20 juillet 2010

La rêveuse d'Ostende d'Eric-Emmanuel Schmitt : ISSN 2607-0006

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"Ce qui est intéressant dans une énigme, ce n'est pas la vérité qu'elle cache mais le mystère qu'elle contient", dit l'un des personnages dans la dernière nouvelle du recueil La rêveuse d'Ostende. Et E. E. Schmittt crée une atmosphère, dans chacune des cinq nouvelles, nous plongeant savamment dans un monde entre imagination littéraire, rêve et réel...

"Les mauvaises lectures" : Maurice Plisson, un professeur d'histoire dédaigne les romans qui ne sont que mensonges et fictions et déclare : "Que découvrais-je avec les romanciers qui privilégient la fantaisie ? Non mais dites-moi quoi ?" Prenant l'exemple de "la marquise sortit à 5 heures", il dénonce l'arbitraire du langage romanesque. Vaguement misogyne, hypocondriaque, couard, méprisant tous ouvrages non scientifiques ou historiques, il juge commercial tous autres livres. En vacances avec sa cousine Sylvia, il lit par hasard la quatrième de couverture d'un roman qu'elle vient d'acheter dans une grande surface, La chambre des noirs secrets de Chris Black. Pour lui, c'est le comble de la vulgarité ! Cependant, il est question d'un livre du XVI siècle dans la présentation de l'éditeur. Quel peut-être ce livre ? Dérobant secrètement ce roman, il commence la lecture de cette histoire d'agent secret qui le captive complètement, où il est question de pièces secrètes, de chants mystérieux entendus à travers des murs... Son imagination débordante, et un secret que refuse de révéler sa cousine l'amène dans une situation des plus cocasses : a-t-il réellement vu un homme dans la maison qui chercherait à les cambrioler ? Le cri de la chouette ne serait-il pas un signal entre voleurs ? S'imaginant entourés d'ennemis et se prenant lui-même pour un personnage du roman de C. Black, son imagination s'emballe de manière comique... jusqu'à un dénouement tragique révélant tout l'humour noir de E. E Schmitt ! Une nouvelle à chute rondement menée et extrêmement drolatique !

"La rêveuse d'Ostende" : Après une rupture sentimentale, le narrateur écrivain décide d'aller se reposer à Ostende, lieu qui l'a toujours fasciné. Il est logé chez une vieille dame, Emma Van A. malade et insignifiante aux yeux de sa propre famille. Sa nièce déclare que sa vie n'a été que vacuité... Cependant, le narrateur est surpris par ses paroles : "D'un amour essentiel, on ne s'en remet pas.". Aurait-elle connu l'amour malgré les dires de sa famille ? Après un infarctus, Emma lui fait des aveux étranges : elle aurait eu une aventure avec un prince ! Un prince ? N'est-elle pas en train de s'imaginer une vie de rêvée ? Sa maison s'appelant la villa Circée, ne confond-elle pas L'Odyssée et sa propre vie ? Le jour de la mort de la vieille dame, la vérité éclate enfin... Une très belle histoire d'amour, pleine de suspense.

"Le crime parfait", "La femme au bouquet" et " La guérison " mettent aussi en scène des personnages aux prises avec leur imagination. A chaque situation nouvelle, E.E. Schmitt nous montrent que sous des apparences anodines, la vie nous réserve de surprenantes révélations. Si "La femme au bouquet", se révèle un peu décevante, trop courte et à la limite du fantastique et "la guérison" moins captivante que les autres nouvelles, ces récits sont vraiment à découvrir pour leur fraîcheur, leur humour et le rôle de l'imagination... Une belle découverte !

Schmitt, La rêveuse d'Ostende, Livre de poche, 246 p.

Lecture dans le cadre "découvrons un auteur de Pimprenelle" : 

Posté par maggie 76 à 08:00 - - Commentaires [13] - Permalien [#]