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Sous la tonnelle, Hyam Yared, Edition Sabine Wespieser, p. 276

"Pour garder vive la mémoire de sa grand-mère tout juste disparue, la narratrice se réfugie dans son boudoir, où se sont entassée au fil des ans lettres, dessins et carnets. Elle y retrouve la fantaisie, la liberté et la générosité de la vieille dame qui, pendant toute la guerre du Liban, a refusé, malgré les objurgations de sa famille, de quitter sa maison et son jardin, situé sur la ligne de démarcation entre Beyrouth Ouest. veuve à trente-et-un ans, cette jeune femme d'origine arménienne avait décidé de consacrer sa vie aux autres, après avoir juré fidélité à son mari défunt. Pour sa petite-fille, en instance de divorce, déchirée entre sa quête de liberté et son besoin d'amour, elle était un point d'ancrage et un modèle inatteignable.

Au fil du roman apparaît pourtant, derrière la figure idéalisée, une femme plus complexe et plus mystérieuse aussi. s'arrachant à son isolement, la narratrice finit par rejoindre les"corbeaux". Elle y croise un inconnu, dépité d'être arrivé trop tard pour remettre à l'occupante des lieux l'épais dossier qu'il lui destinait.

Pendant de longue conversation sous la tonnelle, la narratrice médusée va découvrir tout un pan caché de l'existence de sa lumineuse grand-mère. car le visiteur que nul n'attendait n'est autre que le fils de l'homme épris d'absolu et d'archéologie, Youssef, que rencontra la jeune veuve lors d'une croisière en 1974.

Construisant son deuxième roman comme une invocation à cette grand-mère disparue, tissant la trame de son intrigue dans celle des déchirements de l'histoire, Hyam Yared dresse là un très portrait de femme, hanté par ses propres obsessions sur la passion, le désir et la violence.

Yam Yared est née en 1975 à Beyrouth. Elle a publié trois recueils de poésie et, en 2006, un premier roman L'armoire des ombre (Sabine Wespieser éditeur)." (quatrième de couverture).

Cette longue quatrième de couverture ne dévoile pas toute la richesse de ce magnifique roman dont le ton reste juste,  même quand la narratrice évoque crument l'horreur de la guerre du Liban, d'un pays déchiré, depuis la chute de l'Empire Ottoman, par des guerres civiles et des invasions. C'est une peinture cruelle mais sans fioriture d'un pays, riche d'une Histoire pluri-culturelle et pluri-séculaire.

L'écriture vive, dynamique, incisive et très rythmée nous entraîne sur les pas de plusieurs personnages. L'écriture de la citation est agréable. Au détour du récit sont cités V. Woolf ( " La vie est un rêve, c'est le réveil qui vous tue") , Breton, Rilke, Eluard ( "Et je ne sais plus tant je t'aime/ Lequel de nous deux est absent")... citations perçues comme une mémoire, une transmission de sagesse. Le sens de la formule est remarquable et empreinte d'émotion. La place de l'écrit reste importante, pour cette narratrice, qui fait perdurer la présence de sa grand-mère, à travers la lecture de ses journaux intimes, de ses lettres... Témoignage historique, Sous la tonnelle relate aussi plusieurs histoires d'amour, de destins croisés. Mais la romancière embrasse aussi toute la vie entière, abordant tour à tour la question de l'identité, de la beauté, de l'art, de l'absence... Un magnifique roman servi par une prose élégante : une très belle découverte...