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"Tout ce qui en vaut la peine est dangereux" (p. 111)

"Ni roman, ni pièce de théâtre, ni découpage cinématographique" : l'auteur présente ainsi le récit des Misfits. Alors quel est le thème de ce récit ? Peu à peu se dresse devant nous une ville typiquement américaine, des années 50, dans le désert du Névada, avec son casino, ses policiers et ses personnages, Roslyn fraîchement divorcée accompagnée d'Isabelle. "Quelques portes plus bas, il y a un casino. Une demi acre de terrain planté de machines à sous pansues, reflétant sur la rue ses néons rose et bleu. Les allées latérales sont presque toutes vides, mais quelques indigènes tôt levés actionnent leur leviers dans cet océan de chrome, fixant les éclairs de métal, tels des poissons dans quelque glauque univers sous-marin. Les deux femmes s'assoient au bar, observant les rares joueurs" : On se croirait effectivement plongé dans une comédie américaine  avec ces personnages de paumés plutôt atypiques : Gay, le cow boy épris de liberté, Roslyn, mystérieuse, naïve et Guido, qui semble vivre sans réel but. Chacun à sa manière refuse cette société : Gay cherche à fuir dans les montagnes, Roslyn fuit les hommes et le mariage... La détresse des personnages est palpable ainsi qu'une tension latente. La rencontre de  ces trois protagonistes et leur incompréhension mutuelle vont les amener au bord du drame.

Ce récit nous emmène loin, très loin dans un ailleurs fait de déserts peuplés de mustangs, sans qu'il y ait vraiment d'intrigue : on suit les pas de ces trois personnages à la poursuite de leurs chimères, même s'ils restent opaques jusqu'aux dernières pages. Comme dans un film, on les observe de l'extérieur....  Est-ce  l'écriture de Miller qui rend ce livre si intéressant. Est-ce la solitude des personnages et l'ambiance douce-amère qui rend ce livre si attachant ? Ou est-ce l'évocation d'une Amérique mythique, les belles descriptions  visuelles du Nevada sauvage qui nous laissent rêveurs ? Les misfits est comme le reflet d'une Amérique légendaire, les dernières lueurs d'un certain Ouest américain et une comédie humaine poignante...

Les misfits, Arthur Miller, Robert Laffont, 213 p.

Merci BOB pour ce partenariat et Robert Laffont. L'avis de Fleur, Clara,...