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" Toujours plus loin. Toujours plus au nord. Toujours plus seul. Inspiré par ses lectures de Tolstoï et de Thoreau, Cristopher McCandless a tout sacrifié à son idéal de pureté et de nature. En 1990, une fois son diplôme  universitaire en poche, il offre ses économies à une association caritative et part sans un adieu vers son destin. Celui-ci s'achèvera tragiquement au coeur des forêts de l'Alaska...

Jon Krakauer évoque aussi à travers cette échappée belle ceux qui, un jour, ont cherché à quitter la civilisation et à dépasser leurs limites. Magistralement porté à l'écran par Sean Penn, Into the wild s'inscrit dans la grande tradition des road movie tragique et lumineux, une histoire aux échos universels".

" Je désirais le mouvement et non une existence au cours paisible. Je voulais l'excitation et le danger, et le risque de me sacrifier pour mon amour. Je sentais en moi une énergie surabondante qui ne trouvait aucun exutoire dans notre vie tranquille", Le bonheur conjugal de Léon Tolstoï ( p. 33)

Journaliste, Krakauer retrace les déplacements du jeune homme en s'appuyant sur des témoignages, des lettres envoyées à des gens rencontrés sur la route et des extraits du journal intime écrit à la troisième personne. Dans de nombreux chapitres, le travail fouillé du journaliste permet de suivre le périple de Chris : une enquête à rebours, de la mort de Chris à ses diverses rencontres. Pour lui, il ressemble à Dedalus, personnage de Joyce : "Il était seul, méconnu, heureux, jeune, obstiné, libre, seul dans un désert chargé d'air vif et d'eau saumâtre, parmi la moisson marine des coquillages et des algues, dans la lumière gris pâle du soleil". Jeune homme intransigeant et sensible, généreux et travailleur, il ne semble pas être un désaxé, comme le sous-entendait beaucoup de personnes, mais un homme en quête d'idéal, à la quête de soi.

Lors de la publication d'un article de Krakauer dans Outside, lorsque le corps de McCandless a été retrouvé en 1992, les gens ont réagi négativement à la mort de ce jeune homme qu'on considéra comme un écervelé, un farfelu, un ingrat qui faisait souffrir inutilement sa famille par son décès dû à ses négligences. Krakauer entreprend de rechercher les causes de la mort et évoque la vie de différentes personnes idéalistes ayant quitté la société de consommation. Est-il un jeune homme orgueilleux qui est allé au-delà de ses limite ? A-t-il fait preuve de légèreté en allant vivre dans l'Alaska sans carte et sans boussole ? Quel est le rôle de ses parents dans son départ brusque, dans ce renoncement à la civilisation ?

Into the wild retrace un magnifique portrait, reposant sur de nombreux documents, dans la lignée des personnages d'un London ou d'un Tolstoï, un plaidoyer pour les esthètes de la nature sublime, nature superbement décrite à travers des extraits littéraires, s'inscrivant dans une histoire de la société américaine.

Into the wild de Krakauer, 10/18, domaine étranger, 285 p.