas encore démocrate), je n'étais nullement convaincu de la supériorité morale de la noblesse". De plus, l'action se passe à la fin du XVIIIeme siècle et on sent les influences des philosophes des Lumières. Le procès ressemble globalement à celui mis en scène dans Entretien d'un père avec ses enfants. Avec Les dames vertes, Georges Sand signe une nouvelle bien tournée, qui joue avec les codes du surnaturel et qui montre toute la diversité de son oeuvre.

George Sand, Les dames vertes, Magnard, 139 p.

Autre oeuvre : Laura voyage dans le cristal

Lu dans le cadre du challenge George Sand de George Sand et moi.

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12 octobre 2010

L'étrange histoire de Benjamin Button

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Benjamin Button, F. Scott Fitzgerald, Pocket, 56 p.
Né avec l'apparence d'un vieillard de quatre-vingts ans, Benjamin Button va vivre à rebours tous les événements majeurs du destin d'un homme : études, mariage, jeux d'enfance, apprentissage... Cependant, son parcours très conventionnel va être entravé par son apparence physique. Et malheureusement pour lui, il est né dans une famille très respectable et dans une société bien pensante qui n'aura de cesse de lui reprocher sa différence : " A Baltimore, M. et Mme Button avaient, avant la guerre de Sécession, une situation sociale et financière des plus enviables. Ils avaient noué des liens avec les familles en vue, ce qui, comme le savent tous les gens du sud, leur permettait de faire partie intégrante de la prétendue "bonne société", qui s'épanouissait à l'époque dans le sud des Etats-Unis. Comme c'était la première fois qu'ils se pliaient à cette charmante coutume qui consiste à faire un enfant, M. Button était naturellement inquiet.". Ainsi dès le début du texte, le narrateur ironise doucement sur la vanité et les préjugés de la société qui accueille la venue de Benjamin.  Cette nouvelle fantastico-philosophique porte aussi un regard critique sur les hommes et la société ; abordant les thèmes de l'apparence, de la différence et des préjugés qui transparaissent dans le refus d'accepter la réalité par le père de B. Button : " si disons, il arrivait à trouver un habit d'enfant très large, il pourrait lui couper cette longue barbe horrible, lui teindre les cheveux, et ainsi dissimuler cette ignominie, et préserver un semblant de respectabilité - y compris son propre rang au sein de la bonne société de Baltimore". La nouvelle, par essence un genre bref, aurait mérité d'être davantage développée tant le sujet est intéressant et foisonnant...

Benjamin Button, vu par David Fincher
Ne vous attendez pas à une adaptation fidèle : le film reprend le canevas de la nouvelle mais pour mieux broder autour, un fabuleux road movie avec une magnifique histoire d'amour doublée d'une philosophie quelque peu différente de la nouvelle. Si le thème de la différence est repris, énoncé sentencieusement par un pygmée et montrant la solitude de Benjamin, le film prend une toute autre dimension, celle d'une réflexion sur la vie et l'amour.
"On ne sait jamais ce que la vie nous réserve" : effectivement comme un leitmotiv, chaque personnage traduira ainsi sa vision du monde. Rencontre, hasards, morts, naissances, le réalisateur a voulu illustrer le foisonnement de la vie avec un arrière fond historique important. La chance ? elle est illustrée, par exemple, par le personnage comique, frappé sept fois par la foudre. Quant à la mort et aux naissances, elles sont symbolisées par le lieu où grandit Benjamin, un hospice qui lui fait côtoyer la mort très tôt, lui, le nouveau né.
A côté de la prouesse technique des transformations qui font rajeunir Benjamin et au contraire vieillir Daisy, et de la saisie de petits instants très beaux de la vie quotidienne, on peut reprocher à ce film très long, voire trop long, une certaine lenteur de rythme pas toujours nécessaire et une certaine complaisance à être moralisateur. Mais ce qui est touchant, c'est la solitude du personnage, et la pudeur avec laquelle elle est montrée sans tomber dans le mélo et la mélancolie baroque du passage du temps : "rien ne dure" mais "il y a des choses qu'on n'oublie jamais" dit Daisy au seuil de la mort... Malgré ses défauts, Benjamin Button reste un très beau film...

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09 octobre 2010

Psychose, Hitchcock

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Hitchcock (biographie Larousse) est bien sûr reconnu pour ses films angoissants dont le modèle du genre est certainement Psychose. Marion Crane, une sage employée rêve de se marier mais son amant est endetté. Un vieux client fait son apparition et laisse une grosse somme d'argent en billets de banque... Cela tenterait n'importe qui, et surtout notre Marion, qui décide de s'enfuir avec l'argent. Malheureusement, fatigue, remords et orage se conjuguent pour empêcher l'héroïne d'arriver à bon port. Elle finit par s'arrêter dans un motel lugubre près d'un manoir non moins sombre. Là elle fait la connaissance de Norman Bates, un jeune homme solitaire et quelque peu perturbé, pour son plus grand malheur.

Si le début du film peut paraître amusant, avec le badinage des amants et une collègue laide et jalouse ( Elle dit à Marion, que le client vient de la draguer et non elle, parce qu'il avait certainement aperçu son alliance) assez rapidement l'angoisse du personnage s'installe à travers la présence, en voix off, de ses pensées qu'elle ressasse sur fond de musique stridente. Musique grinçante et répétitive, terreur des protagonistes, surimpression d'images, une caméra qui surplombent les personnages créent une ambiance angoissante, un climat d'épouvante et un suspense insoutenable... Qui est ce policier qui suit Marion ?  La soeur de Marion et le détective vont-ils retrouver la trace de celle-ci ?

