29 juin 2010

L'affaire est close de Patricia Wenworth

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Tout d'abord nous avons une jeune fille, Hilary Carew, qui fait des vers de mirlitons et qui vient de rompre ses fiançailles avec Henry. Ensuite, on apprend comment Marion Grey survit au procès de son mari emprisonné à vie. Le tout fait un début très mystérieux. Qui a tué qui ? Puis on nous révèle l'affaire : Geoff Grey aurait tué son oncle James Everton. Aurait-il été capable de le tuer sachant que ce dernier venait de le déshériter au profit d'un neveu qu'il haïssait ? Bien évidemment sa chère femme croit en son innocence mais tous les témoignages l'accablent, et les alibis en or des différents suspects semblent si beaux qu'Hilary commence avoir des doutes...

"Très rares sont les gens qui recherchent la vérité" (p. 147)

Habile à créer le suspense, P. Wenworth retarde le début de l'enquête, par le rappel du procès de Geoff, vieux d'un an, pour nous exposer les faits entourant le meurtre de James, qui semblent bien l'accuser sans l'ombre d'un doute. Finalement, assez tôt, on devine qui est le véritable meurtrier mais la recherche de preuves nous tient en haleine, surtout que les détails délicieusement britanniques abondent, l'heure du thé étant aussi importante qu'un meurtre ou la présence de la vieille cousine ennuyeuse comme la pluie, et certains passages ne manquent pas d'humour, notamment dans l'emploi des comparaisons  : "Mrs Ashley semblait morte de peur. Hilary se dit que, de toute sa vie, elle n'avait jamais vu personne aussi ridiculement effrayée. D'autant plus ridicule que... mais enfin qu'elle raison avait-elle d'avoir peur ? Ce n'est pas parce qu'on a travaillé dans une maison dans laquelle un meurtre a été commis et qu'on vient vous poser quelques questions anodines  à ce propos qu'il faut se comporter comme un lapin pris au piège dans son terrier" !.

Finalement, la véritable enquêtrice, Mrs Silver, ne fait que de très brèves apparitions et est aussi falote que Mrs Marple créée après par Agatha Christie. D'ailleurs le charme de L'affaire est close émane aussi du "couple" de détectives improvisé que forment la pétillante et intrépide Hilary et son fiancé, faussement arrogant et orgueilleux, Henry. En revanche, comme chez A. Christie, ce n'est pas la peinture psychologique ou le détail réaliste des lieux qui priment mais l'intrigue bien ficelée : chaque détail a son importance. Un roman policier très agréable à lire et qui réjouira tous les amoureux des whodunits traditionnels, dans la lignée de ceux d'Agatha Christie, l'ambiance désuète en moins mais la touche britannique bien présente...

J'ai découvert cette romancière anglaise, née en 1878, que j'ai lu avec délice, grâce à la lecture du billet les "ennuis de Sally West" de Titine...

Patricia Wenworth, L'affaire est close, 10/18 grand détective, 313 p.

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27 juin 2010

Les misfits, Arthur Miller

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"Tout ce qui en vaut la peine est dangereux" (p. 111)

"Ni roman, ni pièce de théâtre, ni découpage cinématographique" : l'auteur présente ainsi le récit des Misfits. Alors quel est le thème de ce récit ? Peu à peu se dresse devant nous une ville typiquement américaine, des années 50, dans le désert du Névada, avec son casino, ses policiers et ses personnages, Roslyn fraîchement divorcée accompagnée d'Isabelle. "Quelques portes plus bas, il y a un casino. Une demi acre de terrain planté de machines à sous pansues, reflétant sur la rue ses néons rose et bleu. Les allées latérales sont presque toutes vides, mais quelques indigènes tôt levés actionnent leur leviers dans cet océan de chrome, fixant les éclairs de métal, tels des poissons dans quelque glauque univers sous-marin. Les deux femmes s'assoient au bar, observant les rares joueurs" : On se croirait effectivement plongé dans une comédie américaine  avec ces personnages de paumés plutôt atypiques : Gay, le cow boy épris de liberté, Roslyn, mystérieuse, naïve et Guido, qui semble vivre sans réel but. Chacun à sa manière refuse cette société : Gay cherche à fuir dans les montagnes, Roslyn fuit les hommes et le mariage... La détresse des personnages est palpable ainsi qu'une tension latente. La rencontre de  ces trois protagonistes et leur incompréhension mutuelle va les amener au bord du drame.

