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 "Etre une héroïne de roman ne m'empêche pas de prendre le métro, au contraire. Portée par ma vocation, je m'y engouffre avec exaltation. Différents mondes superposés les uns aux autres ne nous apprennent-ils pas à vivre dans plusieurs dimensions ?"
Etablie avec succès dans sa nouvelle activité de traiteur à domicile, Alice Quester cherche toujours des réponses à ses multiples questions : en quoi consiste notre existence ? Comment lui donner l'intensité désirée ?
Son projet :
1. Lire et relire Anna Karenine
2. Se pencher sur le cas de Tolstoi.
3. Suivre de près sa soeur aînée, son frère altermondialistes, son voisin de palier... et aussi cet homme aperçu au volant d'une voiture ou sur les pages people d'un magazine : Neil Larue.
4. Voir si tous ces destins mêlés au sien peuvent former quelque chose de cohérent : un vrai roman de la vie, ou une vraie vie de roman.

1. Lire et relire Anna Karenine : Dès les premières pages, on est entraîné dans l'univers de l'héroïne à travers les plus beaux extraits du roman de Tolstoi, Anna Karenine vue par Vronski. "Il s'arrêta pour laisser sortir une dame, que son tact d'homme du monde lui permit de classer d'un coup d'oeil parmi les femmes de la meilleure société. [...] Il se retourna, ne pouvant résister au désir de la regarder encore"... On découvre ainsi l'héroïne la plus célèbre du grand romancier russe, mais le personnage est aussi un véritable révélateur de sentiments pour Alice : "Anna est la part d'enfant perdu affolé que nous portons en nous lorsque notre désir excède les normes du monde qui nous entoure". Tour à tour, au gré de l'histoire d'Anna et des autres personnages du roman de Tolstoi, Alice s'interroge sur l'amitié, l'amour, la mort, la solitude, ses relations aux autres. "Comment combler nos vides intérieurs ?" "Dans le roman comme dans la vie on ne sait rien, où est l'erreur, le bien, l'existence qu'il nous faut, à quoi à qui peut-on s'en remettre, le hasard existe-il, y-a-t-il une providence ?"... Oui, il faut lire et relire Anna Karenine : on l'aime, on suit ses pas et on souffre avec elle.
2. Se pencher sur le cas de Tolstoi. L'auteur s'est efforcé, tout en retraçant la vie d'Anna Karenine et de son héroïne Alice Quester, de mêler des éléments de la vie de Tolstoï et notamment la genèse du roman. On découvre ainsi un auteur russe préoccupé des problèmes de son temps, sensible à la misère sociale. Il est aussi décrit et perçu à travers le journal de sa femme comme un homme aimant l'action, heureux dans le mariage et obsédé par son roman, son Anna : on nous livre peu à peu la difficile écriture du roman, sa publication, sa réception. Des petites anecdotes au sujet de son amitié tumultueuse avec Tourgueniev sont tout à fait plaisantes : "7 février 1856. Disputé avec Tourguéniev. 13 février. Dîné chez Tourgueniev ; nous nous entendons de nouveau bien. 12 mars. Avec Tourgueniev, je crois que je suis définitivement brouillé. 20 avril. Eté chez tourgueniev et très gaiement bavardé avec lui [...]"
3. Suivre de près sa soeur aînée, son frère altermondialistes, son voisin de palier... et aussi cet homme aperçu au volant d'une voiture ou sur les pages people d'un magazine : Neil Larue. Les personnages secondaires, sans consistance, viennent abîmer l'histoire centrée autour des trois personnages principaux : Tolstoï, Anna et Alice.
4. Voir si tous ces destins mêlés au sien peuvent former quelque chose de cohérent : un vrai roman de la vie, ou une vraie vie de roman. Dommage, les grandes et bonnes idées ne font pas forcément les bons romans... L'écriture est complètement décousue et parsemée parfois de certains mots et d'un style relâchés. L'impression de désordre est renforcée par la superposition des différentes vies des personnages, par les pensées erratiques de l'héroïne et par des citations agréables à lire mais en trop grands nombres. Certains passage ressemblent davantage à des prises de notes qu'à un roman ! L'auteur semble montrer que toute vie peut être un roman et tout roman est une vie. Ah ! Comme on regrette cette écriture désordonnée qui gâche le plaisir de la lecture. L'intrigue a un air d'inachèvement et de divagations portées par le hasard ou par le vent...

Lorsqu'on referme ce livre, on a aimé Anna Karenine, celle de Tolstoi mais celle de Jacquet, un peu moins. Alice Quester, héroïne du XXIeme siècle est beaucoup moins séduisante et romanesque que sa comparse. Ici, la véritable héroïne est Anna Karenine. Lisez le roman de Tolstoi...

Roman lu dans le cadre d'un partenariat : je remercie les éditions Philippe Rey et BOB pour cette découverte.

Anna Karenine, c'est moi, d'Elizabeth Jacquet, Ed. Philippe Rey, 325 p.