"J'ai toujours vécu pris au piège", dit Norman Bates. Et c'est bien de piège qu'il s'agit mais qui s'abat sur Marion, prise dans un engrenage implacable. L'horreur s'intensifie peu à peu, de la découverte de la pièce, où Norman Bates aime à se trouver, remplie d'oiseaux empaillés à la découverte du véritable meurtrier. Ce film, réalisé en 1960 n'a pas pris une ride : la folie habite Norman, parfait dans le rôle de psychopathe, face à une victime ne pouvant échapper à un destin tragique et qui culmine avec la scène mythique de la douche. Psychose est un thriller où l'horreur rôde jusqu'à la dernière image : un chef-doeuvre qui vous hantera à chaque fois que vous passerez devant un motel glauque et isolé ou devant un passionné d'oiseaux empaillés.
Psychose, Hitchcock, 1960, avec Antony Perkins et Janet Leigh.

vu dans le cadre du challenge Halloween de Lou et hilde...

1960 - Psychose - Alfred Hitchcock

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05 octobre 2010

Histoires de fantômes

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Lecteurs, aimez-vous les histoires de spectres, les situations sombres et les nouvelles fantastiques ? Vous trouverez cette ambiance et ces thèmes dans ce recueil histoires de fantômes qui rassemble trois nouvelles, dont l'intérêt est assez inégal : La chambre tapissée de Walter Scott, La légende de Sleepy Hollow de Washington Irving et La maison du juge de Bram Stocke.

Walter Scott a remis au goût du jour des traditions écossaises mais aussi ses fantômes. Dans la chambre tapissée, on retrouve des techniques traditionnelles de la nouvelles fantastiques avec un récit cadre. Un officier de retour d'Amérique voyage en Angleterre et découvre un grand manoir - très caractéristiques des manoirs hantés- qui appartient à un ami d'enfance Lord Woodville. Ce dernier lui propose de rester dans le manoir et d'occuper une chambre "antique". Le lendemain, l'intrépide général est absent, sorti à l'aube et lorsqu'il revient c'est pour annoncer brusquement son départ. Pourquoi quitte-t-il aussi soudainement son hôte ?  W. Scott nous livre ici une nouvelle très classique de revenants, assez décevante, l''intrigue étant très conventionnelle est peu développée et sans véritable surprise. L'écriture est banale ainsi que l'histoire qui ne révèle aucune surprise et ménage un assez piètre suspense...

Bram Stocker, connu pour son célèbre Dracula, est l'auteur d'une nouvelle véritablement terrifiante. En 1981, il a écrit La maison du juge, inspiré d'une nouvelle de Le Fanu. Un jeune étudiant en mathématiques, donc très cartésien, recherche une demeure pour réviser seul ses leçons avant un examen. Enfin, il trouve une maison qui le satisfait à tout point de vue :" Il n'y a qu'un seul endroit qui lui plut vraiment car il exauçait, au-delà de toute espérance, son désir  irraisonné de solitude. En fait, il aurait été plus juste de parler de désolation plutôt que de solitude pour rendre compte de l'isolement de la battisse. C'était une vieille demeure, massive et biscornue, de style jacobéen, surmontée de lourd pignon et percée de fenêtres extraordinairement petites et placées bien plut haut qu'il n'est d'usage dans des constructions de ce genre". Ce manoir a été habité par un juge cruel et il l'est maintenant par un rat étrange : " La-bas à droite de la cheminée, sur la grande cathèdre de chêne sculptée, se tenait assis un rat énorme, qui le toisait avec aplomb d'un oeil mauvais". Le vieux manoir isolé, un juge mystérieux, une tempête, des morts brutales et inexpliquées... Voici quelques poncifs des histoires de fantômes mais Bram Stocker arrive à nous effrayer et à nous faire frissonner d'épouvante avec cette macabre nouvelle. L'étudiant est-il fou ? Est-ce que le manoir est réellement hanté ? La description des apparitions du juge et le grouillement des rats sont si vivement décrits que la tension ne cesse d'augmenter ! Il a su créer une ambiance et une atmosphère très sombre, entraînant le lecteur dans ce monde étrange.

La légende du cavalier sans tête d'Irving : D'emblée l'anti-héros de cette nouvelle, nous fait entrer dans un univers comique et champêtre très éloigné des frissons que peuvent provoquer la mention d'un cavalier sans tête... " Il imaginait les pourceaux découpés en belles tranches de lard et en jambons tendes et goûteux et ne pouvait apercevoir la dinde sans se la figurer délicatement troussée, le gésier fourré sous l'aile, peut-être même parée d'un chapelet de saucisse savoureuses, et jusqu'au joyeux chantecler, couché sur le dos, servi en garniture, les pattes en l'air comme dans une postures qu'il avait toujours rêvé de prendre mais à laquelle, par orgueil, il n'avait de son vivant, jamais daigné se mettre. Alors qu'Ichabod, radieux songeait à tout cela, et parcourait, de ses grands yeux verts, les grasses prairies [...] Son coeur aspirait à la demoiselle qui devait hériter de ce domaine [....]" : Ichabod Crane, instituteur sans le sous rêve, d'épouser une riche héritière mais sur son chemin se dresse un adversaire redoutable, le héros local surnommé "Brom Bones"... Ichabod, rêveur incorrigible, croit avoir toutes ses chances, jusqu'au jour où il doit faire face à une terrible apparition... Décidément, les nouvelles mêlant fantôme et humour ne sont pas des réussites et cette nouvelle bien que comique grâce à son héros ridicule, ressemble plus à une blague de potache qu'à une véritable histoire de fantômes !

Trois nouvelles, trois écritures différentes mais trois auteurs de renom qu'il faut découvrir en ces temps d'Halloween... avec Lou et Hilde !

Histoires de fantômes, présentées par Dominique Lescanne, Pocket bilingue, 223 p.

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