Ce récit nous emmène loin, très loin dans un ailleurs fait de déserts peuplés de mustangs, sans qu'il y ait vraiment d'intrigue : on suit les pas de ces trois personnages à la poursuite de leurs chimères, même s'ils restent opaques jusqu'aux dernières pages. Comme dans un film, on les observe de l'extérieur....  Est-ce  l'écriture de Miller qui rend ce livre si intéressant. Est-ce la solitude des personnages et l'ambiance douce-amère qui rend ce livre si attachant ? Ou est-ce l'évocation d'une Amérique mythique, les belles descriptions  visuelles du Nevada sauvage qui nous laissent rêveurs ? Les misfits est comme le reflet d'une Amérique légendaire, les dernières lueurs d'un certain Ouest américain et une comédie humaine poignante...

Les misfits, Arthur Miller, Robert Laffont, 213 p.

Merci BOB pour ce partenariat et Robert Laffont. L'avis de Fleur, Clara,...

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24 juin 2010

Jane de Julian Jarrold

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L'une des plus connues des romancières anglaises a eu sa vie adaptée au cinéma par Julian Jarrod en 2007. Cette romancière est Jane Austen. Jeune fille malicieuse, Jane Austen a une soeur fraîchement fiancée et va elle-même tomber amoureuse d'un jeune homme qui mène  une vie débauchée et désargentée. Comme dans ses romans apparaît la problématique de l'amour, du mariage et de l'argent : raison ou sentiment ? Passion ou argent ? Son coeur va-t-il être attiré par le pâle et maladroit et riche Wisley, si gauche que Jane le surnomme ironiquement "le pétillant neveu" ou le fougueux et caustique mais impécunieux Lefroy ? Les personnages ressemblent à ceux des romans de Jane Austen, Lefroy ayant une troublante ressemblance avec Darcy. Elle-même et sa mère notamment ont des points communs avec les Bennet. Beaucoup de scènes évoquent Orgueil et préjugés, dont on voit la genèse ou  Raison et sentiments. Si le film ne contient pas vraiment de surprises majeures, l'ambiance des bals, des robes d'époque, la campagne anglaise sont très plaisantes. Les scènes sont piquantes, les dialogues ne manquent pas d'humour ni de fraîcheur.

Ce film donne une belle image de Jane Austen écrivant, lisant, indépendante et passionnée. Bien que de facture très classique, ce biopic retrace avec vivacité le destin de la romancière tout en rendant hommage à la femme et à ses romans. Académique certes, fabulation autour de la mystérieuse vie de Jane Austen, dont on connaît peu de choses, cette biographie fantaisiste n'en est pas moins un hommage à un écrivain majeur de la littérature britannique.

Avis de Lou, Titine..

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22 juin 2010

Le père Goriot Balzac

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"Ainsi ferez-vous, vous qui tenez ce livre ce livre  d'une main blanche, vous qui vous enfoncez dans un moelleux fauteuil en vous disant : "Peut-être ceci va-t-il m'amuser". Après avoir lu les secrètes infortunes du père Goriot, vous dînerez avec appétit en mettant votre insensibilité sur le compte de l'auteur, en le taxant d'exagération, en l'accusant de poésie. Ah ! Sachez-le : ce drame n'est ni une fiction, ni un roman. All is true, il est si véritable, que chacun peut en reconnaître les éléments chez soi, dan son coeur peut-être ! "  La volonté de réalisme de Balzac apparaît dès les premières pages.

Fin observateur de la société parisienne, dans sa Comédie humaine, Balzac dénonce les apparences d'une société construite sur l'argent et le privilège de la naissance, à travers les trajets de trois individus, Rastignac, Goriot et Vautrin. Dans le titre du cycle, c'est bien la dimension de spectacle que l'auteur souligne... et cette comédie est celle de toutes les bassesses. Inspiré du procédé des romans historiques de Walter Scott, le romancier nous décrit l'histoire des moeurs, l'intimité des individus. Tandis que le père Goriot déchoit, Rastignac s'élève vers les hautes sphères de l'aristocratie.

