03 juin 2010

Catalène Roca de Jean François Delapré : ISSN 2607-0006

 

53659149

 

22/05/2010

Ma chère Lou,
Tu dois te demander quel est ce petit colis que tu viens de recevoir. C'est le recueil de J. F. Delapré dont je t'avais parlé : il tiendrait presque dans ma main ! J'ai beaucoup apprécié la légèreté de l'écriture, vive, délicate et minutieuse de cet auteur que je ne connaissais pas et l'univers des livres. "Catalène Roca" et "l'homme au manteau de pluie" m'ont surprise et ravie. Et toi ? Dis-moi vite ton avis, je suis impatiente de savoir ce que tu en penses. Les aimeras-tu comme moi ? Vas-tu apprécier ces petites histoires énigmatiques ? Ne sont-elles pas plaisantes à lire ?
Bien à toi, Maggie.

27/05/2010

Dear Maggie

J’ai bien reçu ton petit paquet et tu n’avais pas menti, puisque j’ai lu le livre de (… ça commence bien, j’ai oublié son nom et je n’ai pas son livre sous les yeux - coupera-t-on cette partie au montage ?) en quelques minutes, une bonne petite coupure ! Comme nous avons décidé de profiter de nos échanges de mails pour faire notre chronique commune, je me jette à l’eau, même si je compte éviter les digressions victorio-anglo-austeniennes – ce qui, malgré tout, réduit considérablement nos chances de faire croire à quiconque nous connaîtrait un tant soit peu que ces mails ont quelque chose de naturel et de spontané. Celles qui ont récemment introduit chez moi un slat Darcy ou le guide des bonnes manières de Jane Austen diront tout de suite que ce n’est pas crédible (pour quelqu’un qui voulait éviter les digressions j’ai mal commencé, mais je suis en mode digestion après avoir honteusement ingéré un fondant au chocolat).

Bref donc, parlons peu parlons bien (ou du moins parlons du sujet que nous étions censées aborder). Pour les lecteurs qui vont s’immiscer dans notre correspondance (bande de petits sacripants !), nous parlons ici de Catalène Rocca, un très court recueil de deux histoires d’environ 10 pages chacune (dans un tout petit volume). Le héros m’est très sympathique, puisqu’il s’agit d’un libraire. Dans la deuxième nouvelle, il évoque un grand auteur qui se rend chez lui à chaque séjour en France, s’attardant sur une coïncidence amusante, puisque c’est l’auteur du roman favori de son employée, qui ne le reconnaît pas et le prend pour un client normal. En revanche Maggie, puisque ce mail t’est adressé à l’origine, je serais bien curieuse de savoir ce que t’évoque la première nouvelle car le libraire en question m’a tour à tour consternée puis traumatisée (rien de moins !).

Je ne m’explique pas deux choses : entre toutes ses clientes, pourquoi fait-il une fixation sur celle qui se dit éclectique en achetant un polar et un roman à l’eau de rose ? On trouve d’excellents polars et je veux bien croire que certains romans dégoulinant de sentiments, de jupes courtes et de torses imberbes peuvent exercer un pouvoir insoupçonné sur notre imagination (souvenirs émus et - un peu trop - lointains de mon adolescence), mais j’aurais davantage imaginé un libraire soudain obsédé par le seul client du village à chercher une édition rare de l’auteur franchement méconnu que lui-même rêve depuis toujours de faire connaître au monde entier (ou ce genre de chose excessivement cliché). Damn it ! Je comprends mieux pourquoi les libraires me regardent parfois bizarrement quand je m'enflamme en achetant un roman victorien tout juste réédité...

Ou bien s’agit-il du roman qu’elle cherche et qui ne figure dans aucune base de données ? Mouais. Et si je trouve absolument touchant l’intérêt qu’il prend à gérer sa clientèle, j’ai découvert avec horreur qu’il existait également des libraires psychotiques prêts à se rendre au domicile de leurs clients pour les guetter sous des prétextes fallacieux (en trouvant leur adresse grâce à un chèque). Maggie, merci, grâce à toi je penserai désormais à me munir d’argent liquide en librairie et à fermer mon appartement à triple tour la prochaine fois que je succomberai aux appels d’Hercule Poirot (qui me semble tout à fait susceptible de réveiller les troubles obsessionnels compulsifs d’un libraire névrosé, non ?).

En attendant ta riposte, Ta très dévouée Lou !

 

 

28/05/2010

Ma chère Lou,
Merci pour ton petit mot sur ta lecture du recueil Delapré, évidemment tes commentaires m'ont fait beaucoup rire...
Deux lectrices et deux avis totalement différents ! En effet, en ce qui concerne le libraire au comportement déplacé, suivant sa cliente aux yeux pers, je n'avais pas remarqué tout ce que son attitude pouvait avoir d'obsessionnel ou d'étrange. J'ai lu ce court récit comme la réécriture d'une rencontre amoureuse déçue, inversée : " Je ne vous ai pas encore parlé de ces yeux pers. Il faut commencer par le début. Ses yeux. Ou comment je suis devenu amoureux. Notre rencontre avorta assez vite". Du début à la fin de la nouvelle, il n'y a que déception amoureuse... Une jeune fille qui recherche un livre parlant d'une rupture ou d'un amour brisé, un libraire sachant que la rencontre avec celle qui le fascine n'a pas eu lieu... J'y ai vu, non pas un libraire névrosé, mais un anti-héros et une écriture "déceptive" !
Mon dieu ! Mais avons-nous lu le même livre ? Pourquoi les détails que tu soulignes ne m'ont pas sauté aux yeux ? Et pourtant, je t'assure, il n'est pas dans mes habitudes de suivre des gens ou de lire leur adresse sur des chèques ! Ne serait-ce pas notre cher libraire qui se prendrait pour Sherlock Holmes avec ses déductions ??? N'est-il pas un héros à l'imagination débridée, sensible et curieux ?
Ma chère Lou, il m'est bien agréable de converser avec toi sur cette étrange histoire... Merci, de m'avoir ouvert les yeux sur  le danger de faire des chèques dans une librairie !!!! 
Maggie

 

 

30/05/2010

Dear lectrice romanesque & romantique,

Ton point de vue plein de fraîcheur me pousse à faire un mea culpa. Derrière le fantôme d'une histoire d'amour qui aurait pu avoir lieu, je me suis amusée à dénicher les « détails qui tuent », à saisir ce texte poétique et triste pour y porter un regard ironique (mais bienveillant). Je plaide l'overdose de littérature anglaise. J'ai passé un joli moment moi aussi et te remercie une fois de plus pour ce bon moment passé en compagnie d'un amour malheureux (et d'un libraire au comportement louche).

Livresquement, Lou

PS : je n'aurais pas dû faire de chèque au restaurant coréen où nous avons dîné vendredi. J'ai croisé deux Coréens dans la rue. Je suis presque sûre qu'ils se connaissent. Qu'ils m'épient. Veulent-ils s'en prendre à ma bibliothèque ?

 Delapré, Catalène Roca, suivi de l'homme au manteau de pluie, Table Ronde, 35 p.

Merci à BOB et aux éditions de la Table Ronde pour cette lecture en duo qui s'est révélée fort amusante et vraiment divertissante ! Merci Lou d'avoir partagé cette lecture avec moi, merci pour ton humour  !

Posté par maggie 76 à 00:02 - - Commentaires [8] - Permalien [#]