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"Le rêve est une seconde vie" : ainsi commence Aurélia, la narration de moments de folie du narrateur. L'amour impossible pour une jeune femme plonge le narrateur dans la confusion entre réalité et rêve, le désespoir et la folie.

Cette nouvelle n'est qu'une suite de rêves, en trois parties. Oeuvre onirique, ces songes peuvent être soit perçus comme une série de tableaux idylliques répétitifs, soit comme la représentation de la dualité de l'homme. D'ailleurs, cette nouvelle est basée sur des antithèses, oppositions entre souvenir et présent, lumière et obscurité... Le thème du double est très présent aussi, donnant une dimension fantastique à ce récit déjà "supernaturaliste". Entre confusions et élucubrations, la vie de l'auteur est assimilée à une descente aux enfers, à la recherche d'un idéal féminin : en exergue, apparaissent ces deux mots, "Eurydice, Eurydice".

Cette oeuvre nervalienne ( biographie de l'auteur sur le site Larousse) est empreinte d'éléments romantiques tels que le désespoir qui saisit le narrateur dans un temps troublé où le mal-être apparaît comme une véritable maladie, la place donnée aux rêveries et la référence à Swedenborg. Aurélia laisse une impression étrange et est proche des récits fantastiques d'ETA Hoffman, tel que Le vase d'or où cohabitent fantaisie et folie...

"Arrivé sur la place de la Concorde, ma pensée était de me détruire. A plusieurs reprises, je me dirrigeai vers la Seine, mais quelque chose m'empêchait d'accomplir mon dessein. Les étoiles brillaient dans le firmament. Tout à coup, il me sembla qu'elles venaient de s'éteindre à la fois comme les bougies que j'avais vu à l'église. Je crus que les temps étaient accomplis, et que nous touchions à la fin du monde annoncée dans l'Apocalypse de Saint Jean. Je croyais voir un soleil noir dans le ciel désert et un globe rouge sang au-dessus des Tuileries. Je me dis : " La nuit éternelle commence, et elle va être terrible. Que va-t-il arriver quand les hommes s'aperçevront qu'il n' a plus de soleil [...]". Arrivé vers le Louvre, je marchai jusqu'à la place, et là un spectacle étrange m'attendait. A travers des nuages rapidement chassés par le vent, je vis plusieurs lunes qui passaient avec une grande rapidité. Je pensai que la terre était sortie de son orbite et qu'elle errait dans le firmament comme un vaisseau démâté, se rapprochant ou s'éloignant des étoiles qui grandissaient ou s'éloignaient tour à tour. [...] Brisé de fatigue, je rentrai chez moi et je me jetai sur le lit. En m'éveillant, je fus étonné de revoir la lumière."

 "Aurélia", G. de Nerval, Livre de poche