Le père Goriot moqué par les autres habitants de la sombre et horrible pension Vauquer est en fait sublime dans ses sentiments. Aimant jusqu'à la déraison ses deux filles richement mariées, il va se sacrifier jusqu'au derniers liards pour elles, sans aucune reconnaissance de la part de ses filles bien plus préoccupées de leur tenue de bal que par leur vieux père mourant et agonisant. La description de la pension Vauquer relève du morceau de bravoure : Balzac réussit admirablement à nous montrer la petitesse de ses habitants et le sordide de l'endroit : "Une des plus détestables habitudes de ces esprits lilliputiens est de supposer leurs petitesses chez les autres". Les gravures de Daumier, qui a initialement illustré Le père Goriot, contribue à créer une horrible atmosphère de misère. Symboliquement, les pensionnaires sont décrits de bas en haut selon leur position sociale...  Autour de ce vieillard, on retrouve la figure de l'arriviste dans la personne de Rastignac. Ce dernier noble désargenté apprend douloureusement à survivre dans la société grâce aux conseils de sa cousine de Beauséant et de Vautrin. Cet homme est d'ailleurs étrange dans son comportement. Qui est-il réellement ?

En quatre chapitres, Balzac, nous décrit admirablement tous les milieux sociaux, du peuple à l'aristocratie, unis autour du "même égout moral". Le langage est imagée et fleurie : le vocabulaire de la chasse, guerrier, montre que la vie à Paris est une lutte incessante. Seule l'ascension compte  : "Le monde est infâme et méchant, dit la vicomtesse. Aussitôt qu'un malheur nous arrive, il se rencontre toujours un ami prêt à venir nous le dire, et à nous fouiller le coeur avec un poignard en nous faisant admirer le manche". Roman de l'ascension, roman de l'amour paternel, c'est aussi le roman de l'argent : "la fortune est la vertu" ou "monnaie fait tout" ! L'auteur dénonce une société gangréné par l'argent qui fait dire à Rastignac : "votre Paris est donc un bourbier ?" .

Le mystère n'est pas absent de ce roman avec des forçats cachés sous l'apparence de bons bourgeois, avec les dessous des aventures amoureuses des coquettes parisiennes et avec la secrète douleur du père Goriot que tout le monde méconnaît. Balzac débusque ces faux-semblants à travers le style typiquement XIXeme siècle, avec les citations latines, l'argot du peuple, les chansons d'époque et son génie de la description rendant vivante chacune de ses scènes... Un classique à lire ou à relire !

Le père Goriot, Balzac, Garnier Flammarion, Etonnants classiques 364 p.

Challenge "j'aime les classiques" de Marie L.

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18 juin 2010

Lorrenzaccio d'Alfred de Musset

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Florence est sous le joug du tyran Alexandre de Médicis et de son cousin, le mélancolique et débauché Lorenzo, qui oeuvre secrètement en faveur des républicains. Toute la ville tremble : les femmes pour leur vertu, les hommes pour leur honneur. Dans l'ombre, les Strozzi conspirent mais en vain. Plusieurs intrigues s'enlacent, plus d'une trentaine de personnages sont mis en scène et autant de lieux différents servent de décor à cette oeuvre foisonnante.

La beauté de cette pièce est issue de l'éloquence et de la virtuosité de la prose et de l'identité de son héros éponyme : "Suis-je satan ? Lumière du ciel ! Je m'en souviens encore ; j'aurai pleuré avec la première fille que j'ai séduite, si elle ne s'était mise à rire. Quand j'ai commencé à jouer mon rôle de Brutus moderne, je marchais dans mes habits neufs de la grande confrérie du vice, comme un enfant de dix ans dans l'armure d'un géant de la fable. Je croyais que la corruption était un stigmate et que les monstres seuls le portaient au front" s'écrie Lorenzaccio. A force de dépravation, l'âme du héros s'est dissoute et à l'image de toute une génération désenchantée, Lorenzaccio cherche à donner un sens à ses actes : il va donc tuer le duc.

Lorenzaccio, c'est le drame romantique dans tout son éclat, recréant l'effervescence de la vie à travers la représentation de toutes les catégories sociales. Musset (biographie ici) mêle le grotesque et le sublime, le goût de l'exotisme dans la représentation de Florence et un héros déchiré, reflet de la génération romantique. L'arrière plan historique et les personnages complexes, et la beauté de la langue font de ce drame un chef d'oeuvre de l'art romantique.

