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Dans Les cinq cents millions de la Begum, point de voyages en ballon ou dans un sous-marin, mais ce roman aborde des questions de la science et de la morale, illustrées par l'affrontement de deux personnages antinomiques : le docteur Sarrasin et le savant Schultz. Le savant français Sarrasin, à Brigthon, participe à un congrès lorsqu'il apprend soudainement, qu'il est le seul héritier d'une immense fortune, léguée par un grand-oncle, s'élevant à cinq cents millions de francs, somme considérable. Comment Sarrasin va-t-il employer tout cet argent ? Intègre, il décide de fonder France-ville, une cité où l'hygiène permettrait un mieux-être de la population. Cette utopie va-t-elle se réaliser ? Déjà, un savant allemand, Schultze, prétend à la moitié de l'héritage, dont l'intention est "la destruction de tous les peuples qui refuseraient de se fusionner avec le peuple germanique".

C'est de manière plaisante que J. Verne nous conte son histoire, grâce à des commentaires, parfois railleurs d'un narrateur omniscient,  des personnages caricaturaux et certaines scènes comiques. Voici la description du Lord, qui préside le congrès : " Une face blafarde et glabre, plaquée de taches rouges, une perruque de chiendent prétentieusement relevé en toupet sur un front qui sonnait le creux, complétait cette figure la plus comiquement gourmée et la plus follement raide qu'on put voir. Lord Glandover se mouvait tout d'une pièce, comme s'il avait de bois ou de carton-pâte. Ses yeux même semblaient ne rouler sous leurs arcades orbitaires que par saccades intermittentes, à la façon des yeux de poupée ou de mannequin" ou description d'une foule de savants apprenant une bonne nouvelle : " " Je [Sarrasin] vous fais juges, et vous-mêmes vous déciderez du meilleur emploi à donner à ce trésor !... (Hurrahs, Agitation profonde. délire général. Le congrès est debout. Quelques membres, dans leur exaltation, sont montés sur les tables") etc...

La narration simple, sans complexité, n'est pas dénuée de suspense et de rebondissements multiples : Marcel, un jeune homme, qui aide Sarrasin à lutter contre son rival allemand,  cherche à déjouer les plans diaboliques de Schultze et s'infiltre dans la cité de l'ennemi : il cherche à percer, inlassablement, le secret de ce dernier. Mais quel est ce secret ? Les digressions historico-géographiques et scientifiques n'alourdissent pas ce récit. Elle souligne la rivalité des deux pays, avec en arrière-fond la guerre de Franco-prussienne de 1870. Ce roman témoigne d'ailleurs du curieux sentiment nationaliste, présent dans maints romans européens de l'époque et s'exprimant à travers des préjugés.

Le livre est agréable à lire, comportant cette part de " bonne humeur railleuse" ou de "légèreté aimable", qui caractérisait Verne dans la vie, et est d'autant plus agréable à feuilleter qu'il est  accompagné des délicieuses illustrations originales des éditions Hetzel, de L. Bennet : fidèles au récit, elles agrémentent la lecture et créent une atmosphère désuète. Cette lecture vous fera passer, chers lecteurs, un agréable moment...

Lecture pour le défi "J'aime les classiques" , mois de mai, organisé par Marie L
Les cinq cent millions de la Begum, Jules Verne, Livre de Poche, 242 p.