Tous_les_Autres_s_appellent_Ali__Aff_

J'ai vu récemment un film étrange mais qui me permet de mieux appréhender l'histoire du cinéma allemand : Tous les autres s'appellent Ali est une histoire d'amour, peu banale, entre un arabe "Ali" et Emmy une vieille femme. Tout les sépare : leur âge, leur origine, leurs amis. Cependant, très vite, ils se marient à la grande réprobation de leur entourage. Emmy supporte difficilement cette situation et le racisme ambiant dont font preuve les voisins et ses propres enfants, dans cette Allemagne post-nazie. Le couple résistera-t-il à la pression sociale ?

Les premières images créent un climat presque surréaliste : Emmy entre dans un bar d'étrangers dans lequel elle se réfugie à cause de la pluie battante. Elle commande une boisson, dans un silence de mort. Tous l'observent. Soudain une jeune fille propose à Ali d'aller inviter la vieille dame à danser. Celui-ci s'exécute et la magie de l'amour opère : les deux solitaires se présentent, parlent, et communiquent. Dans ce bar, il n'y a aucun figurant, ni décoration. Les couleurs sont sordides, une lumière blafarde éclaire les visages. Drôle d'ambiance. Et tout le film se déroule dans ce climat de distanciation et d'enchaînement rapide des actions sans véritable logique parfois. Paradoxalement, les plans fixes abondent ce qui créent une certaine lenteur.
Le film est particulièrement déroutant, notamment par la laideur des costumes, des visages et des décors. Le scénariste semble dire regardez l'image, il ne faut pas chercher de réalisme, ni de véracité car l'essentiel est de donner à réfléchir.

En effet, l'un des axes importants de ce film est montrer les rapports de domination dans la société contemporaine de Fassbinder (film de 1970), et comment la violence sociale se répercute dans la sphère de l'intime. Ainsi, après un voyage à l'étranger, lorsque le couple revient, Emmy commence à exercer sur Ali une violence plus détournée, en folklorisant ses goûts ou en le montrant telle une bête de foire. Ce film noir dénonce différent aspect du racisme et la solitude des personnages. Cette phrase en exergue du film laisse rêveur : " le bonheur n'est pas toujours joyeux"... Influencé par la Nouvelle Vague, ce film joue de la stylisation et de la distanciation. Il est aussi influencé par un film lacrymal et hollywoodien de Douglas Sirk Tout ce que le ciel permet tout en exacerbant les critiques de Sirk. Subtilement et sans manichéisme, Fassbinder critique la société contemporaine et montre la permanence du nazisme dans les mentalités. Il met en scène aussi l'écrasement des êtres par les objets et l'enfermement des individus dans une classe sociale. Cinéma intellectuel, le film est pourtant bouleversant et émouvant.