Lorenzaccio, Alfred de Musset, édition Classiques Larousse, 198 p.

Autre oeuvre : On ne badine pas avec l'amour

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11 juin 2010

Zuleika Dobson, de Beerbohm

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Sachez qu'un livre à couverture rouge, avec inscrit comme nom d'auteur Beerbohm peut cacher une histoire pleine d'extravagance. A rebours de Huysmans est le bréviaire de la décadence française, de même Zuleika Dobson   est celui de la littérature fin de siècle anglaise avec son cortège de symboles : les objets délicieusement raffinés, le primat des sensations sur l'objet nommé, le vocabulaire rare, les références à la littérature antique, les expression latines et l'amour de l'esthétique.

Le narrateur présente son livre par cette mise en garde : " Lorsqu'en 1911 ce livre fut publié pour la première fois, certaines personnes, apparemment, crurent que l'intention satirique et les cibles diverses : instinct grégaire, coquetterie féminine, snobisme, voire même, prestidigitation. Pour moi, je n'y avais vu qu'une fantaisie ; et c'est en tant qu telle, pensé-je, qu'elle devraient être considérée. Mais toute imaginative qu'elle soit, la fantaisie doit s'ancrer dans la réalité ; et mes lecteurs penseront sans doute que le tableau que je brosse de la ve à Oxford est une douloureuse entorse à cette règle. [...] "

Fantaisiste, Zuleika Dobson l'est assurément. L'imagination débridée de l'intrigue met en scène une institutrice devenue prestidigitatrice, entourée par de jeunes gens tous amoureux d'elle, suscitant un suicide collectif qui va décimer tout Oxford ! Autour d'elle évoluent des fantômes, des statues qui transpirent... Toute la première partie du roman est consacrée à deux personnages typiquement fin-de-siècle mais caricaturaux : Zuleika, la femme fatale, l'enchanteresse, la sirène qui va mener au suicide tout Oxford  et le duc Dorset, dandy par excellence : " Elle [Zuleika] l'avait ensorcelé certes : Il était d'autant plus nécessaire qu'il se privât de toute conversation avec elle. Il fallait impérativement la chasser au plus vite de son esprit. Il ne devait à aucun prix diluer l'essence de son âme. Il ne pouvait sacrifier son dandysme à aucune passion. Le dandy doit être célibataire et cloîtré  c'est un véritable moine, avec un miroir comme chapelet et pour bréviaire, un anachorète mortifiant son âme pour la perfection de son corps"... Non sans humour, Beerbohm reprend des poncifs et dénonce ses propres personnages comme insupportables !

Pas de critique ? Rien n'est moins sûr ! Lisez ce passage-ci : "Les notions qu'avait Zuleika de la vie d'Oxford étaient un peu brumeuses. Le duc eut peine à lui faire comprendre qu'il ne pouvait pas, même en vêtement d'homme, comme elle le suggérait, l'inviter à la Junte. [...]. Elle ne pouvait comprendre cette admirable fidélité aux obligations sociales qui est une de ces vertus enracinées dans notre aristocratie". Comment ne pas y voir une critique sous-jacente bien que l'auteur s'en défende ?

De drôles et jolies illustrations de George Him renforcent le charme de cette "fantaisie". Et comme toute fantaisie qui se respecte, il manque un peu de sens à cette histoire et perdu dans les digressions, le lecteur peut trouver cette imagination trop débridée un peu lassante.  Mais les courts chapitres vifs, mettant en valeur la préciosité du langage et l'humour de l'auteur, parfois cynique, rendent plaisante et charmante cette étrange histoire.

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Zuleika Dobson, de Beerbhom, Monsieur Toussaint Louverture, 352 pages

Merci à BOB  et à Monsieur Toussaint Louverture pour cette délicieuse découverte et cette magnifique édition !

 

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09 juin 2010

Pars vite et reviens tard, Fred Vargas

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Quel est le nouvel auteur à découvrir en ce mois de juin ? Pimprenelle a choisi Fred Vargas, chercheur en histoire et archéologie au CRNS, qui a écrit une dizaine d'ouvrages, dont des "rompol" L'homme aux cercles bleus, L'homme à l'envers...

