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Pascal Quignard aborde, en premier lieu, la genèse de son livre, en amorçant déjà le thème du conte et de l'essai qui suivent, celui de la défaillance du langage. Voici l'incipit : "Le jeudi 5 juillet, je dînai chez Michèle Reverdy avec Pierre Boulez, Claire Newman, Olivier Baumont. Michèle évoqua la commande d'un conte que lui faisait l'Ensemble instrumental de Basse Normandie qui dirigeait Dominique Debart. Nous eûmes beaucoup de mal à couper des parts dans un bloc de glace au café. Boulez, un couteau dans la main, debout, visa. Le bloc de glace sauta par terre. Le choc ne le rompit pas. On le passa sous l'eau. Je racontai le rudiment d'un conte dans lequel la défaillance du langage était la source de l'action. Ce motif me paraissait le destiner, mieux que toute autre légende, à la musique. Les musiciens, comme les enfants, comme les écrivains, sont les habitants de ce défaut."

"Le nom sur le bout de la langue"
A Dives, vers l'an 900, une jeune femme tombe amoureuse d'un tailleur : il ne l'épousera que si elle arrive à tisser une ceinture semblable à la sienne, une ceinture si belle et si complexe qu'il n'a jamais pu la reproduire. La jeune femme en perd le manger, elle n'arrive pas à tisser les motifs de la ceinture, jusqu'au soir où un cavalier tout habillé de noir lui propose un pacte, celui de souvenir de son nom en échange d'une ceinture identique à celle du tailleur... un nom à retenir ! Les termes du contrat semble dérisoires mais le diable veille !

"La poésie, le mot retrouvé, c'est le langage qui redonne à voir le monde" (Quignard).
Un petit conte proche de la parabole, qui traite du pouvoir de la parole, de l'art d'écrire... Il est suivi du "traité sur Méduse" qui est un court essai poétique parlant du langage lui-même. Les images antiques de Méduse, des Parques ou des Gorgones illustrent la difficulté d'écrire de tout écrivain. Le nom sur le bout de la langue enchante par sa prose poétique, par l'art d'écrire de Quignard...

" Songe et mensonge sont les mots où se joue notre langue"