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Salomé hante la littérature fin de siècle, elle apparaît dans le roman A Rebours de Huysmans, influence la Salammbô de Flaubert... Loin des sources historiques et bibliques, Wilde métamorphose Salomé en femme fatale fin de siècle. Hérode a épousé Hérodias, la femme répudiée par son frère. Iokanann, un prophète, qui a critiqué ce mariage immoral, a été enfermé dans une citerne au coeur du palais. Salomé, fille d'Hérodias, aime Iokanann, mais celui-ci la repousse. Elle acceptera de danser pour son beau-père concupiscent en échange d'une promesse : elle réclame la tête de Iokanann...

Salomé est au centre de cette courte pièce  : elle est celle que tous regardent et désirent. Nommée par Iokanann "fille de Babylone",  Salomé est amoureuse et cruelle, elle désire et décide et donne la mort. Salomé envoûte tous les hommes qui l'entourent. L'atmosphère onirique, étrange est créé par le langage poétique : une prose anti-réaliste ou déréalisante. La lune est comparée à "un narcisse agité par le vent... Elle ressemble à une fleur d'argent" ou " comme la lune a l'air étrange ! On dirait la main d'une morte qui cherche à se couvrir avec un linceuil" dit un jeune syrien... Cette pièce de théâtre est une merveille d'art artificiel, avec des fleurs vertes et des références à divers mythes et contes, illustrant parfaitement l'autonomie de l'art. Lorsque Salomé exprime son désir pour Iokanann, elle reprend le "Cantique des Cantiques" : "Iokanaan ! Je suis amoureuse de ton corps. Ton corps est blanc comme le lys d'un pré que le faucheur n'a jamais fauché. Ton corps est blanc comme les neiges qui couchent sur les montagnes de Judée, et descendent dans la vallées. Les roses du jardin parfumé de la reine d'Arabie, ni les pieds de l'aurore qui trépignent sur les feuilles, ni le sein de la lune quand elle se couche sur le sein de la mer...". L'art s'inspire de l'art.

C'est une pièce symboliste, surréaliste avant l'heure, dont Loti dira " c'est beau et c'est sombre comme un chapitre de l'Apocalyspe".  On perçoit dans cette pièce toutes les obsessions de Wilde : primauté de l'esthétique et le tragique côtoie un ton plus humoristique. Une pièce à lire pour la beauté des images, elle brille de tous les motifs décadents, des pierreries à la présence de paons blancs, et pour sa prose musicale...

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Les illustrations par Aubrey Bearsdley sont magnifiques : des dessins en noir et blanc, dans des cadres japonisants, représentent Salomé sous les traits d'une femme fatale. Les volutes et les courbes, le style rococo mais stylisé traduit bien l'univers sombre et cruel et la beauté étrange de la Salomé de wilde.

 Mes lectures wildiennes : Les aphorismes