"La faute et l'apparence de la faute"

Adamsberg, le doux rêveur aux pensées informes, flanqué de son capitaine Danglard, organisé, précis et rigoureux, repartent dans une affaire criminelle qui s'avère beaucoup plus sombre qu'en apparence. Dans ce roman policier, Vargas ne met pas seulement en scène un traditionnel duo d'enquêteurs complémentaires mais elle les entoure d'une bande d'excentriques : un crieur ancien marin et tueur d'armateur véreux, un faux aristocrate qui exerce la profession de dentelière, Marc Vandoosler, une femme de ménage, et spécialiste du Moyen Age... et quelques personnages récurrents comme Camille ou l'oncle de Marc... Ensembles, ils vont chercher à résoudre une mystérieuse affaire anodine en apparence  : de grands 4 inversés fleurissent un peu partout dans divers quartiers de Paris, ce qui ne semble qu'être l'oeuvre d'un tagueur. Mais Adamsberg les trouve "maléfiques"...

" Et puis, quand les serpents, chauves-souris, blaireaux et tous les animaux qui vivent dans la profondeur des galeries souterraines sortent en masse dans les champs et abandonnent leur habitat naturel ; quand les plantes à fruits et les légumineuses se mettent à pourrir et à se remplir de vers [...]" : lorsque Joss Le Guern, crieur de profession commence à trouver des messages sibyllins, parfois en latin, il soupçonne quelques choses de terribles... L'intrigue, qui repose sur le Liber Canonis d'Avicenne, traitant de la peste, est palpitante. Est-ce que ce fléau va bientôt s'abattre sur Paris ? Lorsque les premiers morts apparaissent, la panique s'empare de toute la population... Entre recherche livresque et recherche d'un faux assassin et d' un vrai tueur, les apparences trompeuses donnent une dimension "baroque" à cette intrigue bien ficelée. Lecteurs, vous prendrez un véritable plaisir à plonger dans cette histoire de peste, donnant une dimension littéraire à cette intrigue policière, où se côtoient des personnages originaux. On regrette juste des dialogues peu subtils, au style relâché...

Vargas, Par vite et reviens tard, J'ai lu policier, 347 p.

Belledenuit - Lilibook  - Kikine  - Zorane - - Isabelle - Del - George - pimprenelle et d'autres avis sur le site de Pimprenelle...

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07 juin 2010

Un ange à ma table de Jane Campion : ISSN 2607-0006

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L'univers de Jane Campion est vraiment très singulier. La femme et son émancipation semblent être l'une des constantes de son oeuvre. Avant Fanny Brawne de Brigth Star et Ada de La leçon de piano, elle s'est attachée à montrer la vie de Janet Frame, une romancière néo-zélandaise. Elle raconte, en trois temps - "To the Island", "An Angel at my table", "The envoy from the miror" -  la vie atypique de cet écrivain timide et sensible. Née dans une famille nombreuse et pauvre, elle développe très tôt le goût de la littérature et devient institutrice. Choquée par le décès de deux de ses soeurs par noyade, diagnostiquée schizophrène, elle sera internée pendant 8 ans dans un hôpital psychiatrique, avant d'appendre par hasard qu'elle n'est pas malade. Elle ne cessera jamais d'écrire et son oeuvre sera couronnée de plusieurs récompenses.

La caméra de Jane Campion suit cette femme au destin malheureux mais atypique : elle nous permet de découvrir le regard étrange que cette femme pose sur le monde. La perfection formelle est présente à travers les magnifiques paysages, une belle bande-son, les couleurs harmonieuses et les extraits de poèmes de Janet Frame. Avec sensibilité, la réalisatrice nous dévoile l'univers d'une femme malmenée par le monde mais qui trouve un refuge dans l'écriture. Un ange à ma table reste un magnifique film, entre violence et beauté, qui rend hommage à une femme au destin difficile : sa solitude est émouvante et son passage dans un asile psychiatrique effrayant... Jane Campion arrive à nous faire entendre la voix intérieure de cette romancière solitaire et comprendre sa sensibilité même si ce film m'a beaucoup moins émue que le sensualisme mis en oeuvre dans La leçon de piano ou que la perfection formelle du destin fatal de Fanny Brawne... 

Autre film : Brigth star

AN ANGEL AT MY TABLE TRAILER

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05 juin 2010

Testament à l'anglaise Jonathan Coe

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Lorsque l'on ne connaît pas l'oeuvre d'un auteur, on s'interroge avant d'ouvrir la première page, sur l'histoire qu'il va nous raconter, sur son écriture... Dans quel genre d'atmosphère va-t-il nous emmener ? Et parfois, on découvre des livres extrêmement drôles, attachants et étranges, comme Testament à l'anglais, qui est une oeuvre foisonnante et caustique.

Sous couvert d'écrire la fresque d'une famille anglaise, les Winshaw, c'est toute la société contemporaine qui est dénoncée. Jonathan Coe critique le pouvoir néfaste d'une élite abusant de son argent et de son pouvoir. Les pages qui dénoncent l'élevage intensif de Dorothy, l'une des filles de la famille Winshaw, sont insoutenables de cruauté et d'horreur mais se terminent par une pirouette : le mari de Dorothy, George, se suicide, ne supportant plus cette femme sans coeur, massacrant ses bêtes. Le mot de la fin est ce titre d'un entrefilet dans un journal : "un fermier pervers se donne la mort par amour pour un veau !". Henry, homme politique, commente la politique comme une "mascarade", "une farce sinistre". Les situations loufoques se succèdent, notamment, dans les réponses sibyllines de Henry lors d'une interview : ..."Et ainsi, en consultant la transcription de ce débat, j'ai découvert que lorsque le docteur Gillam a soulevé la question d'une restriction délibérée des subventions pour préparer le terrain de la privatisation, la réponse de Winshaw a été : "17 000 000 en cinq ans 12, 3 % du PNB 4 % de plus que la CEE 35 % supérieur à l'URSS 34 000 MG pour chaqueHAS x 19,24 en termes réels 9,586 pour chaque FHSA rectifications saisonnières à 12 900 000 + 54,67 a 19 % incl TVA s'élevant à 57 % dépendant de l'IPR par le IHSM l 4,52 la Sécurité sociale est entre de bonnes mains avec nous"" ! La satire de la politique est féroce et atteint même la politique contemporaine avec un très long chapitre consacré à la guerre du Moyen Orient...

Des excentriques, des excentriques et encore des excentriques ! Chaque chapitre est consacré à un personnage différent mais le rôle de Michael est bien plus important et récurrent : fantasque et vivant depuis des années coupé du monde à cause d'un film qui l'a traumatisé, il a ainsi commencé à écrire la saga des Winshaw :  "Par une curieuse ironie cette même Tabitha Winshaw, aujourd'hui âgée de quatre-vingt-un ans et pas plus saine d'esprit qu'elle ne l'a été durant les quarante cinq dernières années, se trouve être, amis lecteurs, le mécène, du livre que vous tenez en main." Tabitha, considérée comme une vieille folle perd son frère préféré dans la tourmente de la guerre en 1940 : elle croit aussitôt à un meurtre. Sa folie meurtrière est plutôt risible et tendrait à nous faire accroire à sa folie : " Parmi les instruments dont sa violence se munit pour attaquer Lawrence, on compta des chandeliers, des parapluies de golf, des couteaux à beurre, des lames de rasoir, des cravaches, un luffa, un mashie, un niblick, une trompe de guerre afghane d'un considérable intérêt archéologique, un pot de chambre et un bazzoka". 6 pages plus loin et 19 ans plus tard, le manoir des Winshaw est le théâtre d'un deuxième meurtre. Tabitha est internée mais décide de faire écrire l'histoire de sa famille. Lawrence, son frère, a-t-il été capable de commanditer le meurtre de son frère Geoffroy ?

Cette galerie haute en couleurs, avec des personnages aussi farfelus les uns que les autres, permet à Jonathan Coe de débusquer les travers d'une élite dirigeante où un galeriste choisit les tableaux en fonction du minois des jeunes artistes, un monde où tout s'achète... Tous les sujets, finance, politique, le milieu de l'édition, celui de la télévision anglaise passent au crible de l'humour de Coe. Quel talent ! Lecteurs, on croit entrer de plain-pied dans un polar mais qui s'est révélé être une satire du pouvoir et de la classe dirigeante. Ce serait gâcher votre plaisir de lecture que de vous emmener dans de nouvelles et longues citations et remarques, découvrez plutôt l'atmosphère caustique de ce livre en  l'ouvrant...  Testament à l'anglaise est une histoire longue, complexe, foisonnante, qui mêle histoire et fiction,  destin individuel, celui de Michael et la vie sous l'Angleterre du XXeme siècle. Où commence la fiction ? Où prend fin la réalité ? Jonathan Coe brouille les pistes créant un livre assurément original et polémique.

La fin du roman est entièrement constituée de rebondissements, suivie d'une note de l'auteur encore plus surprenante. Article de journaux, extraits de journal intime, récit à la première personne, la narration dynamique nous décrit à la fois les tribulations de l'écriture d'un manuscrit et la rocambolesque aventure d'un anti-héros qui va même être filé par une 2 CV... Ce roman est remarquablement étrange, plein d'humour et imprégné de références cinématographiques et littéraires.  L'illusion baroque n'est jamais loin de ce livre déconcertant et certes inclassable.

Jonathan Coe, Testament à l'anglaise, Folio, 677 p.

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03 juin 2010

Catalène Roca de Jean François Delapré

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22/05/2010

Ma chère Lou,
Tu dois te demander quel est ce petit colis que tu viens de recevoir. C'est le recueil de J. F. Delapré dont je t'avais parlé : il tiendrait presque dans ma main ! J'ai beaucoup apprécié la légèreté de l'écriture, vive, délicate et minutieuse de cet auteur que je ne connaissais pas et l'univers des livres. "Catalène Roca" et "l'homme au manteau de pluie" m'ont surprise et ravie. Et toi ? Dis-moi vite ton avis, je suis impatiente de savoir ce que tu en penses. Les aimeras-tu comme moi ? Vas-tu apprécier ces petites histoires énigmatiques ? Ne sont-elles pas plaisantes à lire ?
Bien à toi, Maggie.

27/05/2010

Dear Maggie

J’ai bien reçu ton petit paquet et tu n’avais pas menti, puisque j’ai lu le livre de (… ça commence bien, j’ai oublié son nom et je n’ai pas son livre sous les yeux - coupera-t-on cette partie au montage ?) en quelques minutes, une bonne petite coupure ! Comme nous avons décidé de profiter de nos échanges de mails pour faire notre chronique commune, je me jette à l’eau, même si je compte éviter les digressions victorio-anglo-austeniennes – ce qui, malgré tout, réduit considérablement nos chances de faire croire à quiconque nous connaîtrait un tant soit peu que ces mails ont quelque chose de naturel et de spontané. Celles qui ont récemment introduit chez moi un slat Darcy ou le guide des bonnes manières de Jane Austen diront tout de suite que ce n’est pas crédible (pour quelqu’un qui voulait éviter les digressions j’ai mal commencé, mais je suis en mode digestion après avoir honteusement ingéré un fondant au chocolat).

Bref donc, parlons peu parlons bien (ou du moins parlons du sujet que nous étions censées aborder). Pour les lecteurs qui vont s’immiscer dans notre correspondance (bande de petits sacripants !), nous parlons ici de Catalène Rocca, un très court recueil de deux histoires d’environ 10 pages chacune (dans un tout petit volume). Le héros m’est très sympathique, puisqu’il s’agit d’un libraire. Dans la deuxième nouvelle, il évoque un grand auteur qui se rend chez lui à chaque séjour en France, s’attardant sur une coïncidence amusante, puisque c’est l’auteur du roman favori de son employée, qui ne le reconnaît pas et le prend pour un client normal. En revanche Maggie, puisque ce mail t’est adressé à l’origine, je serais bien curieuse de savoir ce que t’évoque la première nouvelle car le libraire en question m’a tour à tour consternée puis traumatisée (rien de moins !).

Je ne m’explique pas deux choses : entre toutes ses clientes, pourquoi fait-il une fixation sur celle qui se dit éclectique en achetant un polar et un roman à l’eau de rose ? On trouve d’excellents polars et je veux bien croire que certains romans dégoulinant de sentiments, de jupes courtes et de torses imberbes peuvent exercer un pouvoir insoupçonné sur notre imagination (souvenirs émus et - un peu trop - lointains de mon adolescence), mais j’aurais davantage imaginé un libraire soudain obsédé par le seul client du village à chercher une édition rare de l’auteur franchement méconnu que lui-même rêve depuis toujours de faire connaître au monde entier (ou ce genre de chose excessivement cliché). Damn it ! Je comprends mieux pourquoi les libraires me regardent parfois bizarrement quand je m'enflamme en achetant un roman victorien tout juste réédité...

Ou bien s’agit-il du roman qu’elle cherche et qui ne figure dans aucune base de données ? Mouais. Et si je trouve absolument touchant l’intérêt qu’il prend à gérer sa clientèle, j’ai découvert avec horreur qu’il existait également des libraires psychotiques prêts à se rendre au domicile de leurs clients pour les guetter sous des prétextes fallacieux (en trouvant leur adresse grâce à un chèque). Maggie, merci, grâce à toi je penserai désormais à me munir d’argent liquide en librairie et à fermer mon appartement à triple tour la prochaine fois que je succomberai aux appels d’Hercule Poirot (qui me semble tout à fait susceptible de réveiller les troubles obsessionnels compulsifs d’un libraire névrosé, non ?).

En attendant ta riposte, Ta très dévouée Lou !

 

 

28/05/2010

Ma chère Lou,
Merci pour ton petit mot sur ta lecture du recueil Delapré, évidemment tes commentaires m'ont fait beaucoup rire...
Deux lectrices et deux avis totalement différents ! En effet, en ce qui concerne le libraire au comportement déplacé, suivant sa cliente aux yeux pers, je n'avais pas remarqué tout ce que son attitude pouvait avoir d'obsessionnel ou d'étrange. J'ai lu ce court récit comme la réécriture d'une rencontre amoureuse déçue, inversée : " Je ne vous ai pas encore parlé de ces yeux pers. Il faut commencer par le début. Ses yeux. Ou comment je suis devenu amoureux. Notre rencontre avorta assez vite". Du début à la fin de la nouvelle, il n'y a que déception amoureuse... Une jeune fille qui recherche un livre parlant d'une rupture ou d'un amour brisé, un libraire sachant que la rencontre avec celle qui le fascine n'a pas eu lieu... J'y ai vu, non pas un libraire névrosé, mais un anti-héros et une écriture "déceptive" !
Mon dieu ! Mais avons-nous lu le même livre ? Pourquoi les détails que tu soulignes ne m'ont pas sauté aux yeux ? Et pourtant, je t'assure, il n'est pas dans mes habitudes de suivre des gens ou de lire leur adresse sur des chèques ! Ne serait-ce pas notre cher libraire qui se prendrait pour Sherlock Holmes avec ses déductions ??? N'est-il pas un héros à l'imagination débridée, sensible et curieux ?
Ma chère Lou, il m'est bien agréable de converser avec toi sur cette étrange histoire... Merci, de m'avoir ouvert les yeux sur  le danger de faire des chèques dans une librairie !!!! 
Maggie

 

 

30/05/2010

Dear lectrice romanesque & romantique,

Ton point de vue plein de fraîcheur me pousse à faire un mea culpa. Derrière le fantôme d'une histoire d'amour qui aurait pu avoir lieu, je me suis amusée à dénicher les « détails qui tuent », à saisir ce texte poétique et triste pour y porter un regard ironique (mais bienveillant). Je plaide l'overdose de littérature anglaise. J'ai passé un joli moment moi aussi et te remercie une fois de plus pour ce bon moment passé en compagnie d'un amour malheureux (et d'un libraire au comportement louche).

Livresquement, Lou

PS : je n'aurais pas dû faire de chèque au restaurant coréen où nous avons dîné vendredi. J'ai croisé deux Coréens dans la rue. Je suis presque sûre qu'ils se connaissent. Qu'ils m'épient. Veulent-ils s'en prendre à ma bibliothèque ?

Catalène Roca, suivi de l'homme au manteau de pluie, de J. F. Delapré, Table Ronde, 35 p.

Merci à BOB et aux éditions de la Table Ronde pour cette lecture en duo qui s'est révélée fort amusante et vraiment divertissante ! Merci Lou d'avoir partagé cette lecture avec moi, merci pour ton humour  !

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